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Regard sur les ouvrages de l'écrivain Farida Diouri


Abdelouahid Bennani - publié le Lundi 11 Février 2008 à 00:00


Farida Diouri a poursuivi ses études à l’Institut espagnol puis à la mission française. Elle a eu son Bac français au lycée Descartes de Rabat et opta pour des études d’économie à la faculté de droit de Rabat.



Elle a été journaliste à l’Opinion, puis rédactrice en chef à la Revue de l’Union des Femmes « AICHA ».

Depuis 1993, elle fut cadre d’une chaîne hôtelière américaine ainsi que correspondante de journaux, tels que l’ « Echo Touristique ». Elle a commencé à écrire à l’âge 40 ans et son premier roman « Vivre dans la dignité ou mourir » a été sélectionné par le prix du Grand Atlas, organisé par l’Ambassade de France au Maroc. Plusieurs interviews réalisées au Maroc, en France et en Egypte. Elle est décédée le 08 Août 2004. 

La première chose qui frappe le lecteur dans les romans de Farida Diouri c’est cet acharnement du sort sur ses protagonistes. La mort comme délivrance pour les uns (suicide s’entend) et châtiment pour d’autres (assassinat, maladies, accidents mortels …) est omniprésente. Les petits malheurs (la trahison, l’infidélité, …) comme les grands malheurs (la mort, la déchéance…) paraissent avoir prit rendez-vous dans ces romans où vous êtes partagé entre la sympathie pour les héroïnes en souffrance et la gêne pour un certain discours où presque tous les hommes sont des êtres de la pire espèce. Ceci n’a en effet rien de gratuit puisque ces hommes paraissent le mériter et sont, en quelque sorte, la cause de tous les malheurs que durent endurer les héroïnes.

Les événements de « L’ange de la misère » et de « Vivre dans la dignité ou mourir » se passent dans la ville de Marrakech. J’imagine que « Dans tes yeux, la flamme infernale » aussi, car on mentionne dans une présentation que j’ai pu lire que l’on part de « Marrakech à Martil, en passant par Grenade, Paris ou Casablanca ».

Marrakech est donc le grand espace réel autour duquel des sous-espaces, c’est-à-dire les différents lieux cités dans les romans, représentent divers degrés d’ouverture que ses personnages franchissent pour aller et venir à leur guise.

Farida Diuori, étant de Larache, je pensais tomber, à chaque moment de ma lecture, sur un lieu, un quelconque nom qui ferait allusion à sa ville natale. Et je dois dire que j’y avais beaucoup cru quand l’héroïne de « Vivre dans la dignité ou mourir » partit enterrer sa famille (son père, sa mère et ses deux frères) qui mourut dans un accident de circulation. Eh bien, non, aucun lieu n’est cité.

Le temps réel n’a point lieu, c'est-à-dire qu’on n’aura aucune date pour désigner une période précise, ce Temps Externe à l’œuvre. Mais le lecteur devine aisément qu’il s’agit là d’un Maroc des années quatre-vingts jusqu’à nos jours grâce à la description des personnages et des lieux. Grâce à des allusions aux événements importants qu’a connu notre pays.

Alors que le temps romanesque ou le Temps Interne à l’œuvre, s’étend, lui, sur une vingtaine d’années pour « L’Ange de la misère ». Précisions de temps que nous aurons grâce à l’âge de Myriam dont l’auteur fait mention à chaque moment fort, à chaque grand événement que va connaître sa misérable existence. Myriam va faire son apparition dès l’âge de douze ans et se retrouver à la fin du roman avec l’âge de trente quatre ans. Quant au roman « Vivre dans la dignité ou mourir », le temps romanesque s’étend sur quelques années seulement car Nadia est déjà une femme mûre de 34 ans, mariée et mère de trois enfants, quand débute l’histoire.

Dans les deux cas, le temps n’est que suggéré indirectement par le vieillissement des personnages (quoi qu’aucune héroïne ne fût vraiment vieille !).

La présence de l’auteur dans ses romans est fréquente sous forme de réflexions de l’ordre social, théologique ou philosophique dans les paroles rapportées, les monologues intérieures de ses personnages ou tout simplement ses interventions personnelles pour donner un avis, faire une remarque ou formuler une hypothèse. Il faut dire que les ouvrages de Farida Diouri ne sont pas de simples ouvrages de fiction où prédomine l’action mais bien des romans de réflexion. Psychologiques diraient d’autres. La condition de la femme, la misère, le chômage, la religion, le destin, l’émigration… Prennent une part importante dans ses ouvrages. Et là on sent très bien que ce ne sont que ses propres propos, que ses propres réflexions, que ses propres interrogations. Et pour cause, car l’écriture ne se limite pas seulement à raconter mais aussi à dire, à s’interroger, à analyser, à étudier la réalité.

Maupassant avait bien dit dans sa Préface de Pierre et Jean, 1884 :
« Donc, après les écoles littéraires qui ont voulu nous donner une vision déformée, surhumaine, poétique, attendrissante, charmante ou superbe de la vie, est venue une école réaliste ou naturaliste qui a prétendu nous montrer la vérité, rien que la vérité et toute la vérité »
Serions-nous en mesure de qualifier les ouvrages de Farida Diouri de réalistes ? Ses personnages et les événements qu’elle rapporte ont-ils un caractère réaliste ?

Voyons un peu, en bref, l’histoire de Myriam, héroïne de « l’Ange de la misère », roman que j’ai apprécié particulièrement :

Après un bonheur éphémère son père meurt dans un accident. Dans le besoin, sa maman devient bonne et démissionne de son rôle de mère. Livrée à elle-même, Myriam travaille dans un salon de coiffure et côtoie des prostituées. Elle se lie d’amitié avec Amina, l’accompagne aux discothèques de la ville, propose ses charmes, se fait son premier client qui lui fait perdre sa virginité et rentre à la maison avec quelques billets. Amina a le Sida et elle en meurt. Myriam continue dans la prostitution jusqu’à ce qu’elle rencontre un vieux français qui va la prendre pour épouse. Naissance d’une fille, bonheur éphémère car elle va perdre son vieux mari qui succombe suite à une crise cardiaque. Myriam reviendra à l’alcool et s’isolera chez-elle. Sa mère va mourir par la suite à cause d’un cancer. L’argent de l’appartement que lui a laissé son mari et qu’elle a vendu dans l’espoir de guérir sa mère ne va servir à rien et va vite s’écouler. Myriam envoie sa fille chez sa grand-mère paternelle en France et se retrouve encore cette fois dans la rue. Dans le besoin, elle retourne à son vieil office. Une nouvelle vie dans des taudis en compagnie d’autres files de plaisir. Elle se lie d’amitié avec Sara que les parents forcent à se prostituer malgré son très jeune âge pour leur rapporter de l’argent. Myriam tombe amoureuse d’un gigolo qui lui soutire l’argent qu’elle gagne en se prostituant jusqu’au jour où il lui annonce son mariage avec une cousine. Sara se mariera par la suite avec un italien de 62 ans et quittera le pays. Et de nouveau, sans amie ni amant, Myriam va sombrer dans l’isolement, l’alcool et tente de se suicider. A ce moment précis où elle avale tout un flacon de somnifères, sa fille frappe à la porte en compagnie de sa grand-mère et de Sara, venues spécialement de France pour l’emmener vivre avec eux. On ne retient à la fin que l’image de Myriam qui bâille, que l’image de ses yeux qui se ferment seuls. Myriam aurait-elle suffisamment de force pour ouvrir la porte, ou bien allait-elle mourir avant? Au cas où on forcerait la porte, serait-il trop tard pour la sauver? Le lecteur continue donc à penser à Myriam et à s’interroger sur le sort de cette femme-enfant avec laquelle il a sympathisé le temps d’une lecture.

Ceci prouve que Farida Diouri a mené sa tache à bien en sensibilisant le lecteur pour la cause de Toute les Myriams que connaît notre société. Elle a su par la force des mots et sa franchisse habituelle, faire plonger le lecteur dans l’univers de ses héroïnes qui sont arrivés à gagner sa sympathie, son respect et son estime.

Toutes ces situations font, en effet, partie de la vie réelle. Chacun peut être confronté aux mêmes faits. On a donc envie de dire que ses romans vont trop vers le réalisme sans pour autant l’être, tout à fait. Seule bémol, Myriam parlait à l’âge de quatorze ans comme un professeur universitaire, raisonnait comme un philosophe mais se comportait comme une petite adolescente. Elle ne fut d’ailleurs pas la seule ; d’autres personnages supposés de moyenne éducation en faisaient de même. Le langage n’est donc point conforme au milieu des personnages cependant le réalisme absolu s’avère être impossible car, même s’il admet un art qui ne veut rendre que les apparences, il ne peut empêcher d’exprimer la réalité intérieure de l’écrivain et son univers.




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