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Mohamed El Bouchhati - publié le Mercredi 26 Novembre à 00:00

Préconiser le site archéologique d’Almazamma (près d’Alhoceima) ou le projet touristique ?




L’ancien club Méditerranée d’Alhoceima, fermé en 2003, va être réaménagé et restructuré par la CDG pour devenir un grand complexe touristique d’environ 2000 lits sur un peu plus de 79 hectares.



Une aubaine pour toute cette région et un rendez- vous pour la développer. Cependant, une partie de l’assiette foncière du projet correspond au site archéologique de la ville historique d’Almazamma. D’emblée, une question s’impose à ce propos: doit- on préconiser le développement touristique ou la sauvegarde du patrimoine ?

Le club Méditerranée, était construit au début des années soixante sur ce site mais, fut l’un des rares à ne pas compter beaucoup de constructions en dure puisqu’il était fait aussi de huttes dans un espace forestier sur la côte. Une chance pour les quelques vestiges visibles de l’ancienne ville d’Almazamma qui ne sont pas tous détruits à l’époque et donc pas encore endommagés. Et les fouilles, d’après les spécialistes, pourront dévoiler d’autres vestiges ainsi que des outils, objets de céramique...etc, qui serviront à une collection de musée. Richesse archéologique, historique et culturel -malheureusement non renouvelable- mais aussi et surtout un capital symbolique de tout le Maroc.

Al Mazemma c’est le nom d’une ville historique qui était le port le plus important entre Sebta et Mlilya selon Ibnou Haouqal, qui a vécu au 10ème siècle. Elle était le port de la ville de Nokor, elle-même capitale du premier état musulman au Maroc fondé en l’an 710, un an avant la conquête de l’Andalousie. Le site de cette ville portuaire se trouve à 4 km au Sud- Est de l’actuelle ville d’Al Hoceima sur la baie qui portait tantôt son nom, tantôt celui de Nokor comme d’ailleurs l’oued et l’îlot en face, à quelques dizaines de mètres du continent.

Le site est considéré au Ministère de la culture comme site majeur puisque il s’agit des vestiges d’une ville et il compte parmi les régions où les fouilles ne sont pas encore effectuées, mais que la loi marocaine 22/80 protège contre les projets à effets néfastes. Cependant dans notre pays seuls 300 sites sont protégés sur les 15 000 qu’il compte d’après l’anthropologue Ali Amahan.

Quant au tourisme, le Ministère de tutelle dit prôner depuis belle lurette un tourisme responsable et durable. Et le Maroc est membre de l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme). Instance qui a déjà adopté une charte du tourisme durable à la conférence mondiale du Tourisme à Lanzarote, îles Canaries, les 27 et 28 avril 1995. Cette charte stipule dans son principe I que « le développement durable est un processus encadré visant une gestion globale des ressources afin d’en assurer la durabilité, tout en permettant de préserver notre capital naturel et culturel… ». « Culturel » englobe patrimoine qui lui- même est une notion ouverte chez l’UNESCO, et qui a désigné d’abord les vestiges et les monuments. Et le principe V encore plus claire de dire sur la mise en œuvre d’instruments de planification et de gestion: « La préservation, la protection et la mise en valeur de la richesse du patrimoine naturel et culturel offrent un cadre privilégié pour la coopération. » On retient que le culturel est sur un même pied d’égalité que le naturel.

En octobre 1999, ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites), dont le Maroc est membre, a adopté à la douzième assemblée générale au Mexique la charte internationale du tourisme culturel. Le principe II, 2.2 de cette charte dit que « Les projets, activités et développements touristiques doivent parvenir à des résultats positifs et limiter les impacts négatifs qui pourraient nuire au patrimoine… »

Récapitulons un peu en revenant à Almazamma; Le site est important sur le plan historique et archéologique et le projet du complexe touristique est d’une importance inespérée mais le terrassement du terrain qui précèdera les travaux d’aménagement va faire disparaître à jamais la richesse archéologique de ce site. Le problème est de taille et la prise de parti ne peut être qu’un dilemme.

Aussi, nous pensons, pour conclure, qu’avant d’entamer les travaux, il faudra faire des fouilles minutieuses, choisir un grand espace- échantillon significatif et le préserver rigoureusement comme superficie- témoin. Chose que le projet touristique pourrait exploiter dans le marketing de son produit avec les tour opérateurs et les agents de voyages comme par exemple la proposition de circuits sur les traces des routes commerciales : « Almazamma- Fès- Sijilmassa » ou le séjour balnéaire : « à la recherche d’almazamma »…etc. Et si besoin est réaliser ce projet touristique en optant pour la construction verticale et en le déménageant à l’Est et sans ses projets non hôteliers (immobiliers peut- être ?) que montrent les fiches techniques des trois projets qui concernent le site et ses environs immédiats.

Le tourisme a une tendance mondiale vers l’exploitation du patrimoine de tous genres. Les Tour Opérateurs sont et seront de plus en plus exigeants en ce qui concerne la préservation des paysages et des sites naturels, des sites historiques et de l’architecture typique. C’est même une tendance générale dans les pays du Nord qui émettent la majorité des touristes dans le monde. Ils émettront beaucoup plus vers les pays qui respectent le patrimoine historique et culturel- qui font partie maintenant de l’environnement- par leur préservation et leur exploitation à bon escient et de façon durable, en l’occurrence dans l’activité touristique. Il n’y aura donc pas de tourisme sans patrimoine dans le vingt et unième siècle.


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