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par Sahar Aziz - publié le Lundi 22 Février à 13:50

Pas de punition collective pour les Américains musulmans






Washington – La récente découverte des tentatives de complots terroristes dirigées par des musulmans aux Etats-Unis a entraîné des accusations de radicalisation qui sont allées trop loin à l'encontre de tout un groupe religieux. En conséquence, la pression monte autour des responsables américains musulmans pour qu'ils s'engagent dans une contre-radicalisation aux contours vaguement définis.

Mais plutôt que de dépenser des moyens limités pour des programmes qui endossent la culpabilité collective, mieux vaut orienter les griefs existants vers l'exercice de la dissidence protégée par la Constitution.

Il n'est pas judicieux de se focaliser sur la contre-radicalisation pour deux raisons. Premièrement, le discours actuel sur la radicalisation se rapproche dangereusement d'une erreur plusieurs fois commise par le passé qui consiste à confondre la dissidence juridico-politique avec les activités illicites. Deuxièmement, il n'y a pas suffisamment d'éléments prouvant une radicalisation illégale et systémique des Américains musulmans.

La plupart des gens s'accordent à penser qu'adopter la violence pour propager un programme politique est une méthode radicale et justifie une punition. Toutefois, dans une inquiétante période d'amnésie, le discours public américain a ravivé le mauvais emploi du terme ''radical'' pour qualifier à la fois l'activité criminelle et la contestation politique impopulaire.

Ne répétons pas les erreurs du passé. Pendant la ''Peur Rouge'' (Red Scare), qui a suivi la première guerre mondiale et le Maccarthisme dans les années 50, les immigrés et les minorités religieuses étaient les boucs-émissaires révélateurs de la peur du communisme. Après avoir été étiquetés radicaux, nombreux ont été déportés et massivement emprisonnés.

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre, la communauté américano-musulmane a fait l'objet d'une surveillance accrue de la part du gouvernement et de l'opinion publique. Et à chaque fois que l'activité terroriste de quelques individus est présumée, la méfiance collective envers plus de 6 millions de musulmans en Amérique s'intensifie.

Prenez, par exemple, le cas du jeune Américain d'origine somalienne qui, à l'insu de ses parents, est retourné en Somalie pour prendre part à la guerre civile et combattre au nom d'une organisation terroriste. Il ne s'agit que d'une vingtaine d'individus sur près de 100'000 Somaliens en Amérique. Néanmoins, les actes répréhensibles commis par une poignée d'individus issus d'une minorité religieuse ont amené certains responsables gouvernementaux et membres de la société à conclure à une radicalisation systémique des musulmans.

En conséquence, les musulmans sont soumis à des contrôles accrus dans les aéroports et les mosquées. Certains pensent que leurs chefs religieux sont menacés d'expulsion ou de manoeuvres coercitives en vertu de l'application de la loi et, comme dans le cas de l'imam Luqman Ameen Abdullah établi à Détroit, illégalement tués.

Beaucoup d'Américains musulmans ont l'impression d'être traités comme la cinquième colonne, leur loyauté envers l'Amérique étant mise en doute tout simplement parce que des actes répréhensibles ont été commis par une poignée de jeunes gens. Et leurs craintes sont fondées, au vu du dernier sondage Gallup dans lequel plus de 50% des Américains ont une opinion ''pas très favorable'' ou ''pas favorable du tout'' de l'islam.

Dans un autre cas, sans rapport avec le précédent, cinq jeunes musulmans se sont envolés pour le Pakistan, là encore à l'insu de leurs familles, pour soi-disant rejoindre une organisation terroriste. Leur conduite a alimenté les accusations de radicalisation portées contre les musulmans d'Amérique.

Sans tenir compte de leur culpabilité ou de leur innocence, est-il juste d'imputer leurs actes à six millions de personnes qui se trouvent être également musulmans?

Bien sûr que non!

Une telle punition collective sape le principe de base américain selon lequel les individus doivent être responsables de leurs propres actes et non des actes commis par d'autres personnes du même groupe ethnique, racial ou religieux.

Ce principe a été défendu suite à la découverte de Unabomber et l'arrestation de Timothy McVeigh. Tous deux blancs, ces hommes n'ont pas été d'emblée suspectés d'activité criminelle. Ainsi, conclure à la radicalisation systémique des musulmans sur la base d'actes répréhensibles commis par une poignée d'individus témoigne d'une flagrante partialité.

En outre, le fait de qualifier de radicales des personnes accusées d'activités illégales, par opposition aux criminels, risque d'entraîner une association abusive des points de vue politiques impopulaires et des activités illégales. Le premier amendement protège la dissidence, particulièrement la dissidence impopulaire. Etre radical n'est pas illégal tant que la personne ne viole pas une loi en particulier (une doctrine vraiment américaine, actuellement défendue par le mouvement appelé avec justesse '' Tea Party'' qui est activement opposé au président Barack Obama). Bien que les Américains musulmans, qui critiquent la politique américaine quelles qu'en soient les raisons (religieuses ou autres), soient aussi protégés que leurs compatriotes qui parlent sans détour, ils peuvent craindre de voir leur dissidence être, à tort, interprétée comme le signe d'une radicalisation contraire à la loi.

Au lieu d'annoncer, de façon irréfléchie, que la radicalisation est largement répandue et d'exiger que des jeunes, qui n'ont pas de lien direct avec ceux qui sont accusés de s'engager dans le terrorisme, soient la cible d'initiatives découlant de la contre-radicalisation, nous devrions enseigner aux jeunes de toutes origines comment exprimer leurs divergences d'opinion.

C'est une période difficile pour le peuple américain. Les Américains de tous genres sont déçus, voire privés du droit de vote, par leur gouvernement. Notre pays dépense des milliards de dollars pour financer les guerres en Afghanistan et en Irak. Le taux du chômage n'a jamais été aussi élevé depuis des décennies, surtout chez les jeunes. Beaucoup d'Américains, dont des musulmans, s'opposent à notre engagement militaire à l'étranger pour des motifs politiques et religieux; d'autres s'y opposent parce qu'ils estiment qu'il vaudrait mieux dépenser l'argent dans notre économie et dans la création d'emplois. Toutefois, contrairement à leurs compatriotes, il se peut que beaucoup d'Américains musulmans ne se sentent pas libres d'exprimer leurs griefs compte tenu des soupçons concernant leur radicalisation collective.

En conséquence, les chefs de la communauté qui sont concernés par la supposée activité terroriste d'une poignée de jeunes musulmans en Amérique devraient centrer leurs efforts sur la manière d'enseigner aux jeunes comment convertir leurs griefs en dissidence légitime. Il faut les encourager à oser prendre la parole et à exprimer librement leurs opinions sur la guerre, l'économie et autres sujets politiques. Il faut leur montrer comment s'organiser, protester, contacter les représentants élus et participer aux campagnes populaires conformément à la loi.

Et une fois qu'ils auront appris tout cela, le gouvernement ne devrait pas mal interpréter leur dissidence afin de ne pas créer une version XXIème siècle de la ''Peur Rouge'' (Red Scare).

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*Sahar Aziz (saziz@bordc.org) est avocate défenseur des droits civiques auprès du Bill of Rights Defense Committee à Washington. Article abrégé distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'accord de l'auteur. Le texte est disponible dans son intégralité en anglais sur www.altmuslim.com.

Source: altmuslim, 10 février 2010, www.altmuslim.com
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=273...


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