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Nadia Madani - publié le Vendredi 10 Juin à 11:04

S'aimer pour être aimé




Une jeune femme s'oublie au profit de sa petite famille mais se trouve déçue par l'ingratitude qu'on avait envers elle; sa mère la met sur la bonne voie



S'aimer pour être aimé
Fati se réveillait tôt depuis quelques jours bien qu’elle soit en vacances et que les enfants le soient aussi. Elle était seule dans son grand lit confortable, son téléphone portable gîsait à côté ; elle l’avait laissé là la veille, à une heure tardive du soir ; c’était devenu son moyen privilégié pour rester en contact avec le reste du monde mais aussi avec son mari qui avait quitté la maison suite à une dispute entre eux.

Elle saisit son téléphone et rédigea un message sur pour son mari :
« Bonjour Aymane, hier soir avant de m’endormir, j’ai pensé à toi, j’ai pensé à tout l’amour que je te portais dans mon cœur ; je n’avais jamais imaginé que tu pourrais me laisser tomber pour si peu et que tu quitterais la maison sous n’importe quel prétexte. Tu m’as beaucoup déçue ! »

Elle envoya le message et se leva pour préparer le petit déjeuner aux enfants ; les deux fillettes dormaient encore ; elle aimait les regarder ainsi, endormies de travers et toutes décoiffées ; elle adorait leurs cheveux châtains en boucles, leurs petites mains dodues et leurs petites bouches fines et roses. Dés qu’elles se réveilleraient, il n’y aurait plus de silence à la maison. Fati se souvint alors de leur naissance ; c’était un accouchement difficile, les deux jumelles étaient bien portantes et pesaient plus de trois kilos chacune. C’était le plus grand événement de sa vie mais pas celui de sa belle famille qui l’avait boudée plus d’un mois parce qu’on désirait un garçon. Aymane était originaire d’Errachidia, et dans cette région du Maroc, on n’appréciait guère la naissance d’une fille. Mais ce qui l’avait étonnée à cette période là, c’était l’attitude de son mari qui avait l’air de s’excuser auprès de ses parents pour la déception qu’il leur avait donnée.

Elle réveilla les fillettes, leur servit le petit déjeuner et leur demanda de jouer sagement dans leur chambre et de lire leurs grands livres d’images. Fati consulta son téléphone, toujours pas de réponse. Depuis la veille, Aymane n’avait donné aucun signe. Comment pourrait-elle continuer de vivre normalement sans lui ? Il avait toujours été le centre de sa vie ; et elle ne pourrait jamais aimer quelqu’un d’autre s’ils arrivaient à se séparer. Elle reprit son téléphone et lui écrivit un autre message : « Réponds Aymane ! On peut tout régler sans se faire mal. Ne quitte pas la maison comme ça, j’ai besoin de toi, et les filles aussi, ne me fais pas ça s’il te plait ! ». Pour apaiser son inquiétude, elle proposa aux petites de sortir un peu.

Dans ce joli parc du vieux quartier Al Habous de Casablanca, les enfants jouaient, les mamans bavardaient sur les bancs, et des couples amoureux s’isolaient au loin ; ce quartier connu par ses grandes librairies et ses basses maisons du XIX ème siècle était particulièrement calme et beau.

Fati regardait jouer les filles au toboggan, elles venaient de fêter leurs six ans et elles étaient très belles. Un vrai bonheur, qu’à les regarder ! Elle se rappela ces deux ans ou Aymane était en chômage parce qu’il voulait changer de travail. Les fillettes avaient juste deux ans et il lui fallait beaucoup d’argent pour les nourrir, les habiller et prendre soin d’elles ; c’était à ce moment là qu’elle avait commencé son travail d’institutrice à mi-temps. Que de sacrifices n’était- elle prête à faire pour lui !

Il était temps de rentrer et elle héla un taxi. Pourquoi avait-il pris la voiture ? Il savait pourtant qu’elle ne pouvait pas s’en passer pour les courses ! La journée se passa morne et sans attrait. Le soir venu, elle se rendit compte qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas téléphoné à sa mère ; « et pourquoi ne pas lui rendre visite carrément ; ça lui ferait certainement plaisir ! » se dit-elle.

Chez sa maman, elle rencontra des gens de la famille qu’elle avait perdu de vue depuis son mariage. Elle adorait les réceptions familiales ; on passait de beaux après-midis , dans de chics salons marocains, à déguster du thé accompagné de petits gâteaux d’amandes ; on se paradait dans de beaux caftans, on discutait et on riait sous les rythmes berceurs de la musique andalouse. La société fassie de sa mère était raffinée et bonne vivante et elle avait honte de se montrer peu élégante ce jour là. La vie n’était pas toujours facile pour elle avec Aymane ; ils avaient souvent des difficultés financières. Fati ne put s’empêcher alors de penser à son cousin qui voulait l’épouser avant ; c’était un riche marchand, d’un niveau intellectuel moyen mais qui était prêt à lui déposer de l’or sous ses pieds. Sa mère ne lui avait jamais pardonné d’avoir refusé un tel parti. Elle chassa vite cette pensée de sa tête et se dit que personne ne valait Aymane pour elle. Avec lui, la vie avait un sens ; on militait ensemble pour les mêmes idéaux, on partageait tout et on était avide de découvrir le monde et de réaliser plein de projets. On s’entendait au niveau intellectuel et on était indispensable l’un à l’autre. Fati était sûre que la crise de couple qu’elle vivait était passagère ; Aymane finirait bientôt par rentrer.

Le soir, quand tous les invités étaient partis, sa maman lui dit : « je sais que tu aimes ton mari, mais ce n’est pas en te négligeant que tu vas le préserver ; au contraire, tu ne feras que le perdre parce qu’il aurait perdu ce qu’il avait aimé en toi, tes ambitions, ta joie de vivre, ton élégance spontanée et ton insouciance. Je ne veux pas savoir ce qui s’est passé entre vous, mais je veux que tu me promettes une chose : que tu termines tes études ; je garderai les filles pour toi ; je veux que tu renoues avec ta famille, tes amies et le reste du monde. Je ne te reconnais plus ma fille et j’en suis très éprouvée.

Ton mari te rappellera bientôt ; ne va pas courir vers lui ; dis lui de passer vous prendre demain soir, car le matin nous irons chez le tailleur ; je parie que tu n’as plus de caftans à mettre pour nos soirées familiales. Nous irons aussi voir les bijoutiers, c’est une honte d’avoir les mains et le décolleté dénués de bijoux quand on est une femme qui se respecte. Il faut s’aimer pour être aimée. »

Fati avait longtemps raillé la mentalité traditionnelle de sa mère ; elle taxait ses idées de rétrogrades mais elle n’en était pas sûre en ce moment là. Peut être y avait- il quelque chose de vrai dans les vielles idées. Elles n’étaient certainement pas sans aucune utilité !

Aymane finit par appeler et s’excusa auprès d’elle mais elle fit ce que sa mère lui avait conseillé. Quelques mois plus tard, elle s’inscrivit à la faculté pour terminer ses études de droit, elle consacra un weekend sur deux à ses connaissances et à ses loisirs, elle s’épanouissait sous le regard inquiet de son mari ; ce fut une métamorphose. Aymane devint plus attentif et la belle famille avait toutes les raisons pour se réjouir des deux fillettes. Sa mère avait raison, on ne pouvait pas être aimé si l’on ne s’aimait pas assez. Elle découvrit combien la vie était belle quand on était libre dans son cœur, dans son esprit et dans ses mouvements. Mais comme lui avait apprit sa maman un jour ; il n’y avait pas de vraie liberté sans indépendance affective, intellectuelle et matérielle. L’amour-notammant- devrait libérer l’être humain et non l’asservir.


Tagué : Nadia Madani

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