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Brya Elisabeth Grâce - publié le Lundi 6 Juin à 16:25

Scolarisation des filles: Les préjugés socio - culturels en empêchent l’évolution




La scolarisation de la fille, gage de développement durable reste un sujet préoccupant pour l’épanouissement de la nation. Malgré les progrès réalisés quant au taux global de scolarisation, les filles, plus nombreuses que les garçons ne sont pas assez représentatives dans les établissements d’enseignement de base et leur nombre diminue au fur et à mesure que le niveau du parcours augmente. A l’origine du phénomène la réticence des parents et les pesanteurs socio – économiques et culturelles. Des défis qui restent à réaliser.



Scolarisation des filles: Les préjugés socio - culturels en empêchent l’évolution
« Pourquoi envoyer une fille à l’école alors qu’elle est appelée à vivre dans une autre famille ? Je ne veux pas investir pour le profit de quelqu’un d’autre », déclare le père de Halimé, une fillette de 7 ans habitant le quartier Djambal-bahr. « Une fille qui étudie beaucoup est exposée au regard des hommes et risque de tomber dans la tentation de se prostituer. Je ne prends pas de risques avec mes filles. Je les envoie au mariage dès qu’elles finissent l’école primaire », ajoute-t-il. Pour le soutenir, sa femme lâche : « Une fille est d’abord faite pour la cuisine et le foyer. Elle doit par conséquent se préparer à bien tenir son foyer au lieu d’aller perdre son temps parmi les garçons à l’école ». Elle poursuit : « l’école n’est pas vraiment importante pour une fille puisque son mari a le devoir de subvenir à tous ses besoins et à ceux de sa famille ».
Comme ce couple, beaucoup de parents pensent que les filles ne sont pas obligées d’aller à l’école pour réussir. Pour eux, une fille instruite est synonyme de « fille de joie ». M. Kiwilhou Tossi Awdou, directeur adjoint de l’analyse et de la prospective (DAPRO) au ministère de l’Education national explique qu’au Tchad, quand une fille est née, on lui accorde peu d’importance quand à l’éducation scolaire. « Lorsque la fille est enfant, on l’envoie à l’école pour éviter de la garder à la maison. Arrivée au cours moyen, on lui accorde de l’intérêt parce que les parents estiment qu’elle est déjà capable de tenir la maison et de s’occuper de ses cadets. A peine âgée de 13 ans, on l’envoie au mariage pour reçevoir des cadeaux et de l’argent », a-t-il dit. «Beaucoup de parents pensent que la fille n’a pas le droit d’étudier pour devenir responsable comme le garçon. Ils estiment que si une fille devient riche ce sont son mari et sa belle famille qui en profitent», a-t-il ajouté. M. Tossi Awdou poursuit par ailleurs que certains parents justifient leur refus d’envoyer les filles à l’école par la pauvreté. Un argument qu’il balaie du revers de la main. « Si nous faisons un petit calcul, nous nous rendrons compte que pour un verre de thé, chaque parent dépense au moins 100 FCFA par jour. Ce qui lui revient à plus de 100.000 FCFA par an. Ce père peut-il dire qu’il est incapable de payer 2.5OO FCFA pour une année scolaire ? », se demande-t-il.
Le combat pour se maintenir à l’école

« Mon père a dit que je ne compte pas pour lui. Il préfère payer les études de mes frères que de gaspiller son argent sur moi », affirme Kourabeye, vendeuse de concombre au quartier Ardep-djoumal. « Je fais un petit commerce pendant les vacances pour payer ma scolarité et les fournitures scolaires à la rentrée prochaine », se lamente-t-elle.
Christine est étudiante en 3ème année de sociologie à l’université de N’Djaména. Elle mène un perpétuel combat avec ses parents pour pouvoir finir ses études. « Quand je passais pour la seconde, mes parents ont fait venir un homme pour me prendre en mariage. J’ai refusé car je tenais à poursuivre mes études jusqu’au niveau supérieur. Mon père ne m’a jamais pardonné cela », avoue-t-elle. « J’ai quitté la maison familiale pour vivre chez ma marraine afin de composer le baccalauréat session de juin 2006. Après mon bac, les parents ont encore récidivé avec leur projet de mariage mais je leur ai encore tenu tête et jusqu’aujourd’hui, mon père ne m’adresse pas la parole, il s’est complètement désengagé de moi», poursuit-elle. La jeune Christine regrette amèrement l’attitude de sa mère qui estime que le mariage est le seul destin de la femme. « Si tu étais déjà mariée, je n’aurais pas de soucis pour m’occuper de tes petits frères. Tu pourras m’assister financièrement », rapporte Christine les yeux remplis de larmes. « Ma mère, malgré ce que lui fait subir mon père ne prend pas conscience que je l’assisterai mieux si j’ai mon propre salaire que de compter sur un homme qui me donnera peut-être juste ce qu’il faut pour les besoins du foyer ! », estime-t-elle. Aujourd’hui, Christine ne compte que sur sa bourse pour subvenir à tous ses besoins, laquelle bourse qui ne tombe qu’une fois tous les 6 mois. E, une étudiante en 2ème année de Langue dit qu’elle n’est pas encouragée par ses parents. « Personne ne me prend en charge alors je suis obligée de sortir avec les hommes mariés et riches qui subviennent à tous mes besoins », a-t-elle témoigné.
Leur nombre baisse quand elles progressent
Selon Matchoke Tchouafene Vounki, chef de service des statistiques à la DAPRO, le nombre de filles, diminue au fur et à mesure qu’elles progressent d’un niveau à un autre. « En 2005, 157.273 filles étaient au cours préparatoires. En 2009, on en retrouve que 65.044 au cours moyen. Elles étaient 42.220 au premier cycle du secondaire en 2005 mais on retrouve juste 27.621 au second cycle en 2009 ».Ce taux global récapitulé par le ministère de l’Education nationale fait que le taux d’achèvement des filles au secondaire est donc de 8% alors qu’il est de 26% chez les garçons. Ainsi, le taux global des filles tchadiennes qui parviennent à finir le secondaire est 61% pour 27.621 filles, alors qu’elles étaient encore à 92.805 en 3ème. M. Tossi estime que, par rapport à ces données, certains parents ne comprennent pas jusqu’ici l’importance d’envoyer une fille à l’école. « Nous avons commencé un travail de sensibilisation depuis 10 ans et ces dernières années, les données s’améliorent mais nous ne pouvons pas dire que nous avons réussi car il reste beaucoup à faire », dit-t-il soucieux.
Bien suivies, les filles réussissent mieux
Victimes silencieuses d’une société qui a quelque peu perdu les repères d’une culture universelle, les filles doivent braver de nombreux obstacles qui jonchent le chemin de l’école. Elles font l’objet de plusieurs procès d’intention au sein de la société tels que les préjugés socioculturels, les coutumes rétrogrades, les mariages précoces, le harcèlement sexuel, les grossesses non désirées et les travaux domestiques. Mme Ndoradoumgué Célestine, directrice de l’école catholique associée notre Dame de Chagoua explique les difficultés de certaines de ses élèves. « Je suis toutes les filles de mon établissement, j’observe leurs humeurs, leur comportement et j’ai découvert que beaucoup vivent des situations difficiles ne leur permettant pas de bien étudier ». Selon la directrice, les filles adoptées ou celles qui vivent avec les belles mères sont souvent victimes de mauvais traitements. « Elles sont obligées d’assurer toutes les tâches du ménage, ne parviennent pas à manger à leur faim, sont mal habillées, etc. », explique-t-elle. Cependant, Mme Ndoradoumgué affirme que lorsqu’elle discute avec ces filles et parle à leurs parents, elle se rend compte qu’au bout de quelques temps, leurs résultats scolaires s’améliorent. « F, une fille du cours moyens qui vit avec son père et sa belle-mère avait toujours de mauvaises notes. J’ai essayé de savoir ce qui n’allait pas et j’ai convoqué son père pour lui en parler. Elle était sur le point de quitter son père pour se marier et ce dernier menaçait de l’envoyer au village retrouver sa mère. Mais je me suis engagée à la suivre et voilà qu’à la fin de l’année, elle est 5ème de sa classe », rapporte-t-elle avec beaucoup de satisfaction. Abondant dans le même ordre d’idée, M ; Tossi Awdou déclare : « les filles ont naturellement beaucoup de charges mais quand elles ont un peu de temps, elles étudient pour retenir l’essentiel ; la fille gère son temps alors que le garçon passe son temps à ne rien faire ». Il estime pour sa part que si on pouvait donner la chance aux filles d’entrer à l’université quand elles en font la demande, ce serait un plus pour le développement du Tchad. Malheureusement, on traite les dossiers des filles avec la même rigueur que ceux du garçon, déplore-t-il.
Loin d’être considérée seulement comme future épouse et mère, la fille est d’abord un être humain qui mérite considération, dignité et respect dans la société. Elle a toute sa place dans ce monde où les femmes occupent des hautes fonctions.. Elles sont, Chefs d’Etat ou de Gouvernement, Ministres, Diplomates, Professeurs d’Université, Responsables des Sociétés d’Etat, Parlementaires, Maires, Sous-préfets…etc. Elles sont des actrices incontestables des circuits de développement. C’est par la magie de l’école qu’elles sont capables de tout cela. Pourquoi donc priver les filles du nectar de la connaissance universelle qui fera d’elles des citoyennes capables de construire leur pays, de participer à l’évolution du monde ?


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