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Reuters - David Lewis - publié le Samedi 19 Janvier à 09:53

Risque de contagion de la crise malienne après In Amenas




Dakar : En s'emparant d'un complexe gazier dans l'est de l'Algérie, les combattants liés à Al Qaïda ont réussi un coup de force mais ils ont surtout adressé un message clair à l'ensemble des pays d'Afrique du Nord et de l'Ouest: ils sont en mesure de frapper n'importe où dans la zone saharienne.



Risque de contagion de la crise malienne après In Amenas
Dans une région où les frontières ne sont guère plus que des traits tracés sur une carte, les islamistes peuvent se disperser comme bon leur semble et se réorganiser facilement s'ils sont chassés d'une région.

L'opération Serval menée par la France et désormais épaulée par les Etats de la Cédéao a stoppé la progression des rebelles en direction de Bamako, la capitale du Mali, et a marqué les esprits.

Cette intervention de l'ancienne puissance coloniale a dépassé la Syrie parmi les sujets de discussion sur internet et selon les experts en sécurité, elle est de nature à radicaliser la position des islamistes.

Le risque est de voir la crise malienne provoquer une contagion dans l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne, notamment dans des pays dont les forces militaires ou la police peinent à garantir la sécurité sur l'ensemble de leur territoire.

Les observateurs s'inquiètent que la prise d'otage menée depuis mercredi matin par un groupuscule émanant d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) se soit produite en Algérie.

Les forces algériennes, endurcies par le sanglant conflit civil contre les islamistes au cours des années 90, ont la réputation de protéger efficacement les sites stratégiques installés sur leur sol.

Si la "brigade des Moulathamine" a réussi à se rendre maître du complexe gazier de Tiguentourine et à tenir tête aux soldats algériens pendant plusieurs jours, d'autres islamistes peuvent constituer une menace encore plus grande face à des forces de sécurité moins entraînées et équipées.

L'autre sujet d'inquiétude des experts est que les preneurs d'otages appartenaient à différentes nationalités. Selon les premiers éléments, certains étaient égyptiens, tunisiens, libyens et avaient été rejoints par un Français et un Malien.

Le caractère multinational du groupe confirme que les islamistes installés depuis plusieurs mois dans le nord du Mali ont réussi à attirer des combattants venus de pays jusqu'alors sous-représentés dans les factions plus ou moins liées à Al Qaïda.

La crise malienne a radicalement changé la donne en terme de sécurité dans la région sub-saharienne où des entreprises occidentales participent à l'exploitation de gisements pétroliers, miniers ou d'uranium comme un Niger mais également à la construction d'infrastructures et aux transports.

MULTIPLICATION DES FRONTS

La lenteur avec laquelle la communauté internationale a réagi à la prise de contrôle du nord du Mali après un coup d'Etat militaire à Bamako a donné le temps aux militants de s'organiser, de recruter des combattants et de s'armer.

Le principal casse-tête pour les gouvernements de la région est de trouver le moyen de suivre et de contrôler ces groupuscules très mobiles qui peuvent au besoin se fondre dans la population de villes ou de villages et menacer de mener une guérilla urbaine.

Le Sénégal, pays de tradition musulmane fier de sa tolérance religieuse, s'inquiète désormais de la présence de cellules dormantes sur son sol.

Le président Macky Sall, dont le pays a fourni un contingent de 500 hommes à la Misma chargée d'appuyer l'armée malienne, a appelé ses concitoyens à signaler toute activité suspecte de musulmans venus de l'étranger.

La Mauritanie, dont le spectre politique est beaucoup plus divisé que celui de son voisin, a préféré se montrer prudente et a décidé de ne pas s'impliquer dans la crise malienne.

"Nous avons déjà payé un prix trop élevé pour avoir agi seul contre des groupes terroristes par le passé", a commenté Mohamed Yahya Ould Horma, vice-président du parti UPR au pouvoir.

"La France veut chasser les extrémistes. Mais vers où ? La Mauritanie et le Niger peuvent se retrouver dans les ennuis. Le Burkina Faso va être confronté à une menace", explique Kwesi Aning, expert au Centre d'entraînement international des casques bleus Kofi Annan au Ghana.

Mais, c'est certainement le Nigeria, pays disposant des principales réserves pétrolières de la région, qui cristallise les plus grandes préoccupations.

Les autorités d'Abuja doivent déjà composer avec la présence sur leur territoire de la secte Boko Haram et en envoyant un premier contingent de 1.200 hommes au Mali cette semaine, le président Goodluck Jonathan a pris un pari.

Il espère que l'intervention de la Misma coupera les liens entre les islamistes du nord du Mali et ceux qui sévissent dans la nord du Nigeria.

Pour Kwesi Aning, l'intervention au Mali "rend toute la région sub-saharienne beaucoup plus vulnérable. Nous allons assister à une multiplication des fronts".



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