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par Qurat ul ain Siddiqui - publié le Vendredi 26 Novembre à 06:00

Réparer les fractures sectaires au Pakistan

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Karachi - Une explosion à une mosquée de Darra Adam Khel dans le nord-ouest du Pakistan au début du mois a fait plus de soixante morts. Les attentats de cette nature, qui se multiplient, constituent un obstacle de première taille pour un pays qui s'efforce d'éliminer la violence sectaire et toutes les violences sur son territoire. S'il est permis de penser que l'attaque de cette mosquée sunnite visait en fait des militants anti-Talibans, elle illustre toutefois le mépris total des terroristes pour les lieux religieux et sacrés, attisant par leurs actes les désordres civils et les fractures sectaires qui hantent ce pays.

Selon une estimation alarmante, plus de 4.000 Pakistanais auraient trouvé la mort lors d'épisodes de violence sectaire depuis une vingtaine d'années. On peut cependant espérer que ces violences se calmeront si le gouvernement s'oriente vers l'instauration volontariste d'une culture du pluralisme et de la tolérance parmi les Pakistanais, les encourageant ainsi à s'affranchir de leurs querelles sectaires.

Au Pakistan, la violence sectaire est traditionnellement le fait de factions chiites et sunnites. Les. chiites représentent environ 20 pour cent des 180 millions d'habitants, majoritairement chiites, que compte le pays. A l'origine de ces tensions, qui ont commencé à faire surface dans les années 1980, le ressentiment des paysans sunnites contre les propriétaires terriens du Penjab.

Au départ, la fracture était avant tout économique. Elle n'a pris une dimension confessionnelle que lorsque les partisans du mollah sunnite Haq Nawaz Jhangvi – qui a par la suite fondé l'organisation militante Sipah-i-Sahaba Pakistan (Armée des amis du Prophète) – ont exacerbé les différences culturelles et idéologiques qui distinguent les paysans sunnites de leurs propriétaires chiites. Ces divergences ont été attisées par la formation de groupes militants sunnites et chiites prétendant chacun défendre sa version de l'islam en livrant une lutte armée contre l'autre, surtout sous le règne du Président Zia ul-Haq, qui a fait entrer dans le système politique du pays une interprétation stricte et conservatrice de la loi islamique.

Puis des défaillances du système d'enseignement sont venues compliquer la situation. Des madrasas échappant à toute régulation, prêchant des interprétations parfois extrêmes de l'islam ont proliféré dans tout le pays sans que le gouvernement s'en soucie trop. Le cas le plus connu est le conflit avec le séminaire de Jamia Hafsa, tout près du Lal Masjid à Islamabad, qui exigeait l'imposition d'une version particulière de la loi islamique.

Mais les violences sectaires ne sont pas dues seulement à la scission entre chiites et sunnites. Les ahmadis, musulmans eux aussi, croient au retour de Jésus sur terre au 19e siècle, en la personne de Mirza Ghulam Ahmad. Ils ont connu les persécutions et la violence, dont la pire a fait 95 morts dans un attentat coordonné contre deux mosquées ahmadies de Lahore le 28 mai.

Le plus curieux, c'est que le visage mutant du terrorisme sectaire n'a pas épargné la majorité des musulmans sunnites pakistanais adeptes de l'école de pensée islamique Barelvi, sous-secte de l'islam sunnite, qui défend des pratiques cultuelles anciennes associées au soufisme.

Attribués en général au Tehrik-i-Taliban Pakistan (Mouvement des étudiants du Pakistan), les attentats de 2010 contre des lieux saints soufis, y compris le temple de Data Darbar à Lahore, le tombeau d'Abdullah Shah Ghazi à Karachi et celui du saint Baba Farid Shakar Ganj à Pākpattan, au Penjab – qui ont fait un total de 59 victimes au moins – prouvent que le problème de la violence sectaire a pris de nouvelles dimensions et exige une intervention immédiate et efficace du gouvernement.

Toute une série de mesures sont possibles pour lutter contre l'agressivité sectaire. Mais c'est au niveau de la politique scolaire et tout particulièrement des programmes qu'il faudra basculer d'un enseignement sectaire à un enseignement neutre. Tous les livres des écoles publiques ou confessionnelles encourageant les préjugés ou la haine pour des motifs religieux devront être analysés par une commission indépendante qui jugera s'ils répondent aux critères de tolérance qui doivent prévaloir en milieu pédagogique.

On sait aussi que les responsables religieux et les hommes de robe jouissent d'une influence considérable chez nos gens. Le gouvernement doit donc les inciter à jouer un rôle constructif en prêchant la tolérance religieuse. Les partis politiques religieux eux aussi devront prôner la tolérance et, considérant la mosaïque confessionnelle qui fait la particularité du Pakistan, prôner l'harmonie entre les sectes islamiques en particulier.

Dans le même temps, l'Etat doit reconnaître les diverses communautés religieuses and et veiller au respect de leur droit constitutionnel fondamental à l'égalité dans tous les domaines. Les lois porteuses de discrimination comme la loi sur le blasphème et la loi qui déclare les ahmadis non-musulmans ont fomenté la haine et la violence contre certaines communautés religieuses et doivent, à ce titre, être revues.

Si elles étaient adoptées, ces mesures pourraient modifier la façon dont les gens se voient les uns les autres, à condition, bien sûr que l'Etat les encadre avec l'autorité voulue. Réformer le système d'enseignement, recourir aux services des dirigeants religieux pour répandre un message de tolérance et, enfin, rétablir l'égalité des droits entre tous les citoyens pakistanais en abrogeant les textes discriminatoires, telles sont les mesures fondamentales qui pourront aider le gouvernement à instituer une culture de pluralisme et de tolérance, tout en favorisant aussi le vivre ensemble entre personnes de confessions différentes.

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* Qurat ul ain Siddiqui est journaliste à Karachi. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 27 novembre 2010,
www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=288...


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