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CGNews - Emarrakech - publié le Samedi 4 Avril à 11:16

Quel enseignement le Moyen-Orient peut-il tirer ?




Samuel Rizk - On pourrait avancer l'argument selon lequel le Moyen-Orient, en tant que berceau des religions abrahamiques, est un centre de dialogue entre musulmans et chrétiens.



Là où se trouvent leurs lieux de culte et de pèlerinage les plus saints, les musulmans et les chrétiens ont offert des modèles de coexistence et de coopération historiques. Mais lorsqu'il y a des tensions, soit pour des motifs religieux, soit parce que le langage et les symboles religieux et sacrés ont fait l'objet d'abus à des fins plus profanes, le Moyen-Orient a tout aussi facilement fourni des exemples d'intolérance et, sans aucun doute, de confrontation violente.

Il semble que d'un bout à l'autre du Moyen-Orient, nos niveaux de diversité intercommunale et de pluralisme sont limités par rapport à d'autres régions du monde. Pour nous, le pluralisme implique la coexistence de deux ou trois communautés au maximum, alors qu'en Asie du Sud-Est la coexistence peut impliquer des dizaines de communautés multiculturelles, multi-ethniques ou multireligieuses.

Pour les musulmans et les chrétiens d'Asie du Sud-Est, le pluralisme signifie tout autre chose. Non seulement, il y a une plus large interaction entre les traditions religieuses hors du monothéisme abrahamique, mais en plus, dans certains pays, les chrétiens et les musulmans représentent collectivement la minorité au sein d'une majorité de bouddhistes, d'hindous ou de non-religieux.

Cette dynamique pourrait entraîner une nouvelle façon d'envisager les relations interreligieuses.

Lors d'un débat organisé par le « Prince Alwaleed Bin Talal Center for Muslim-Christian Understanding » (Centre Prince Alwaleed Bin Talal pour une compréhension mutuelle entre musulmans et chrétiens), à l'Université de Georgetown, le 19 mars 2009, cinq érudits musulmans d'Asie du Sud-Est se sont exprimés au sujet du ''Pluralisme et de la démocratie dans l'islam du Sud-Est asiatique''.

Comme des voix musulmanes émanant d'une région qui est le lieu d'origine de certaines des plus importantes populations musulmanes, ils ont proposé une alternative à l'expérience des musulmans arabes/moyen-orientaux, du fait en particulier qu'ils s'entendent avec des non-musulmans.

Leur modeste message était clair: les rencontres entre musulmans et ''autres'' en Asie procurent un modèle de pluralisme, fort nécessaire mais souvent ignoré.

Par exemple, Chaitwat Satha-Anand, professeur de sciences politiques à l'Université Thammasat en Thaïlande, a décrit dans quelles proportions les communautés musulmanes en Asie du Sud-Est ont interagi avec la culture bouddhiste et tiré un enseignement de la philosophie, de la langue et de la mentalité de ses adhérents, ainsi que de la compréhension bouddhiste des causes fondamentales qui sont à l'origine des conflits et de la violence.

Interrogé par Thai TV, peu après les attentats du 11 septembre, sur la façon dont le monde devrait réagir face à la violence perpétrée par les musulmans, Satha-Anand répondit par ces mots: ''En étant un peu plus bouddhiste''.

Le bouddhisme demeure bien à l'écart de ce qui est souvent défini comme un choc de civilisations bilatéral entre l'islam et la chrétienté occidentale. Comme ''tierce partie'', le bouddhisme pourrait être bien placé pour atténuer les différences, si les musulmans et les chrétiens étaient disposés à apprendre des bouddhistes et des préceptes du bouddhisme.

Mais plus important encore, c'est la compréhension de causalité et ''d'origine indépendante'' dans le bouddhisme (une profonde inspection des causes fondamentales qui mènent à certaines actions ou réactions) qui est essentielle. Pour ce qui est de la terreur ou de la violence, Satha-Anand soutient que pour le bouddhisme les causes résident principalement dans l'injustice (un argument qui peut trouver un écho important au Moyen-Orient).

Un autre intervenant, Mohammed Hannan Hassan, directeur adjoint de l'instruction et chef de l'unité stratégique du Madrasah au Conseil islamique religieux de Singapour, accompagne des étudiants, des érudits et des fonctionnaires de Singapour au Moyen-Orient, sur la base de programmes d'échange, pour qu'ils y étudient l'islam. Il estime que ces étudiants peuvent présenter et transmettre à leurs homologues du Moyen-Orient un autre modèle de pluralisme et de rencontre interreligieuse.

Ayant directement vu l'impact des échanges interreligieux et interculturels entre les jeunes du Moyen-Orient et de l'Occident, je pense que l'heure est venue pour les jeunes du Moyen-Orient de s'engager proactivement avec leurs homologues d'Asie du Sud-Est, en partageant des idées et en brisant les dogmes.

Cette démarche peut tout aussi bien se réaliser dans le cadre de l'enseignement formel tel que des programmes d'études universitaires à l'étranger, qu'à travers un cadre d'échange informel tel que des camps d'été. C'est sur ces fondements que la demande d'Hassan adressée aux jeunes du Moyen-Orient afin qu'ils tirent un enseignement de l'islam et du multiculturalisme existant en Asie du Sud-Est, peut trouver un écho dans la région.

Ceux qui cherchent un modèle, un nouveau paradigme de coopération interreligieuse au Moyen-Orient, devraient d'abord se pencher sur l'Asie du Sud-Est.

La leçon pour ceux qui pratiquent le dialogue interreligieux au Moyen-Orient pourrait être la suivante: ''Va vers l'orient, jeune homme (et jeune femme).'' C'est là que nous trouvons non seulement la complexité à laquelle nous sommes habitués mais aussi le pluralisme qui l'accompagne et la richesse des rencontres interreligieuses.



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