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CG News - publié le Samedi 21 Mars à 09:07

Pour la Thaïlande du Sud : de la compréhension, pas des armes




Phaison Daoh - Songkhla (Thaïlande) – Pour qui ne vit pas en Thaïlande, ce pays apparaît généralement comme une société homogène. Mais, à y regarder de plus près, les choses y sont beaucoup plus diverses. Certes, la majorité des Thaïs pratique le bouddhisme, religion d’Etat quoique non officielle, mais on y trouve aussi d’autres populations, peu nombreuses mais non négligeables : chrétiennes, confucéennes, indoues, juives, sikhs et taôistes — et beaucoup évaluent le nombre de musulmans de Thaïlande à 10 % de ses 64 millions d’habitants.



Les musulmans constituent, après la population d’ethnie chinoise, la seconde minorité de Thaïlande. Et si un certain nombre de musulmans thaïs sont d’ethnie perse, chamite (musulmans du Cambodge), bengali, indienne, pakistanaise et chinoise, la plupart sont malais, groupe ethnique à prédominance musulmane qui habite la péninsule malaise et des parties de Sumatra, Bornéo et la Malaisie. Et alors que les musulmans de Thaïlande sont disséminés dans différentes régions du pays, les musulmans malais sont établis surtout dans les provinces méridionales du Pattani, du Yala Naratiwat, du Songhla et du Satun, à la frontière de la Malaisie.

A la différence de leurs compatriotes musulmans non malais qui tendent à s’assimiler, les musulmans malais ont du mal à s’intégrer à la culture thaï. Le résultat en est l’apparition d’un nombre important de mouvements séparatistes, les mesures prises par le gouvernement thaï pour réprimer ces mouvements n’ayant eu pour effet que des décennies de conflits violents.

Face à la violence qui s’est manifestée récemment, il est redevenu urgent de trouver des solutions alternatives. Dans cet esprit, on se demande s’il ne faut pas revoir les politiques d’assimilation et d’intégration que le gouvernement thaï, depuis des décennies, s’est employé à mettre en place dans le sud.

Les musulmans malais, qui vivaient dans ce qui est devenu la Thaïlande avant la formation du royaume thaï, ont été incorporés dans celui-ci depuis la fin du 18e siècle. Le rejet que cette population opposa à l’incorporation eut pour origine le fait que, vivant sous un sultanat musulman indépendant, elle aurait préféré, ou s’intégrer à un Etat malais ou se gouverner elle-même.

Le ressentiment des malais musulmans s’approfondit encore après les politiques d’assimilation massive mises en place, dans les années 40, par le parti nationaliste dirigé par Pibul Songkhram. Le gouvernement a tenté de forcer le peuple malais à renoncer à sa double identité, et de malais et de musulmans. On les empêchait de porter la jupe traditionnelle malaise, ou sarong, le couvre-chef malais, ou kerudung, de parler le malais, tandis qu’on les poussait à adopter des noms thaïs. La pratique de l’islam leur était également interdite, au motif que le bouddhisme est la religion dominante de la Thaïlande.

Le gouvernement abolit les tribunaux islamiques créés pour juger les affaires familiales musulmanes. Dans les écoles publiques, élèves et étudiants devaient rendre hommage aux images de Bouddha. Ceux qui refusaient de se conformer à ses mesures étaient arrêtés, certains même torturés. Cette politique a eu un effet dévastateur sur les rapports entre le gouvernement et les populations du sud.

Bien que ces mesures aient été rapportées par la suite, “le gouvernement refuse de reconnaître que la nature du conflit repose sur des problèmes sociaux et culturels profondément enracinés”, et ceci sans le moindre infléchissement depuis des décennies. C’est ainsi que s’exprime Michael Vatikiotis, politologue spécialiste de l’Asie du Sud-est qui vit à Singapour.

Le gouvernement, il est vrai, a fait l’effort de lancer des initiatives constructives. Cependant, son manque de sensibilité culturelle témoigne d'une incompréhension immuable. Exemple criant : le gouvernement de l’ancien Premier ministre Thaksin Sinawatra a certes mis en place un régime de bourses à l’intention des étudiants du sud, mais les bourses sont attribuées par une loterie, alors que toute forme de jeux de hasard est inacceptable aux yeux des malais musulmans.

Campant sur ses positions, Bangkok considère le conflit comme le résultat d’activités criminelles perpétrées par des militants religieux du sud. Toutes les mesures prises par l’Etat sont donc sous-tendues par des opérations militaires. De plus, les représentants de l’Etat dans les régions musulmanes sont toujours principalement d’ethnie thaïe et de religion bouddhiste, privant ainsi la population musulmane majoritaire de la région d’une juste représentation.

Le gouvernement doit donc revoir sa politique d’intégration. Une voie pacifique consisterait à accorder l’autonomie régionale aux musulmans malais. Cette autonomie leur permettrait d’être en prise directe avec l'amélioration des niveaux de vie de leurs communautés. Une meilleure écoute des réalités culturelles et sociales, qui dépendrait moins de l’action militaire, pourrait déboucher sur un rapprochement culturellement respectueux des populations du sud.

Au cœur du conflit dans le sud de la Thaïlande se trouve la politique d’assimilation et d’intégration. Et le conflit persistera aussi longtemps que les acteurs impliqués n’auront pas traité le problème dans un esprit volontariste.



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