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Mokhtar CHAOUI - publié le Vendredi 31 Juillet à 12:05

Qui joue avec le feu de l’insécurité ?






Dans tous les pays, à l’approche de chaque élection, les partis politiques ressortent la carte de l’insécurité, car ils savent qu’ils peuvent encore et toujours exploiter la peur des citoyens et leur promettre la lune, jusqu’à ce qu’ils soient élus ou réélus, suite à quoi, ils leur envoient un bras d’honneur en signe de remerciement.

Chez nous aussi, l’insécurité est une carte électorale qui a été souvent utilisée. Chaque parti diabolise l’autre et se positionne comme le garant du progrès, de la prospérité, de la justice, de l’égalité et… et… de la sécurité. Mais jamais, au grand jamais, ce jeu de l’insécurité n’a pris une dimension aussi dramatique que celle que nous sommes en train de vivre ces derniers temps. Chez nous, on fait les choses bien, très bien même… BIEN dans le sens qu’on ressort la grande artillerie qui nous caractérise tant (Nous sommes un peuple qui ne fait pas dans la demi-mesure), c’est-à-dire que nous savons nous remémorer notre glorieux passé du temps où les Marocains avançaient sur l’Europe en brandissant leurs sabres étincelants. Seulement, jadis, nos aïeux les branlaient contre leurs ennemis et seulement sur les champs de bataille ; nous, nous les utilisons contre nous-mêmes et sur la place publique, au vu et au su de tous.

Qui est derrière cette recrudescence de l’insécurité et à qui profite-t-elle ?

Cette affaire d’attaques avec les sabres n’est pas nouvelle. Le mouvement « T’chermil » a malheureusement quelques années à son actif. On pensait que l’Etat avait réussi à l’éradiquer, mais le voici qui revient de plus belle et dans des lieux insoupçonnés, comme ce fut le cas à Tanger, lors d’un mariage, sur la plage et en plein boulevard et corniche (à signaler que Le Grand Tanger, qu’on a fêté avec brillants discours et interminables youyous, décroche depuis quelques années Le Sabre d’Or de l’insécurité. Merci qui ? ) A Fès, ce sont les voyageurs de l’ONCF qui ont été attaqués aux sabres. A El Hoceima, c’étaient les baigneurs, etc. C’est quoi cette barbarie ? Où est la Makhzen ? Entendons-nous les gens crier ?

Le Makhzen, cette entité indéterminable qui gouverne le Maroc depuis des lustres, est toujours là, rassurez-vous ; mais le Makhzen a d’autres chats à fouetter. La priorité de ses priorités, c’est de démanteler les cellules terroristes qui menacent la stabilité du régime. Sur ce point, Chapeau. Rien à dire, et nous devons tous lui rendre hommage. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, le Makhzen, sur la question de traquer les terroristes, fait du très bon travail. Aucun Marocain n’est disposé à vivre ce qu’endurent certains pays arabes. Sachons donc rendre à César ce qui est à César.

Seulement voilà, à force de braquer les jumelles sur les menaces extérieures, il semblerait que les responsables sécuritaires au Maroc ont négligé la sécurité du citoyen. Résultat, une anarchie totale où chacun se prend pour le justicier, attaque son compatriote en toute impunité, n’hésite pas à le lyncher, le dépouiller se ses biens, voire de sa vie. IL faut que les dignitaires de ce pays comprennent que LA SÉCURITÉ D’UN RÉGIME, AUSSI DÉMOCRATIQUE SOIT-IL, EST TRIBUTAIRE DE LA SÉCURITÉ DE SES CITOYENS. Pas besoin de passer par Science PO pour le savoir. Quand l’insécurité des citoyens perdure, le régime, aussi fort soit-il, vacille. Le Maroc vit ces derniers temps une gravissime situation d’insécurité. De bons et loyaux citoyens sont agressés tous les jours. Certains en ont perdu la vie. La situation est si grave que le Monarque en personne a renouvelé ses instructions pour que les efforts soient doublés pour garantir la sécurité des Marocains. Force est de constater que sur le terrain, les résultats tardent à se concrétiser, puisqu’on continue à sortir les sabres, à molester les passants, à lyncher les filles, à voler, violer, insulter, menacer, etc., etc. Si rien n’est fait pour remédier à ce fléau, aujourd’hui avant demain, les bons citoyens seront obligés de se défendre avec les moyens du bord et les rues du Maroc deviendront un champ de batailles à la Faro West.

L’histoire des nations a démontré que deux problèmes sont toujours à l’origine des insurrections : la MISÈRE et l’INSÉCURITÉ, jamais les idées. Les idées viennent a posteriori pour donner aux insurrections une dimension philosophique et mythique. C’est la MISÈRE et l’INSÉCURITÉ qui ont enfanté la Révolution Bolchevique. C’est la MISÈRE et l’INSÉCURITÉ qui ont favorisé la Révolution française (au grand dam des historiens romantiques qui veulent nous faire croire que ce sont les idéaux qui avaient poussé les Français vers la Bastille). Ce n’est que plus tard que viennent se greffer sur la MISÈRE et l’INSÉCURITÉ les autres valeurs comme LA JUSTICE, L’ÉGALITÉ, LA DÉMOCRATIE, etc. Jamais un peuple ne s’insurge parce qu’il n’a pas eu accès à un livre, à une idée ou à un enseignement. Par contre, il s’insurge dès qu’il ne peut plus se nourrir et nourrir ses enfants, dès qu’il a peur pour sa vie et celles des siens. La MISÈRE et l’INSÉCURITÉ font monter à la surface l’instinct de survie propre aux animaux, et l’Homme redevient un fauve qui tue pour ne pas être tué. Devant la MISÈRE et l’INSÉCURITÉ, toutes les autres valeurs humaines se trouvent reléguées. La MISÈRE et l’INSÉCURITÉ restent les deux cartes entre les mains d’un régime. Savoir les gérer lui assure sa continuité ; en jouer, c’est risquer de se mettre le peuple à dos et disparaître. (Et toutes les brioches du monde ne suffiront pas à calmer les colères).

Si la MISÈRE n’est pas encore de mise au Maroc, du moins dans les grandes villes, l’INSÉCURITÉ est en train de créer un véritable climat de psychose. Un gouffre de plus en plus infranchissable se creuse entre le citoyen et ceux qui le gouvernent. Celui-là ne fait plus confiance à la capacité de protection de ceux-ci, au point que l’on entend, ici et là, des voix qui regrettent la main de fer de Basri (On croit rêver).

Il y a surtout ce sentiment que toute cette insécurité est provoquée, intentionnelle. Qui est donc derrière tout cela ? Bien malin celui qui s’aventurera à donner une réponse plausible. Toujours est-il qu’il est impossible de séparer la montée de l’insécurité des prochaines échéances électorales. Certains partis politiques, aux intentions mesquines et belliqueuses, n’hésitent pas à profiter de ce climat pour porter le coup de grâce à leurs adversaires, en oubliant qu’ils jouent avec le feu. Utiliser l’insécurité comme carte électorale est un suicide sociétal et politique. Bush l’avait utilisée pour avoir les mains libres et attaquer l’Irak. Vous connaissez la suite. Sarkozy l’avait utilisée en qualifiant une tranche de la société française de « racaille ». Il a été élu, certes, mais à quel prix : depuis lors, la fracture sociale entre les Français de différentes souches ne fait que s’aggraver.

Les partis politiques marocains qui surfent sur la vague de l’insécurité ne sont pas conscients du danger qu’ils encourent à la nation. Vouloir capitaliser sur l’insécurité est non seulement pathétique, c’est extrêmement dangereux. L’insécurité est comme les guerres : on sait toujours quand on les commence, comment les fomenter ; on ne sait jamais à quel moment elle nous échappe ni comment la stopper.

Il va sans dire que lorsque l’on pointe du doigt la recrudescence de l’insécurité, c’est le gouvernement en fonction, le PJD en l’occurrence, qui en assume la responsabilité. Il est donc tout à fait normal que les critiques et la colère des Marocains lui soient adressées. Toutefois, ce serait trop facile de s’arrêter à ce constat. Nous savons tous que les ministères de souveraineté, dont le ministre de l’intérieur, ne dépend pas du gouvernement élu. Qu’à cela ne tienne, diront certains ; on veut diaboliser un parti, on veut lui attribuer tous les torts, on veut l’affaiblir, on veut même l’assimiler à Daesch… et pour cela, on ne se privera pas de le salir, de lui coller toutes les affaires louches et de le rendre responsable de tous les maux du pays, surtout celui de l’insécurité.

La guerre entre les partis a déjà commencé sur les réseaux sociaux. Chacun y va des ses arguments, de ses attaques et de ses insultes. Des groupes ont été créés sur Facebook pour barrer la route au PJD. Les élections sont proches et tous les moyens sont bons pour clouer le diable au pilori. Grave, très grave stratégie, car le PJD a suffisamment démontrer son incapacité à gouverner, l’amateurisme de ses ténors, l’inefficacité de ses décisions, l’immaturité des ses ministres, la démagogie de sa politique, qu’il s’est décrédibilisé de lui-même.
Autre chose : si les prochaines élections se gagnent sur le thème de l’insécurité, les Marocains doivent se préparer à une fracture sociale qui mettra face à face ceux qui cherchent à tirer le Maroc vers un libéralisme à outrance et ceux qui s’accrochent au Maroc traditionaliste. Les premiers qualifieront les seconds de daechiens, et ceux-ci traiteront ceux-là d’apostats. De cette fracture ne naîtront que des guéguerres idéologiques extrêmement handicapantes pour le Maroc, et inutiles, alors que nous avons tellement de chantiers à rouvrir, à commencer par ceux de l'Education, de la Santé et de la justice. Si les prochaines élections se gagnent sur le thème de l’insécurité, les Marocains doivent aussi s’attendre à des lois de plus en plus restrictives de leurs libertés. C’est un piège duquel il faut se sortir en exigeant de l’Etat qu’il assure la sécurité du citoyen sans toucher à ses libertés, déjà minimales. Alors, ne donnons pas carte blanche aux sécuritaires pour qu’ils nous replongent dans les années de plomb.

A bon entendeur salam.

Mokhtar Chaoui
écrivain



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