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CGNEWS - publié le Lundi 24 Septembre à 11:11

Pas de sécurité mondiale sans 'bon voisinage'




Ghassan Michel Rubeiz : Il y a sur la terre 1,3 milliard d'adeptes du Prophète Mohammed; une personne sur cinq prie dans la direction de La Mecque; un pays sur cinq fête le Ramadan. Dans un avenir proche, les populations musulmanes ne feront que croître en nombre, de même que s'accroîtra l'importance des relations et des échanges économiques entre le monde musulman et l'Occident.



Dans certains pays à majorité musulmane, la croissance démographique rapide dans les couches les plus pauvres de la société et, en Occident, parmi les travailleurs manuels immigrés, compromet gravement la capacité de ces musulmans d'accéder à la prospérité économique. Il n'y a pas si longtemps encore, les riches pouvaient faire semblant de ne pas voir la pauvreté. Plus maintenant. L'Internet, les médias et les nouveaux moyens de transport ont transformé le monde en "village". De ce fait, il n'y a plus de sécurité mondiale sans "bon voisinage".

La pauvreté, de nos jours, est plus cruelle encore qu'autrefois. Il ne s'agit pas seulement d'un manque de ressources. Il s'agit aussi d'une pénurie relative. De nombreux musulmans vivent dans des communautés où la lutte pour la survie économique et politique est sans pitié, dans l'ombre, souvent, d'élites qui dilapident des fortunes. Selon les derniers rapports de la Fonds pour le développement humain, la majorité du monde islamique entre dans les catégories basses et moyennes du développement humain. Cinq pays islamiques seulement obtiennent une bonne note dans un indice combiné intégrant l'espérance de vie, l'alphabétisation, la formation et le revenu; 27 pays islamiques obtiennent une note moyenne et 25 une note faible.

Lorsque la pauvreté débouche sur la faim, la maladie et un habitat misérable, c'est là certes une expérience, mais une expérience physique. Mais lorsque la pauvreté est une agression par rapport à la richesse de nos voisins, dans notre propre pays ou au-delà des frontières, elle se transforme en maladie politique maligne.

Si les pauvres s'organisent ouvertement, ils peuvent améliorer leur condition. Mais trop souvent, les déshérités sont incapables de s'organiser politiquement dans une société ouverte, dans des pays où tout regroupement politique est passible d'un sévère châtiment. Les musulmans vivent souvent dans des pays d'injustice autocratique. Ainsi, selon le rapport 2007 de Freedom in the World, 11 des 18 pays du Moyen-Orient tombent dans la catégorie des pays "non-libres" et 6 dans la catégorie "partiellement libres"; c'est dans ces derniers pays que des mouvements politiques souterrains peuvent naître et se développer.
 
Sous les régimes autocratiques, les activistes religieux clandestins peuvent opérer avec impunité: les dirigeants ne se sentant pas assez en sécurité pour punir les pieux, ces groupes orphelins de la société expriment d'autres griefs sous couvert de l'islam. Bien que ces griefs soient parfois justifiés, l'intégrisme aussi prospère dans la clandestinité. Les moyens financiers et humains qui l'alimentent sont générés par le milieu informel, sans que rien ne les freine, que ce soit le gouvernement ou la société. Les membres de ces groupes mènent souvent une vie de clandestinité absolue. Et le reste de la société continue son petit train-train, incapable ou peu désireuse de contrer ces groupuscules souterrains qui penchent vers l'extrémisme et la violence, alors qu'ils doivent se débattre en réalité contre des problèmes très concrets.

Le grand public n'a aucun pouvoir de contrainte sociale pour faire reculer l'existence et l'influence de ces groupes. Par conséquent, la meilleure façon de faire reculer l'islam radical est de travailler avec les pays concernés pour y instaurer l'espace et la liberté nécessaires à l'évolution d'un système politique traditionnel dont l'absence a contraint les réseaux d'extrême droite et autres activistes clandestins à s'organiser.

Les musulmans n'ont pas besoin qu'on leur enseigne la démocratie; ils possèdent déjà toutes les valeurs politiques voulues pour construire une démocratie adaptée à leurs divers contextes sociaux. Toutefois, les communautés musulmanes bénéficieraient d'une habilitation industrielle, d'une coopération culturelle, et d'un climat de coordination régionale. Par exemple, certains pays du Moyen-Orient vendent leur pétrole pour acheter des biens de consommation et des tonnes d'armes pour la défense de régimes pour le moins chancelants. Dans ces pays, cette économie est la toile de fond de la violence; il suffirait de quelques ajustements du comportement des investissements internationaux pour ouvrir la porte au changement politique.

Cette région du monde en particulier manque des infrastructures industrielles nécessaires à la production de ses produits essentiels. Pourquoi le Moyen-Orient ne s'organise-t-il pas en marché commun comme l'ont fait les Européens? Pourquoi ne consolide-t-il pas les blocs économiques existants comme la Zone de libre-échange pan-arabe (GAFTA) ou le Conseil de coopération du Golfe (CCG)? Des spécialistes bénéficiant d'une formation complète et adaptée seraient évidemment nécessaires pour élaborer des plans aussi pointus. Or l'éducation et la formation dans la région ne sont pas orientées vers les spécialités qu'il faudrait pour mener à bien cette planification et mettre en place les infrastructures appropriées. C'est là que l'Occident peut aider le Moyen-Orient à redéployer des investissements humains qui existent en abondance. Seule une économie capable d'équilibrer les investissements consacrés à l'agriculture et aux produits de base et les investissements dans le secteur de l'industrie et des services peut créer des emplois valables, la sécurité de la société et la stabilité politique.

Considérez tout le bien que l'Université Américaine de Beyrouth (UAB) a pu faire pour rapprocher les Arabes et l'Occident. Je suis moi-même diplômé de cette institution d'échange culturel. C'est sur ce campus que j'ai appris à apprécier mon christianisme, à aimer l'islam et à défendre l'Amérique. Depuis sa création en 1866, l'UAB a formé des centaines de milliers de dirigeants pour le monde arabe et musulman. Le coût du fonctionnement de cette université pendant ses 140 ans d'existence est l'équivalent de ce que les Etats-Unis dépensent en Irak en deux ou trois mois.

Les musulmans de la diaspora sont les catalyseurs naturels des échanges interculturels avec l'Occident. L'environnement politique ouvert a de grandes chances de donner aux musulmans la possibilité de contribuer à l'innovation politique dans leurs pays d'origine. Comme les pays industrialisés continueront d'avoir besoin du travail et du talent des immigrés, les communautés islamiques continueront de grandir en Europe et aux Etats-Unis. La diaspora peut accélérer le dialogue avec les sociétés d'accueil si elle sait les approcher de la bonne manière. Les immigrés tempéreront leur attitude s'ils se sentent entourés par une politique d'accueil chaleureuse. L'islam en Occident en est au stade expérimental. Avec le soutien des sociétés musulmanes de l'extérieur, nous pouvons contribuer à désamorcer les énergies négatives de l'islam chez nous et dans tous les pays occidentaux.

Le Dr Ghassan Rubeiz est un politologue d'origine libano-américaine, spécialiste du Moyen-Orient.Il a été Secrétaire général et Directeur pour le Moyen-Orient du Conseil oecuménique des églises, dont le siège est à Genève, . Son blog est aldikkani.blogspot.com



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