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Abderrahman Benhamza - publié le Jeudi 12 Mars à 11:19

Rabia Elafdel, la façonneuse de rêves



Parmi les noms de la vague des artistes peintres marocaines qui ont défrayé la chronique ces derniers temps, celui de Rabia Elafdel est à retenir, pour l’ensemble des qualités de son travail.



Rabia Elafdel n’a pas suivi de formation académique au sens propre du terme. Après un court passage à l’E.T.A.P de Casablanca, elle a reçu une initiation préliminaire dans des ateliers de peintres locaux ; ensuite, elle s’est mise à peindre. D’ailleurs, elle a grandi dans une famille où cette discipline était plus qu’un loisir…

Rabia Elafdel considère l’art comme une interminable quête de formes porteuses de multiples interrogations. Dans les quelques expositions collectives auxquelles elle a participé, le gros de son travail était surtout axé sur le thème du personnage féminin, décliné sous forme de silhouettes expressives qu’elle accompagne d’un ensemble de motifs à vocation symbolique pris dans le contexte patrimonial traditionnel. Plus tard, ce genre de peinture va s’abstraire et faire appel à la matière. De même les couleurs (marron, jaune, ocre, rouge, bleu) vont se simplifier et s’approfondir, subissant comme une décantation. L’étape suivante, qui est l’actuelle, se distingue par la prédominance de couleurs froides largement étalées ou marinées dans des tons complémentaires en vue d’une harmonisation.

Elle se distingue aussi par l’introduction inédite d’un système de taches comme un jeu pointilliste, faisant office de contours et rappelant à s’y méprendre, par le dessin auquel elles aboutissent, des colliers faits de petites graines monochromes, dont le port a quelque chose de rituel et dont l’aspect ornemental évoque un usage traditionnel aussi bien marocain qu’africain. Rabia Elafdel croit certainement aux vertus de la recherche formelle.

A côté du collage qu’elle continue d’utiliser mais comme un accessoire plastique auquel elle applique de légères couches de peintures en adéquation avec sa palette ; à côté des personnages en silhouettes (toujours présents mais plus effacés), qu’elle centralise dans des poses réflexives, des rapprochements sentimentaux - personnages en couple, dont la répétition et le maintien est comme un éloge sublimé à l’Amour -  sont apparus de nouveaux motifs, une nouvelle reconsidération de la couleur et une tendance plus explicite au mouvement, matérialisé dans la courbe, sous forme ondulatoire ou circulaire. Donc une reconsidération de la couleur en rapport étroit avec le fond et qui, par gradation, va permettre à la lumière de marquer les contrastes et d’animer les zones inertes du tableau (celui-ci atteignant parfois deux mètres sur deux).

Rabia Elafdel, la façonneuse de rêves
Elafdel a raison de limiter cette fois sa gamme à trois ou quatre tons bien définis. Cela lui permet une meilleure gestion de l’espace, comme une meilleure concentration thématique laquelle tourne autour de la notion de Famille appréhendée sur le mode allusif. Cela se ressent implicitement dans l’effort déployé pour la réalisation de chaque œuvre.

Des signes éclectiques viennent s’implanter dans la toile, semées telles des énigmes. Sans doute leur emplacement est-il dicté, techniquement parlant, par des contraintes au niveau de la composition, mais la couleur, ciblée, homogénéise l’ensemble. En plus des efforts déployés, le temps mis à la réalisation joue énormément dans ce monde qui relève de l’imaginaire. Le sablier représenté sur une toile en est l’illustration.

Même si Elafdel agit sur la toile à coups de souvenirs plus ou moins conscients, le genre plastique qu’elle traite et qui est à mi-chemin de l’abstraction telle que l’entendait Kandinsky, parle constamment un double langage, celui de la couleur à sans cesse épurer et celui de la forme dont le géométrisme aérien et les exploits graphiques auxquels elle est pliée attestent chez l’artiste de cet esprit de recherche évoqué plus haut, qui est volonté d’aller toujours de l’avant.

Langage qui serait aussi une lutte contre le risque de s’enliser dans des formules plastiques inopérantes à la longue. Rabia Elafdel le sait, qui continuera de creuser loin dans ses visions. Cela fera évoluer (intuitivement dirions-nous) sa sensibilité et lui fera traiter ses thèmes toujours avec la délicatesse d’un façonneur de rêves.

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