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par Dilara Hafiz - publié le Lundi 28 Décembre à 10:45

Pour l’enseignement des religions dans les écoles américaines






Phoenix (Arizona) – La nécessité d’assurer une formation religieuse de base, qui fait partie du cursus des écoles américaines, appelle une démarche audacieuse et tout à fait nouvelle. La séparation de l’église et de l’Etat fait qu’enseignants et administratifs hésitent à aborder en salle de classe la question de la religion. Pourtant, il est capital d’entamer de telles discussions, à une époque où les débats sur le terrorisme, la politique et la guerre véhiculent des contre-sens fondamentaux sur les croyances des uns et des autres — sur l’islam tout particulièrement.

Si l’on veut que les nouvelles générations puissent surmonter la vague montante de l’intolérance, il faut replacer la religion dans son contexte historique et analyser les pratiques actuelles et les croyances partagées.

Ne serait-il pas merveilleux d’entendre parler d’une “tradition judéo -chrétienne - islamique”, plutôt que de traiter l’islam comme « l’autre » ? Ces trois religions véhiculent tant de leçons similaires qu’elles doivent être enseignées toutes les trois conjointement. En outre, puisque les gens sont de plus en plus interconnectés, on ne devrait pas négliger le bouddhisme, l’hindouisme et le sikhisme, pour ne pas parler des voix, toujours plus fortes, des agnostiques et des athées.

J’ai la chance unique d’avoir fait, depuis 2002, bien 300 conférences sur l’islam. Le trait commun le plus répandu, et de loin, à ces expériences est que mes publics en général ne connaissent pas grand’chose de l’islam. Et le peu qu’ils en savent est surtout négatif ! Des groupes et blogs extrémistes sont pris à la lettre comme représentants de groupes religieux tout entiers. Et l’ignorance cède souvent le pas aux rancœurs voire à la haine.

Certes, dans tout le pays, les racines du judaïsme, du christianisme et de l’islam sont étudiées, rapidement, tout au long du secondaire. Mais cette focalisation sur l’histoire laisse les élèves dans l’ignorance de l’état actuel des croyances et des pratiques au sein de ces traditions confessionnelles, ainsi que des traits qui leur sont communs. Avec quelques jours seulement, ou même une semaine, pour chaque religion, le temps est trop court pour des discussions approfondies. Il en résulte que les trous dans la connaissance sont comblés par les erreurs diffusées par les flashes d’info et par des rumeurs douteuses sur la toile.

Au lieu de dispenser un enseignement séparé de chaque religion, il vaudrait mieux demander aux organisations interconfessionnelles de formuler un module d’enseignement religieux correspondant à chaque groupe d’âge et permettant de dispenser, de façon unifiée et interdisciplinaire, des connaissances fondamentales sur les cinq religions les plus suivies. La religion est une question privée et sensible, à juste titre. On ne rend cependant pas service à nos élèves en ignorant l’importance d’un discours religieux informé. Après tout, les écoles ont pour tâche de fournir les outils qui formeront des diplômés dotés d’une bonne culture générale et d’un esprit citoyen, conscients des libertés fondamentales garanties par la constitution des Etats-Unis.

Quelle forme pourrait revêtir ce module pédagogique ? Il doit éviter tout prosélytisme, respecter la diversité des pratiques au sein des cultures de chaque confession et, par-dessus tout, s’interdire tout jugement de valeur. Les enseignants devront, bien sûr, faire la différence entre la simple ignorance et le préjugé aveugle.

On peut par exemple débusquer le stéréotype par des jeux, des jeux de rôles, des récits et des séjours de vacances. Ces techniques pédagogiques bien connues peuvent déboucher sur des discussions animées qui révéleront aux élèves bien plus de ressemblances qu’ils n’auraient cru. Les enseignants doivent avant tout s’assurer que les informations véhiculées par le programme proviennent, pour chaque tradition confessionnelle, des sources interconfessionnelles les plus larges et les plus tolérantes, sans pour autant esquiver les débats historiques et actuels au sein de chaque tradition.

Nos élèves sont en première ligne du combat pour une société civile éprise de justice et d’égalité dans le cadre de la loi et de la liberté de culte. Leur meilleure arme est une éducation honnête et factuelle.

La musulmane que je suis estime qu’il est urgent d’évacuer tous les malentendus qui courent sur l’islam. En tant qu’Américaine, cependant, je vois bien qu’un enseignement relatif à l’islam pris isolément repoussera encore plus loin le musulman dans son altérité. En replaçant l’islam, troisième confession abrahamique, dans son contexte, on créera, au contraire, la bonne volonté qui fait tant défaut entre les communautés confessionnelles.

En valorisant les messages positifs sur “les paroles et les actes” communs à toutes les religions, on pourra trouver le fil unificateur de la citoyenneté. Même les gens de peu ou de point de foi pourront se rapprocher de leurs voisins pour construire des passerelles de compréhension. Pour commencer, il faut élaborer un module pédagogique simple d’enseignement des religions. Commençons tout de suite.

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* Dilara Hafiz, vice-présidente du Mouvement interconfessionnel de l’Arizona, a cosigné The American Muslim Teenager’s Handbook (Manuel de l’adolescent américain musulman. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 18 décembre 2009, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=269...


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