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MAP - Mohammed Rida BRAIM - publié le Lundi 6 Janvier à 18:04

Scandale de corruption: le rejugement de militaires condamnés pour coup d'Etat, rétablissement de la justice ou simple diversion?




Istanbul - Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s'est dit 'favorable'' à une révision des procès d'officiers militaires condamnés pour complot contre l'exécutif, une initiative perçue par des milieux politiques et judiciaires comme une tentative du gouvernement de détourner l'attention de l'opinion publique turque du scandale de corruption sans précédent que le secoue depuis près de trois semaines.



Recep Tayyip Erdogan
Recep Tayyip Erdogan
"Nous avons une attitude favorable concernant un rejugement", de certains officiers, a déclaré Erdogan dimanche à la presse avant d'embarquer pour une tournée asiatique, précisant que 'des travaux sont en cours'' au ministère de la Justice pour une nouvelle procédure.

L'idée d'une révision de deux procès, qui ont envoyé en 2012 et 2013 plusieurs centaines de militaires derrière les barreaux, a émergé après que l'état-major des forces armées turques ait déposé un plainte sollicitant un rejugement des condamnés au motif que les preuves utilisées contre eux ont été 'fabriquées''.

Les déclarations du Premier ministre turc à ce sujet ont suscité de vives réactions dans le milieu judiciaire déjà en froid avec le gouvernement, accusé de faire pression sur la justice dans l'enquête judiciaire sur cette affaire où 24 personnes sont actuellement poursuivies pour corruption, fraude et blanchiment d'argent, dont les fils de ministres démissionnaires, un maire municipal (AKP), le PDG de la banque publique 'Halkbank'' et les patrons de plusieurs mastodontes de construction.

Le Premier ministre tente de dévier le débat politique en cours dans le pays concernant le scandale politico-financier, qui touche plusieurs personnes influentes du monde de la politique et des affaires proches d'Erdogan, en engageant un nouveau débat sur la révision des procès de certains officiers militaires, qui ont été condamnés pour coup d'Etat, écrit lundi le quotidien +Today's Zaman+, qui cite des experts judiciaires turcs.

La question de la révision de ces procès, où sont condamnés plusieurs centaines de militaires turcs (à la retraite ou en activité) dont de hauts gradés, s'est imposée comme le premier sujet d'actualité du week-end dernier, après que le chef du gouvernement ait déclaré à des journalistes qu'il a ordonné au ministère de la Justice d'examiner les moyens à même de permettre l'ouverture d'une nouvelle procédure.

La révision de procès, menés par des tribunaux et des juristes indépendants, constitue un danger pour la démocratie et l'indépendance du système judiciaire en Turquie, note Ahmet Gundel, un procureur général à la retraite, cité par +Today's Zaman+.

Le gouvernement tente de faire diversion pour détourner l'attention du public de l'enquête sur la corruption, a-t-il souligné, ajoutant que le chef du gouvernement a placé dans sa ligne de mire l'appareil judiciaire à cause de l'investigation en cours dans le cadre de cette affaire.

Le même point de vue est partagé par un ancien ministre de la Justice qui s'est montré convaincu que la question de la révision des procès de militaires est liée au scandale de corruption, soulignant que le Premier ministre parle d'une 'tentative de coup (d'Etat) judiciaire en Turquie'' et d'un 'Etat parallèle'', deux accusations graves qui nécessitent des preuves, a-t-il noté.

'Le Premier ministre commet un crime en faisant pression sur la justice'', indique +Today's Zaman+, citant l'ancien ministre de la justice, Hikmet Sami Turk.

L'opposition politique n'est pas restée loin de ce débat. Le président du Parti républicain du peuple (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, a accusé lui aussi le Premier ministre de tenter de faire écran au scandale de corruption en détournant le débat public.

'Cette affaire de corruption a dévoilé le vrai visage du gouvernement'', a dit le leader du CHP, la principale formation de l'opposition en Turquie, avant d'appeler le Premier ministre à présenter sa démission suite à ce scandale politico-financier.

L'entourage du chef du gouvernement turc est au coeur d'une enquête pour corruption, déclenchée le 17 décembre dernier après la rafle menée par les forces de police sur demande de la justice dans la mégalopole turque d'Istanbul et la Capitale Ankara.

Les conséquences de ce qui constitue désormais la plus grande affaire de corruption dans l'histoire du Parti de la Justice et de du Développement, qui a fondé sa réputation, tout au long de ses 12 années à la tête du pouvoir, sur les valeurs de la probité, l'équité et la justice, ne se sont pas fait attendre.

Sur le plan politique, les trois ministres, dont les fils ont été appréhendés dans cette affaire (Intérieur, Economie et Environnement), ont démissionné, avant que le Premier ministre ne procède à un large remaniement ministériel, qui a concerné près de la moitié des portefeuilles, dont les plus importants sont ceux de la Justice et de l'Intérieur.

Le scandale a provoqué également une hémorragie dans l'AK-Parti suite à la démission de plusieurs membres influents, dont d'anciens ministres et des députés, mais aussi dans le système judiciaire après la sortie tonitruante d'un magistrat qui a crié aux pressions et à l'intimidation de la justice dans cette affaire. Ces accusations d'intimidation ont été également le leitmotiv de l'opposition politique, représentée essentiellement par le CHP, qui a vite appelé le gouvernement à la démission.

La rue pour sa part a réagi par plusieurs manifestations, sorties dans des villes comme Istanbul et Ankara pour demander encore une fois la démission du gouvernement, laissant planer le spectre des troubles de juin dernier, surtout après les interventions musclées de la police pour disperser les foules à coups de grenades Lacrymogènes et de canons à eau.

Sur le plan économique, La livre turque (TL), qui a été sérieusement affectée par ce scandale politico-financier, a poursuivi son enlisement face au dollar et à l'euro. Elle a touché ce lundi matin un nouveau record historique à la baisse face au dollar, s'échangeant à 2,19 TL pour un dollar, après avoir franchi les 2,18 TL pour un dollar la semaine dernière, et à 2,98 TL pour un euro, s'approchant ainsi davantage de la barre symbolique des 3 livres pour un euro.

Sur le plan officiel, les autorités turques ne cachent plus l'impact économique négatif de cette affaire de corruption. Le Vice-premier ministre, porte-parole du gouvernement, Bulent Arinç, avait estimé à plus de 100 milliards de dollars les pertes de l'économie turque suite à ce scandale politico-financier sans précédent, qui intervient à la veille d'échéances électorales importantes, les municipales et les présidentielles respectivement en mars et août prochains, et les législatives en 2015.

Pour sa part, le ministre des Finances, Mehmet Simsek, a reconnu dans une interview au Financial times que la dévaluation de la Livre turque avait "à l'évidence des implications macroéconomiques négatives pour la Turquie".

"Pour la première moitié de 2014 nous anticipons une croissance plus faible, plus modeste, à cause du resserrement (de la politique monétaire de la Fed) et des conditions politiques et économiques intérieures", a concédé le ministre turc.



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