Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Une veille informationnelle sur le festival international du film de Marrakech App #eMarrakech #FIFM2016... https://t.co/34xwOAAqjU



Dilara Hafiz - CGNews - publié le Mercredi 29 Octobre à 11:51

Quand est-ce que je suis devenue « l’autre » ?




Dilara Hafiz : Etre « l’autre » est un concept relativement nouveau pour moi. Alors que je n’ai jamais apprécié d’être désignée comme « l’autre fille », je suis habituée à l’étiquette de « l’autre trader du Fonds Fédéral », « l’autre parent volontaire » ou « l’autre enseignante de l’école du dimanche ». Et je suis très fière de n’avoir jamais été « l’autre femme » ou « l’autre épouse ».



Mais est-ce que j’ai envie d’être « l’autre » quand cela sous entend que je suis d’une certaine façon moins digne de confiance, moins américaine- voire moins humaine ? J’ai lu l’excellent éditorial de Nicholas D. Kristof, « L’incitation à ‘autruiser’ Obama », avec autant d’horreur que de dégoût.

Tout en étant consciente que la politique est un jeu pourri, la tactique la plus récente qui consiste « à présenter le candidat comme étant musulman, voire comme l’Antéchrist » me frappe comme quelque chose de répréhensible sur plus d’un plan, au point d’en perdre la voix.

Maintenant que j’ai repris ma respiration et digéré toutes les implications que cela peut avoir sur mon environnement social actuel, je ne peux me permettre de rester sans voix plus longtemps. Etre identifié en tant que musulman est aujourd’hui officiellement considéré comme une tare. Pourquoi devrais-je faire entendre ma voix contre cette nouvelle forme de préjugé religieux ? Et bien, si je ne le fais pas, je ne pourrais pas reprocher à quiconque de me mal comprendre. Et il y’a beaucoup de malentendus délibérés qui circulent ces jours-ci.

La tendance des hommes à « autruiser » ceux qui nous font peur n’est pas nouvelle dans l’histoire. Il nous suffit de voir la façon dont nous avons traité les autochtones américains, les afro-américains, les Japonais pendant la deuxième guerre mondiale , les juifs, et les catholiques, ainsi que chacune des vagues successives d’immigrés- et la liste est longue.

Et voilà que le tour des musulmans semble venu d’être l’objet de douteux traitement de faveur – cette fois en tant que groupe religieux pointé du doigt à cause de l’extrémisme de quelques fanatiques.

Je suis préoccupé par cette incitation à prendre à partie les musulmans américains, car le but n’est pas de célébrer notre ingéniosité ou intelligence, mais ce dessein est plutôt basé sur l’idée que notre ‘autruisation’ facilitera la discrimination à notre égard. Si nous ne sommes pas suffisamment américains, nous ne méritons pas les libertés civiles accordées à chaque citoyen conformément à la Constitution et à la Déclaration des Droits.

Au cours de l’année passée, lors de notre participation aux présentations du livre Petit manuel à l’usage de l’adolescent musulman américain, nous avons eu, moi-même et mes enfants adolescents qui m’accompagnaient, une opportunité unique pour recueillir les questions d’un échantillon représentatif d’Américains - des étudiants aux personnes âgés, des groupes de jeunes religieux aux avocats, des militants interconfessionnels aux cyniques.

La première question posée par mes concitoyens américains est toujours la même : « Pourquoi les musulmans ne se prononcent pas contre ou condamnent les attentats du 11 septembre ? » Sept années plus tard, cette question demeure le principal grief contre les musulmans. Indépendamment de notre réponse récurrente - « les musulmans se sont exprimés mais vous ne nous avez jamais écoutés » - que pouvons nous faire de plus pour convaincre l’Américain moyen que les musulmans n’ont pas fermé les yeux sur le 11 septembre, que l’islam est une religion de paix, que les musulmans américains croient en la démocratie et les droits civiques pour tous ?

Il est clair que la grande majorité des Américains ne nous ont pas entendus, même si plusieurs d’entre nous ont continué à dénoncer avec force le 11 septembre. Mais nous devons aller au-delà des définitions de qui nous ne sommes pas pour mieux exprimer ce que nous sommes.

Plus préoccupante encore est la récente série d’emails qui cherche à discréditer tout porte parole sur la base de la notion de ‘taqiyya’ ou l’autoprotection, une notion qui est largement mal comprise. Je suis une musulmane et je n’avais jamais entendu ce terme jusqu’à l’année dernière, quand une personne dans l’audience a déclaré lors d’une présentation du livre : « Je sais que vous mentez parce que votre religion exige que vous trompiez les non musulmans jusqu’à ce que vous dominiez le monde. »

Hmm, où trouve-t-on cette affirmation dans le Coran ? Le verset « Celui qui nie avoir été croyant, sauf s’il est forcé à le faire… souffrira le courroux de Dieu » (le Coran 16 : 106), est déformé pour appuyer l’affirmation que le Coran encourage les musulmans à mentir, bien que l’intention de ce verset est de dire clairement que l’acte de cacher sa croyance en l’islam est permis à la personne uniquement lorsqu’un tort risque de lui être porté.

Si vous cherchez ce terme dans Google, vous allez trouver toute une série de sites Web (anti-islamique) qui expliquent ce concept de manière à susciter chez le lecteur la peur de tous les musulmans. Même Wikipédia et l’Encyclopédie Britannica donnent une définition ténue du terme, tout en insinuant un certain niveau de tromperie de la part des musulmans. Aucun des musulmans que j’ai rencontrés ne pense que sa religion tolère, encore moins exige, le penchant au mensonge sous quelque forme que ce soit.

Les principaux médias sont largement restés silencieux à ce sujet qu’ils n’ont peut être pas encore capté. Peut-être le sujet suscite-t-il trop de confusion, particulièrement pour les non connaisseurs. Ou peut-être les journalistes ont-ils du mal à appliquer la règle d’or apprise durant leur formation (Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Pourquoi ?) ? Au lieu de jeter le blâme sur Al Qaïda, c’est toute la population musulmane qui est dans leur ligne de mire. Mais ceci ne signifie pas que nous devons mettre un terme à nos efforts pour faire reculer les idées erronées sur l’islam qui abondent à travers l’Amérique.

L’excuse que « je ne suis pas un érudit » ou « je ne sais pas quoi dire » n’est plus une excuse suffisante. Les gens réclament que les musulmans– n’importe quel musulman- s’expriment. Alors faites entendre votre voix ! Expliquez le peu que vous connaissez et reconnaissez ce que vous ne savez pas. L’important, c’est d’entamer le dialogue.



               Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 3 Décembre 2016 - 10:37 L’ETOILE D'OR ne sera jamais marocaine!?

Vendredi 2 Décembre 2016 - 16:17 Ousmane Sow : Le sculpteur qui vient des étoiles