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Bassim Al-Shara - CGNEWS - publié le Mercredi 20 Février à 12:14

Quand un chiite rencontre un sunnite

Un parc à Bagdad




Bassim Al-Shara* : Mohammed Omar Ali est assis sur un banc à l’ombre d’un arbre, dans le parc Al-Zawra. Il regarde autour de lui, impatient d’apercevoir un signe de l’arrivée de son ami Ayad Murtadha. Ali a 31 ans, et il y a presque un an qu’il n’a a pas vu Ayad Murtadha, puisque lui et sa famille sont de des chiites qui ont dû quitter le quartier de Bagdad où les deux amis ont grandi ensemble.



Murtadha, lui, a 32 ans, et est sunnite, mais les rivalités de secte n'ont pas affecté son amitié avec Ali.
 
Quand, finalement, les deux hommes se rencontrent, en larmes, avec force embrassades et se sont lancés dans une conversation qui n'en finit pas, il apparaît clairement que les batailles entre sectes dans la capitale n'ont pas réussi à briser le lien qui les unit.

Selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNCHR), plus de 700.000 Irakiens ont été déplacés depuis 2006, du fait de la violence entre les sectes. Beaucoup de secteurs de la capitale où régnait autrefois la mixité sont devenus soit purement sunnites soit purement chiites, après que les milices eurent chassé des familles pour le simple fait qu'elles appartenaient à l'autre branche de l'islam.

C'est l'amélioration de la sécurité à Bagdad qui a permis à des amis sunnites et chiites de passer à nouveau quelque temps ensemble. Cependant, beaucoup hésitent encore à aller visiter certains quartiers dominées par une seule secte et préfèrent se rencontrer au parc Al-Zawra.

"Ces rencontres sont la seule chose qui nous inspire de l'optimisme pour l'avenir", a dit Murtadha.

Al-Zawra est un parc célèbre de 10 kilomètres carrés, situé à côté de la Zone Verte de Bagdad et de ses solides fortifications. La situation très centrale du parc et la sécurité stricte qui règne dans le secteur en ont fait un point de rencontre très populaire parmi les habitants de Bagdad, de toutes sectes et ethnies.

Tous les week-ends des files s'étendent sur des centaines de mètres à l'entrée du parc. Selon les responsables du parc, le nombre de visiteurs a grimpé en flèche, passant de quelques milliers par mois en décembre 2006, au plus fort de la violence dans la capitale, à plus 1,5 million en décembre 2007, lors de la célébration de la fête de l'Aïd-el-Kebir.

"Le parc est si bien protégé que l'infiltration de milices ou de terroristes est très difficile", a déclaré un des responsables.

Aux abords du parc, les voitures doivent franchir plusieurs barrages, et tous les visiteurs sont fouillés avant d'entrer.

Mohammad Sad est un étudiant de 27 ans qui vient du quartier Al-Adhamiyah, dominé par les sunnites. A l'en croire, le parc est le seul lieu où les gens n'ont pas à redouter les milices implantées dans d'autres quartiers de Bagdad.

Sad y vient fréquemment pour rencontrer des amis chiites.

"En pénétrant dans le parc Al-Zawra, on éprouve un sentiment très particulier", dit-il. "C'est comme si on n'était plus à Bagdad, on y trouve ensemble tant de gens de sectes différentes."

Sad dit qu'il avait pris position contre les chiites après avoir entendu dire que l'Armée du Mehdi - la puissante milice du boutefeu chiite Muqtada Al-Sadr - était en train de tuer des sunnites.

"Parfois j'ai même éprouvé de la haine pour mes amis chiites. Mais en me rappelant mon enfance et mes souvenirs partagés avec eux, j'ai compris qu'ils n'avaient rien à voir avec ce qui était en train de se passer."

Pour le sociologue Ahmed Dhiya, ces retrouvailles sont un bon signe, elles montrent que le pays survivra au sectarisme.

"Les jeunes de Bagdad ont besoin d'une vie sans violence, ils sont fatigués des rivalités de sectes que propagent divers groupes armés."

Selon Ahmed Dhiiya, le parc offre aux Irakiens un exutoire social important, et contribue à réparer les fractures apparues dans la capitale au sein d'une population cassée.

Des habitants de Bagdad interviewés par l'Institute for War and Peace Reporting (IWPR) reconnaissent que la violence des affrontements entre sectes a déteint sur les relations entre sunnites et chiites.

Raid Jafar, un chiite âgé de 30 ans du quartier de Baya, dit être heureux de rencontrer ses amis sunnites dans le parc, mais il reconnaît qu'il ne fait plus autant confiance aux sunnites que par le passé.

Selon Raid Jafar, ses sentiments envers ses amis sunnites ont changé après que son frère eut été tué par des militants d'Al-Qaeda dans le quartier d'Al-Sayidiyah.

"J'étais tellement en colère que je songeais sérieusement à me venger en tuant le premier sunnite venu", dit –il.

A présent, il s'efforce de ne parler, avec ses amis sunnites, ni de politique ni de la mort de son frère, préférant se contenter de questions personnelles – les ragots, le travail …

N'empêche, Raid Jafar espère que ces divisions entre les sectes finiront par cicatriser et que "ce qui reste des relations entre les deux sectes sera préservé".

D'autres partagent cet espoir.

"Une petite lueur pointe au fond du tunnel en Irak", dit Raid Jafar. "Petit à petit elle grandira et brillera plus vive."

* Bassim Al-Shara est un collaborateur de l'IWPR à Bagdad.


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