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Asim Siddiqui - CGNEWS - publié le Mardi 26 Février à 08:33

Réinventer la charia




Asim Siddiqui : Londres - L'archevêque de Canterbury est un personnage remarquablement intelligent et réfléchi. Son intervention du 7 février dernier se voulait une réponse aux problèmes complexes que pose la cohésion communautaire. Il tentait de répondre au sentiment d'aliénation qu'éprouvent certains secteurs des communautés musulmanes britanniques afin qu'ils se sentent mieux intégrés à ce pays.



Si les tabloïds se sont déchaînés, il importe que nous, nous gardions la tête froide. Toute analyse de la charia (principes islamiques de jurisprudence) se heurte à la difficulté suivante: il s'agit d'un concept très vaste, qui englobe à la fois le domaine public et le domaine privé. Il est également susceptible d'une grande diversité d'interprétations. Pour ma part, je serais enclin à affirmer que les objectifs fondamentaux de la charia – protection de la vie, famille, dignité, intellect et propriété – sont tous couverts par la loi britannique. Le but fondamental de la charia est de faire régner la justice. Or ce pays le fait, et plus encore. Pourquoi alors rajouter de la charia à notre système?

Les aspects de la charia auxquels songe l'archevêque se limitent à certains aspects du droit de la famille et du droit patrimonial, c'est-à-dire au domaine des affaires civiles. Nul ne songe à introduire le code pénal dit islamique – aussi, ne perdons pas notre temps à discuter d'une réalité que la plupart d'entre nous refusons déjà pour le monde musulman, et a fortiori pour la Grande-Bretagne.

Parlons donc du droit de la famille et du droit patrimonial, S'agissant de ce dernier, le Royaume Uni procède à une révision de sa législation financière afin de ménager une place aux produits conformes à la charia, tels que les hypothèques halal (conformes aux principes islamiques) et obligations islamiques. Pourquoi? En grande partie pour attirer les milliards de pétrodollars qui flottent en abondance dans les pays du Golfe. Ici, la loi obéit aux réalités de la finance mondiale pour conserver à Londres son statut de capitale financière de premier plan; ce n'est pas ce qui fera de notre ville un « Londonistan ».

Quant au droit de la famille, il est exclu d'envisager son incorporation dans le droit britannique avant une consultation approfondie des organisations de droits de l'homme, des organisations féminines, des défenseurs des droits civiques et autres parties prenantes qui permettrait de définir exactement ce qu'il faut incorporer à leur avis. A l'heure actuelle, le consensus en la matière est de niveau zéro. Toute discussion sur le principe même d'un amendement serait donc purement académique. A quoi s'ajoute évidemment le principe inviolable de l'égalité de tous les citoyens devant la loi.

Il est parfaitement loisible aux musulmans adultes et consentants de résoudre leurs différends selon la loi islamique dans le cadre du droit civil britannique et dans la mesure où l'une où l'autre partie l'invoque (comme c'est aujourd'hui le cas). Partout où le droit anglais et le "droit islamique" diffèrent, c'est le "droit islamique " qui doit céder le pas.

L'archevêque a raison de vouloir trouver les moyens d'intégrer les musulmans marginalisés dans la société civile. Mais pour y parvenir, il faut d'abord éduquer les musulmans les plus revendicatifs (en matière religieuse et en matière culturelle) en leur expliquant ce que la charia doit signifier dans un contexte moderne. Il appartient aux érudits musulmans de réinterpréter telles ou telles pratiques que certains considèrent comme "islamiques"; le témoignage de la femme qui vaut la moitié de celui d'un homme, le droit de l'homme d'avoir jusqu'à quatre femmes, la tutelle des enfants qui revient au mari, l'héritage etc… Pour chacun de ces cas, les interprétations sont multiples.

Il revient aux chercheurs musulmans progressistes d'assurer que les interprétations les plus libérales et les plus tolérantes qui sont enracinées dans la tradition islamique et qui font partie de l'héritage libéral de la Grande-Bretagne s'imposent dans le temps. Ce travail ferait beaucoup plus pour l'intégration des musulmans que l'incorporation de concepts encore mal définis dans la loi fondamentale du pays.

* Asim Siddiqui est président et administrateur fondateur du City Circle, réseau de jeunes cadres britanniques musulmans, membre de l’ Iraq Commission et de l'Institut international d'études stratégiques.


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