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- publié le Mardi 13 Septembre à 03:07

Pour contrer le terrorisme : une solution politique?




Lahouari Addi - Pour contrer le terrorisme, il faut insérer les partis islamistes dans le jeu institutionnel et les associer à la gestion politique.



Opinion - Les attentats terroristes de Londres et de Charm el-Cheikh confirment que depuis au moins le 11 septembre 2001 aucune ville n'est à l'abri d'attaques meurtrières visant des civils innocents de toutes confessions. Le monde est désormais confronté à une menace qui pèse sur la vie de chacun dans un bus un métro ou en allant dans un centre commercial.

Des mesures spectaculaires sont prises parfois à la limite de la légalité et au prix de bavures pour assurer la sécurité de la population ce qui est la mission première de l'État mais face à la nature du danger il faut convenir qu'elles seront insuffisantes à moins de mettre un policier derrière chaque Arabe ou chaque musulman. La stratégie des puissances occidentales devrait consister à faire face au danger en renforçant les mesures de sécurité pour rendre difficile toute attaque terroriste mais il faudrait aussi penser à résoudre le problème politique du terrorisme à sa racine dans une démarche globale et concertée avec des objectifs à long terme. Cette démarche doit d'abord identifier la source du mal pour y apporter les remèdes appropriés.

Que l'on soit d'accord ou non avec les orientations idéologiques de l'administration Bush il faut convenir qu'elle a raison quand elle constate que dans un monde devenu village les régimes arabes en étant rigides et en refusant la participation politique de leurs populations sont devenus une source d'insécurité à l'échelle mondiale en exportant une violence contestataire qui les vise en premier lieu. D'une certaine manière les tours jumelles du World Trade Center ont été les victimes colatérales des soubresauts de la vie politique intérieure de l'Arabie Saoudite. Ben Laden a voulu punir les alliés de ses adversaires de la monarchie wahabite pour leur faire encore plus mal sachant que la vie d'un Occidental a une plus grande valeur sur le marché politique international que celle de dizaines d'Arabes.

Il ne s'agit évidemment pas d'ouvrir le champ de l'État dans ces pays aux poseurs de bombes mais de faire en sorte que les institutions soient représentatives de tous les courants de la société y compris des islamistes qui seront obligés d'absorber les poseurs de bombes ou tout au moins de leur enlever toute légitimité de parler au nom de l'Islam. Certains diront qu'il n'y a aucun lien entre ces attentats et la nature autoritaire des régimes musulmans. C'est une argumentation avancée par les régimes montrés du doigt pour se défendre et elle est irrecevable car l'islamisme n'est pas une caractéristique culturelle mais une conséquence politique directe du déficit démocratique en terre d'islam. Il s'est exporté outre-Méditerranée parmi de jeunes Européens issus de l'immigration- et en contact avec des réseaux clandestins pakistanais égyptiens ou algériens- pour qui le retard de leurs sociétés d'origine incombe aux Occidentaux. Cette frustration n'aurait plus sa raison d'être si les pays musulmans basculaient dans la démocratie et le développement économique.

Changement politique En clair si l'Occident veut agir efficacement contre le terrorisme qui menace la quiétude de ses citoyens il doit aider à créer les conditions du changement politique dans les pays arabes en vue d'une représentativité des populations dans les institutions par des élections non truquées permettant la circulation des élites au sommet de l'État. La Turquie a indiqué la voie à suivre où l'armée s'est engagée à respecter le résultat des urnes même si un parti islamiste gagne les élections tout en se posant comme la gardienne des valeurs constitutionnelles.

Une fois expurgées des officiers les plus corrompus les armées arabes sont susceptibles de jouer le même rôle dans le champ politique. L'objectif est d'insérer les partis islamistes dans le jeu institutionnel et de les associer à la gestion politique s'ils remportent les élections pour que l'utopie dont ils sont porteurs soit confrontée à la réalité. Les deux conditions à leur poser sont qu'ils renoncent à la violence et ne reconnaissent que la légitimité électorale.

Toute société aspire à des changements de dirigeants, surtout quand ils durent et que le bilan dans la gestion du pays est négatif. Or dans les pays arabes, les changements sont bloqués, entre autres, par la structure des relations internationales qui intervient pour fausser le rapport de force politique réel interne. Les régimes arabes, sans légitimité et donc sans autorité, trouvent dans les relations internationales des ressources pour s'imposer artificiellement à leurs peuples, d'où le recours à une coercition excessive dans la vie quotidienne. Sans l'aide financière US, le président Moubarak, pour prendre un exemple, entré en fonction la même année que Ronald Reagan, appartiendrait au passé.

Durant la guerre froide, de nombreux régimes arabes se seraient écroulés sans l'appui de l'URSS ou des USA. Aujourd'hui, ils survivent après avoir fait allégeance à l'Occident, se présentant comme le rempart du terrorisme islamiste alors qu'ils en sont la source indirecte. Il ne s'agit évidemment pas d'intervenir militairement comme en Irak, mais au moins de ne pas fausser les rapports de force réels entre les populations et des dirigeants discrédités et démonétisés. Après tout, les régimes occidentaux ont évolué au XIXe siècle vers la démocratie à une époque où les interférences étrangères n'étaient pas aussi déterminantes qu'aujourd'hui dans la survie d'un régime.

Lahouari Addi, professeur à l'Institut d'études politiques de Lyon en France


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