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Dr. Naif Al-Mutawa - CGNEWS - publié le Vendredi 25 Janvier à 18:08

Quand l’art nous parle de religion




Naif Al-Mutawa* : Tout art est à la fois surface et symbole. Ceux qui creusent au-dessous de la surface le font à leurs risques et périls. Ceux qui lisent le symbole le font à leurs risques et périls. C’est le spectateur, et non la vie, qui est le miroir de l’art. - Oscar Wilde



Je ne vous apprends rien: la première manifestation de la religion a été une œuvre d'art. L'art pariétal et les hiéroglyphes nous éclairent sur l'esprit de l'homme primitif dans sa quête du sens de la vie. Peu à peu, ces premières représentations picturales ont pris corps pour se solidifier en idoles, et ainsi naquit l'idolâtrie. Mais lorsque la tradition d'Abraham se fut imposée, l'idolâtrie fut abolie presque partout dans le monde. Mais est-ce bien vrai?

L'art est le seul langage que tous les êtres humains partagent. N'importe qui peut regarder une œuvre et vous donner son impression. Un mot, on peut l'écrire dans des centaines de langues, mais il ne fait sens pour nous que dans la langue que nous comprenons. Même ainsi, dans une même langue, le même mot peut avoir des sens différents selon le contexte. Prenez le mot iqra en Arabe. Selon la tradition, iqra serait le premier mot qui aurait été révélé au Prophète Mahomet dans le Saint Coran. Si vous interrogez les Arabes sur le sens de ce mot, la plupart vous diront que iqra signifie "lis" (impératif de "lire"). Ils vous diront aussi que le Prophète était illettré. Quand on leur demande pourquoi Dieu ordonnerait à un illettré de lire, ils se contentent le plus souvent de hausser les épaules. Pourquoi? A cause de l'idolâtrie du mot iqra.

Lorsque les gens ont commencé à communiquer au moyen d'images, ces idoles ont été … idolâtrées. A mesure que les moyens de communication se perfectionnaient, le mot écrit – revêtant la forme des livres saints – a souvent pris la place de ces idoles. Plus l'interprétation d'un mot devient concrète, plus l'image réelle de ce mot est idolâtrée. Les mots transmettent une profondeur et une ampleur de sens qui transcende la somme de leurs lettres. Ainsi, il se trouve que le mot iqra peut aussi signifier "répandre ", au sens de répandre un message ou une religion. Pour aller au fond des choses, une interprétation par trop rigide des mots de Dieu par l'homme n'est rien moins que l'adoration d'une idole.

Tous les musulmans croient que le saint Coran est valable en tout temps et en tous lieux. Certains croient que le Coran est vivant et peut être adapté à la société d'aujourd'hui comme il était adapté à la société de l'époque du Prophète. Mais il y en a aussi qui croient qu'il n'y a qu'une seule interprétation de l'islam, et, comme dans l'interprétation que fait George Bush de la démocratie, que celle-ci peut s'exporter en prêt-à-porter taille unique dans le monde entier.

Dans mon métier d'écrivain, je dois négocier des représentations abstraites de mes œuvres avec divers fonctionnaires de divers ministères dans plusieurs pays. J'ai discuté avec des gens dont les convictions sont immuables à en faire pâlir les montagnes d'envie. Il est fort regrettable que les censeurs soient encore les gardes-chiourme intellectuels de notre monde, les grands prêtres des idoles que nous adorons.

L'esprit humain suit les mêmes règles que le reste de la nature. En toutes choses vivantes, la diversité est la clef de la réussite; la perte de diversité signifie la mort certaine. A titre d'exemple, moins un réservoir génétique est diversifié et plus les descendants issus de ces individus risquent des ennuis de santé. L'intellect fonctionne de la même façon: plus l'accès à des idées diverses est restreint, plus il risque d'être "malade ".

J'ai grandi dans un monde dans lequel La ferme aux animaux de George Orwell était interdit. D'ailleurs, ce même livre était aussi interdit en Union soviétique. Le Kremlin l'avait interdit parce que ce régime totalitaire ne voulait pas laisser répandre des messages démocratiques à l'intérieur de ses frontières. En URSS, les censeurs avaient choisi de trouver un sens derrière l'allégorie, et, ayant saisi le message, ils l'avaient logiquement interdit. Dans mon petit coin de désert, on l'avait interdit à cause… du cochon qui illustrait la couverture. Allez donc y comprendre quelque chose.

Le Saint Coran a été révélé dans une Arabie vibrante de la richesse de la poésie de la jahiliya (période préislamique). Le miracle du Coran, ce n'est pas seulement son message, mais aussi la complexité de la forme utilisée pour le communiquer. Sa prose est sans égale dans l'histoire de la langue arabe. Disons-le sans détours: le Coran ne méritait pas d'être pris en otage par ceux pour qui l'idolâtrie des mots prime sur la profondeur de leur sens et sur la souplesse de l'intellect humain.

* Le Dr. Naif Al-Mutawa est le créateur de The 99, la bande de superhéros mondialement connus inspirés d'archétypes islamiques. Pour toutes informations complémentaires, voir www.the99.org.


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