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Ahmed Hamdaoui - publié le Lundi 24 Mars à 13:00

Pourquoi le système LMD semestriel européen n’est pas convenable aux Universités marocaines




Dans un pays où les lacunes de l’enseignement primaire, secondaire et leur déphasage par rapport à l’enseignement supérieur ne sont plus à discuter, a-t-on le droit d’appliquer au premier cycle de formation universitaire un système pédagogique SEMESTRIEL, très accéléré et très concentré dans le temps ? …



Ahmed Hamdaoui
Ahmed Hamdaoui
Une remarque s’impose avant de rentrer dans le vif du sujet. Le monde Universitaire Marocain ne semble pas concerné par les débats qui secouent notre pays sur la crise de l’enseignement au Maroc. Pourtant, l’université est la principale victime de tous ces problèmes. Non seulement les universitaires marocains ne contribuent pas beaucoup à la recherche de solutions aux problèmes de l’enseignement primaire et secondaire, mais en plus ils veulent continuer à travailler comme s’ils étaient en Europe. Il suffit de visiter certains portails électroniques de nos universités pour s’en rendre compte. En effet, il ne se passe pas une semaine sans séminaires internationaux, conférences de toutes sortes et sur tous les sujets même futuristes. Des licences pullulent, des masters sont crées chaque année sur des spécialités diverses … Tout ceci est fait, alors que le potentiel humain nécessaire pour la réussite de toutes ces activités est défaillant. Avec tous mes respects à tous mes collègues, il me semble que nous pratiquons la politique de l’autruche. Sauf que l’autruche trompe sa tête dans le sable et nous on trompe la tête en Europe. On regarde vers le haut, alors que nos pieds sont engloutis et entraînés vers le fond par des sables mouvants.

L’objet de cet article va me permettre de confirmer tout ce qui est dit dans l’introduction. En effet, depuis 2003 les Universités Marocaines ont commencé à appliquer un nouveau système européen appelé LMD : Licence (3années), Master (2 années), Doctorat (3 années). En Europe, l’objectif est d’unifier l’enseignement supérieur européen, de faciliter les équivalences entre les diplômes et d’encourager les déplacements des étudiants au sein de l’Europe. Nous n’allons pas rentrer dans les détails de ce système, on va nous focaliser dans cet article uniquement sur la licence. Chaque année de licence est subdivisée en deux semestres. Chaque semestre est en réalité une petite année universitaire. En effet, chaque semestre est composé de toutes les phases d’une année universitaire de l’ancien système : Inscriptions, phase d’enseignement très comprimée et concentrée dans le temps, périodes d’examens et de contrôles des connaissances, délibérations des jurys d’examens de chaque unité d’enseignement, examens de rattrapage pour les étudiants qui n’ont pas validé certaines matières, affichage des résultats finaux. Tout ceci se déroule pour le premier semestre de licence du 15 Septembre à fin Janvier (moins de 5 mois) …

Ce n’est pas tout, pour certains établissements à accès ouvert les effectifs dépassent les 10000 étudiants. Les groupes de travaux pratiques pour certaines matières dépassent 80 groupes, des groupes surchargés pour les travaux dirigés et la répartition des étudiants en trois à cinq sections pour les cours magistraux.

Vous imaginez facilement avec moi que dans de telles conditions tout le monde est stressé (étudiants, administration et enseignants).

Attendez, jusque là je n’ai pas encore parlé du problème principal posé par ce système. En effet, comment peut-on concevoir que des étudiants venant d’un enseignement secondaire défaillant et arabisé et qui débarquent complètement déboussolés dans un établissement universitaire où l’enseignement est dispensé en langue française, comment peut-on les convoquer pour les mettre sur des tables d’examens après juste deux mois de cours intensifs …C’est complètement absurde et irresponsable. Ce système va tout simplement envoyer à la rue un grand nombre de jeunes qui veulent étudier mais qui ne peuvent pas suivre ce rythme intensif avec des lacunes accumulées depuis l’enseignement primaire.

Cette situation impose au Maroc d’adopter un système intermédiaire entre le système LMD et l’ancien système de licence en quatre années avec une organisation annuelle des enseignements. En effet, dans ce système de quatre années de licence, la première année doit être réservée à 60 % pour la mise à niveau linguistique des étudiants et à l’acquisition des pré-requis nécessaires pour affronter avec succès les études universitaires. L’organisation en semestres peut-être gardée pour les masters. Cette réforme n’affectera en rien la valeur de nos licences bien au contraire.

Le système semestriel en licence va massacrer un grand nombre de nos étudiants, va stresser notre administration et va rendre malades les enseignants.

Je me mets à la disposition des commissions Nationales ou Européennes d’experts en pédagogie universitaire pour justifier la véracité de mes propos partagés par beaucoup de mes collègues dans diverses Universités Marocaines.


Ahmed Hamdaoui
Faculté des Sciences Semlalia
Université Cadi Ayyad


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