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Imounachen Zitouni - publié le Vendredi 20 Décembre à 16:59

Pharmacie d’officine : Une profession respectable mais peu respectée






Ces derniers mois, pas une semaine ne passe sans que la presse, toutes tendances confondues, ne remette sur la place publique la polémique autour de la cherté des médicaments au Maroc. Derrière les médicaments, c’est souvent le pharmacien d’officine qui est en ligne de mire puisqu’on ne cesse de répéter, ici et là, que la marge du pharmacien marocain serait l’une des plus élevées au monde. Ce qui est archi-faux!

L’honnêteté intellectuelle et la rigueur journalistique voudraient qu’à chaque fois qu’on aborde la « cherté » des médicaments, on précise bien que c’est une équation à deux variables : d’un coté, il y a le prix du médicament, et de l’autre la faiblesse de revenu du citoyen marocain. Or, on omet souvent de parler des faibles revenus du citoyen et des solutions pouvant lui permettre de passer outre pour se soigner, notamment une couverture médicale efficiente.

Et combien même, le prix des médicaments serait cher au Maroc, le pharmacien d’officine n’intervient absolument pas dans la fixation des prix, et ne peut donc en être tenu pour responsable.

Depuis des décennies, le pharmacien d’officine souffre d’une image écornée qui lui colle à la peau. L’image que certains s’en font encore aujourd’hui, est celle du nanti roulant dans sa voiture luxueuse et qui, entre une partie de Golf et la visite de sa ferme, passe à la pharmacie pour récupérer les quelques dizaines de milliers de dirhams de sa caisse journalière ! Or, la réalité est toute autre.

Nos concitoyens doivent savoir que le salaire mensuel moyen d’un pharmacien d’officine au Maroc ne dépasse guère les 6000 dirhams. Ce dernier ne bénéficie ni d’assurance maladie, ni de retraite, et ne peut même pas se verser un salaire mensuel. Et comme la majorité de ses concitoyens, il peine, lui aussi, à joindre les deux bouts. D’ailleurs, beaucoup pharmaciens sont en grande difficulté économique, et un pharmacien sur cinq serait au bord de la faillite. Malgré toutes ses difficultés, le pharmacien d’officine marocain continue, tant bien que mal, à exercer honnêtement son métier et à jouer un rôle social de premier ordre, notamment en avançant, à ses risques et périls, les médicaments à ses concitoyens en difficulté.

De même, les pharmaciens d’officine ont toujours su se montrer citoyens et responsables, notamment en acceptant la baisse de prix d’un grand nombre de médicaments, et donc de leur salaire, afin de rendre l’accessibilité aux médicaments une réalité pour les marocains.

Malheureusement, beaucoup de nos concitoyens continuent de considérer le pharmacien d’officine comme un simple commerçant, alors qu’il est, d’abord et surtout, un professionnel de la santé. Car, celui ci a passé entre six et dix années de sa vie sur les bancs de l’université à la quête d’un savoir lui octroyant le droit d’exercer.

Comme le médecin et le biologiste, le pharmacien d’officine est rémunéré pour son savoir, et la marge dont il bénéficie vient récompenser son acte intellectuel. Car écouter les patients, délivrer des ordonnances et fournir le conseil adéquat sont des actes pharmaceutiques qui requièrent un savoir et qui engagent sa responsabilité, et in fine méritent rémunération.

D’ailleurs, si on suit le même raisonnement méprisant le travail intellectuel et voulant réduire les pharmaciens d’officine à de simples vendeurs de médicaments, on pourrait remettre en cause le rôle du médecin et les tarifs de ses consultations en prétendant que le moteur de recherche Google est tout aussi efficace pour faire un diagnostic ! On pourrait aussi remettre en cause les salaires des enseignants, des hauts fonctionnaires, des ingénieurs, des parlementaires et autres conseillers, qui finalement, eux aussi, ne justifieraient pas leur salaire car leur apport est purement intellectuel.

Le pharmacien d’officine, comme tous les professionnels qui disposent et qui prodiguent le savoir, mérite amplement d’être respecté et de vivre dans la dignité. A ce propos, une société qui ne respecte pas ses intellectuels est une société malade.

Aujourd’hui, là où nos concitoyens peuvent se trouver à travers le Royaume, ils sont assurés de trouver un espace aux portes toujours grandes ouvertes pour les accueillir, les écouter et les conseiller. Cet espace, à l’accès gratuit, n’est autre que la pharmacie d’officine.

Si on veut préserver ce précieux acquis national, nous devons alors respecter les pharmaciens et veiller à leur permettre de vivre dans la dignité. Dans le cas contraire, et au grand dam des citoyens, le pharmacien d’officine sera poussé dans ses derniers retranchements, et ne pourra exercer sa profession dans les règles de l’art, car comme l’a dit si bien le philosophe Diderot dans son récit, Le Neveu de Rameau, « la voix de la conscience et de l'honneur est bien faible quand les boyaux crient ».

IMOUNACHEN ZITOUNI
(Docteur en pharmacie et journaliste)




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