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Moushumi Khan - CGNEWS - publié le Samedi 12 Avril à 15:10

Que cherche Geert Wilders?




Moushumi Khan : Cambridge (Massachusetts)– On peut au moins reconnaître à Fitna, le film de , Geert Wilders, que le titre est bien trouvé. La fitna, mot qui signifie querelle, dissension, semble être précisément ce que cherche à déclencher Geert Wilders avec ce montage d’un appel à la haine. Si, comme il l’affirme, son but est de protéger la civilisation occidentale des ravages de l’islam, il aurait d’abord intérêt à comprendre la religion qu’il prétend critiquer.



Des commandements coraniques cités hors contexte, accolés à ces images de carnage, ce n’est pas l’islam. Ce n’est pas non plus ce qui fera avancer le débat légitime sur l’intégration. Par ailleurs, l’islamophobie de M. Wilders n’est pas totalement représentative des relations de l’Europe avec les musulmans. Tandis que les têtes pensantes se décarcassent pour savoir si Fitna viole les lois sur l’incitation à la haine, tous les gens de bonne volonté devraient se demander ce qu’ils pourraient faire pour répandre l’amour dans le monde que nous partageons.

Même à le regarder en diagonale, on voit aisément que le film n’est pas une expression artistique. Fitna n’est pas de l’art – c’est une violence cinématique voilée sous le masque du commentaire politique. En consacrant les premiers et les derniers plans à la caricature à scandale du Prophète Mahomet coiffé de son turban explosif, M. Wilders ajoute l’injure à la blessure. Il caricature sa prétendue liberté et sa prétendue objectivité occidentales en exploitant la souffrance très réelle engendrée par l’extrémisme.

Si, par contre, on regarde d’un bout à l’autre ce film d’un quart d’heure, on est frappé par la ressemblance entre la rhétorique incendiaire de Wilders et celle des prédicateurs enflammés dont il reproduit les enregistrements. Chacune est le miroir de l’autre, avec son intolérance, sa censure aveugle. Ni l’une ni l’autre ne laisse de place au dialogue ou au débat. Chacune postule la perfection de son propre message et partage avec l’autre une tactique d’incitation. Wilders est tout aussi réactionnaire que ceux qu’il condamne.

Le parlementaire aux cheveux oxygénés espère peut-être que son “cri d’alarme“ incitera ses concitoyens à inviter leurs musulmans à faire leurs valises. Il rendrait un meilleur service à son public en l’invitant à rechercher le dialogue plutôt que l’affrontement.

Mais oublions un instant la vidéo amateur de M. Wilders. Les efforts que déploie l’Europe pour intégrer les musulmans dans la vie économique et politique du continent ne datent pas d’hier. Les musulmans sont en Europe depuis des générations, et ce n’est pas leur religion qui les aliène du reste de la population. L’Europe doit trouver le moyen d’effectuer la transition des enfants des travailleurs immigrés vers un statut d’égalité. Elle doit concilier sa dépendance sur la main-d’œuvre immigrée avec ses principes de démocratie.

Ce sont des problèmes réels, qui méritent un débat approfondi. Tandis que les musulmans européens recherchent l’égalité, l’Etat fait la promotion de l’identité nationale. Plus les pratiques islamiques font voyantes dans la sphère publique, plus les limites du libéralisme européen sont sévèrement mises à l’épreuve.

Les Néerlandais et le monde ont besoin d’un vrai leadership et non d’une politique porteuse de crainte, s’ils veulent établir des relations amicales entre l’islam et l’Occident. Il ne faut pas tenir tous les musulmans pour coupables des péchés de quelques uns, d’autant plus qu’ils sont, dans leur majorité, des membres responsables et respectueux de la loi dans leurs sociétés respectives. Certes, la peur du changement que manifeste Geert Wilders est bien compréhensible. Mais sa façon d’invectiver les immigrants l’est beaucoup moins.

A l’exact opposé du désir de division de Geert Wilders, d’aucuns abordent les mutations démographiques de l’Europe dans un esprit beaucoup plus constructif. On peut en voir un exemple dans le mouvement Focolare fondé par Chiara Lubich, une catholique italienne récemment décédée. Contrairement à M. Wilders, Chiara Lubich a réagi à une authentique inquiétude, séquelle de la deuxième guerre mondiale, en faisant progresser sa communauté dans une humanité partagée et en vivant au quotidien l’amour de son prochain.

Sous la houlette de Chiara Lubich, la collaboration entre les communautés de Focolare et des gens des religions les plus diverses a démontré qu’il est possible de construire des ponts vers une entente mutuelle. En se rendant sur place, aux abords de Florence, à la communauté Focolare, chacun pourra se convaincre que tout le monde, y compris les musulmans, y est non seulement hébergé, mais aussi bienvenu.

En fin de compte, Geert Wilders a raté l’occasion d’analyser le malaise social latent dont il s’alarme. Il ne faut pas tomber dans son piège et s’emballer de suite. Le meilleur antidote à ses provocations serait plutôt d’apprendre à nous connaître et à accepter cette évidence: il n’existe aucun antagonisme de fond entre l’islam et l’Occident. Il est temps de relever nos manches pour construire un espace où l’Europe et ses musulmans pourront vivre côte à côte, en bons voisins.

* Moushumi Khan est juriste et boursier de la Fondation Zuckerman à Harvard.


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