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Yoram Peri - publié le Lundi 15 Avril à 01:05

Que faire avec Jérusalem?






Que faire avec Jérusalem?
Washington, DC – Depuis que les pourparlers entre Israéliens et Palestiniens ont débuté, il y a près de vingt ans, il était évident que Jérusalem allait être le problème le plus épineux. Pour cette raison, l'hypothèse prédominante a été que Jérusalem viendrait en dernier dans les négociations, une fois que les questions de frontières, de sécurité, de colonies et même de réfugiés palestiniens seraient réglées. Toutefois, ce printemps, la question de Jérusalem est non seulement devenue un obstacle à la conclusion des négociations mais elle a aussi retardé l'accord palestinien pour une participation, en premier lieu, à des pourparlers indirects dits “de proximité”.

Le seul fait de mentionner Jérusalem évoque des émotions qui peuvent empêcher la discussion rationnelle. Sur cette question, les beaux discours sont traîtres. La seule façon de désarmer ce champ de mines est de se concentrer sur des solutions pratiques, en oubliant tout symbolisme.

Pour commencer, voici les faits: Jusqu'à la guerre de 1967, la Jérusalem juive ou Jérusalem-Ouest comptait 9'390 acres, tandis que la Jérusalem jordanienne ou Jérusalem-Est ne comptait que 1'482 acres. Toutefois, au lendemain de la victoire éclair d'Israël et du saisissant retour aux lieux saints du judaïsme, les frontières municipales de Jérusalem ont été étendues afin d'inclure la Jérusalem-Est arabe et d'ouvrir des zones, villages et camps de réfugiés à l'intérieur de la Cisjordanie. Israël a immédiatement commencé à créer une nouvelle situation sur place en y installant des colonies juives.

Aujourd'hui, il ne fait aucun doute que les intérêts d'Israël nécessitent l'abandon de ces larges pans du grand Jérusalem densément peuplés par les Palestiniens. Quel intérêt les Israéliens ont-ils à conserver le camp de réfugiés de Shuafat? La question se pose aussi pour plusieurs villages arabes comme A-Zaim, El-Azariya ou Isawiya, situés aux portes du désert et rarement visités par les Juifs depuis 1967. A l'avenir, ils ne seront qu'un fardeau pour Israël — dépourvus de toute importance stratégique, historique ou symbolique. Ultime argument: Si Israël entend préserver le caractère juif de Jérusalem-Ouest, il est dans son propre intérêt de réduire le nombre de Palestiniens résidant à l'intérieur de ses frontières.

Les nouveaux quartiers juifs de la ville (tels que Gilo, Ramot, Pisgat-Ze’ev—ainsi que les 1'600 unités à Ramat Shlomo qui ont conduit à l'impasse lors de la récente visite du vice-président des Etats-Unis Joe Biden) sont une autre histoire. Construits au-delà de la Ligne verte, mais dans des zones en grande partie inhabitées, ils accueillent maintenant quelque 200 000 Israéliens. Lorsque Washington les qualifie de “colonies”, les Israéliens font la grimace. Pour la majorité des Israéliens, ils font partie de Jérusalem —y compris une bonne partie du camp de la paix.

Les ''paramètres Clinton'' proposés en 2000 (et autres plans de paix tels que le plan de paix commun israélo-palestinien qui repose sur l'accord de Genève) ont invité à réfléchir sur la réalité démographique de la ville —laissant les quartiers juifs de Jérusalem (même s'ils se trouvent à Jérusalem-Est) entre les mains d'Israël et les quartiers palestiniens à l'Etat palestinien.

Je pense que le Président Obama aurait intérêt à adopter cette position et à ne plus réclamer le gel des constructions israéliennes dans les quartiers juifs. Tenant compte des considérations pratiques concernant le déplacement des Israéliens de ces quartiers et tenant compte de l'opinion populaire israélienne, il semble qu'il y ait peu de chances que ces zones ne fassent pas partie des futurs contours de la partie juive de Jérusalem.

Par ailleurs, Obama a tout à fait raison de demander l'arrêt des constructions dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est. Les Palestiniens n'accepteront jamais la solution des deux Etats sans une capitale à Al-Quds (Jérusalem). Quiconque soutient les constructions juives dans les quartiers arabes s'oppose en réalité à la création d'un Etat palestinien. En reconnaissant ce point, le Président Obama a eu raison de réagir vigoureusement face à l'annonce d'Israël selon laquelle le pays prévoit de construire 20 unités d'habitation à Sheikh Jarrah.

Il y a un autre élément dont il faut tenir compte pour résoudre le problème de Jérusalem—il s'agit de la question des réfugiés palestiniens. A moins que les Palestiniens renoncent à demander le retour en Israël d'un nombre de réfugiés supérieur su chiffre symbolique de 1948 —une demande considérée par tous comme sapant le caractère juif de l'Etat —la plupart des Israéliens ne prendront pas part à l'accord. Cela donne l'occasion d'aboutir à un compromis. Les deux points cruciaux concernant Jérusalem et les réfugiés devront faire l'objet d'un échange. Les Palestiniens devront céder aux attentes d'Israël sur la question des réfugiés et, en retour, Israël devra céder sur la question de la Jérusalem-Est arabe.

Washington doit le comprendre. Pour les Israéliens, son message devrait être le suivant: si vous voulez que votre demande relative à la question des réfugiés soit acceptée, vous devez reconnaître une grande partie de Jérusalem-Est où se trouvera la capitale palestinienne. Pour les Palestiniens, son message devrait être comme suit: Si vous voulez Jérusalem-Est pour capitale, vous devez renoncer à demander le retour des réfugiés en Israël. Si le Président agit de la sorte maintenant, il trouvera un étonnant soutien au sein de la population israélienne.

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* Yoram Peri est l'ancien conseiller du Premier ministre Yitzhak Rabin et un ancien rédacteur en chef du quotidien Davar. Il occupe actuellement la chaire Kay en Israel Studies et il est le Directeur du Gildenhorn Institute for Israel Studies à l'Université du Maryland. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).


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