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par Mustafa Qadri - publié le Vendredi 17 Juillet à 06:00

Pakistan : les exilés de l’intérieur

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Karachi – Le Pakistan se consacre aujourd’hui à l’opération la plus importante contre les Taliban dans la vallée et la province du Swat en proie à une violente agitation. Grâce à l’action du gouvernement, une première et modeste vague de réfugiés commence à rentrer au pays, mais ce sont bel et bien quelque 2,5 millions d’autochtones qui ont fui ces spectaculaires montagnes, naguère si heureuses. Dans un camp de réfugiés à Risalpur, à 80 kilomètres à peine des zones de combat les plus violentes, j’ai pu m’entretenir avec des personnes déplacées.

"Nous sommes allés à pied de Mingora à Kokkari, puis à Sangar... encore 12 kilomètres, puis nous avons pris le car pour Risalpur", m’a raconté Mohammad Yahya, qui était naguère le maire d’un village près de Mingora.

Des villages entiers, femmes enfants et vieillards confondus, ont fait la longue randonnée à travers les montagnes escarpées. Presque tous ont dû faire le voyage à pied, les transports publics étant ou trop dangereux ou trop chers. A Risalpur, ces communautés mènent une vie rudimentaire, entassées dans des bâtisses exiguës ou dans des tentes, le tout sans eau courante ni électricité. Ces montagnards de souche ne sont pas accoutumés aux chaleurs estivales extrêmes des vallées inférieures de Mardan et de Risalpur, ou celles de Peshawar, à quelque 80 kilomètres plus au sud, où la plupart ont trouvé refuge. Les diarrhées et les maladies hydriques, exacerbées par la chaleur, frappent durement, les plus jeunes surtout.

"Une nuit, nous avons entendu une série d’explosions aux abords du village", raconte Mannu, une écolière de onze ans que j’ai rencontrée dans les logements misérables de la banlieue industrielle de Risalpur qui leur ont été cédés par des commerçants. Dans le village de Mannu, la totalité de la population, c’est-à-dire une douzaine de familles, soit 200 personnes environ, a décidé de tout abandonner dans la matinée qui a suivi les explosions.

Mais perdre sa maison n’est qu’une seule des maintes conséquences de la guerre. Le Swat est célèbre pour la richesse de ses vergers et autres cultures vivrières. Le conflit ayant éclaté au début du mois de mai, pic de la saison de la cueillette, cette population essentiellement agraire a perdu l’essentiel de ses recettes de l’année.

Mingora, la plus grande ville du Swat, est un des épicentres des affrontements entre les Taliban et l’armée. Les insurgés l’ont transformée en forteresse. Elle n’a été reconquise qu’après un pilonnage dévastateur qui, selon les autochtones et des sources militaires officieuses, aurait tué infiniment plus de civils que de militants.

Malgré tout, quand on leur demande à qui ils attribuent la responsabilité de ces crises, les déplacés évoquent surtout un ressentiment profond contre les Taliban, qu’ils jugent responsables de l’anéantissement de leurs paisibles campagnes.

"Ces Taliban disent qu’ils se battent pour la suprématie de l’islam", affirme Purmanari. "Ils disent qu’il n’y a pas d’islam dans le Swat. Mais alors, on n’est pas musulmans, nous ?"

"Les Taliban disent qu’il veulent instaurer la charia, mais quel genre de charia – celle des tueries et des pillages ? Ce n’est qu’un jeu pour eux", ajoute Mannu.

Mannu a osé vouloir aller à l’école dans une région du Swat où les Taliban interdisent officiellement aux femmes de s’instruire. "Je n’ai pas peur d’aller à l’école", affirme-t-elle courageusement. Il y a pourtant même un risque physique, puisque les Taliban ont détruit plus de 200 écoles, Mannu a quand même continué à aller dans une des rares écoles qui sont restées ouvertes, jusqu’à ce que sa famille prenne la fuite.

"Nous n’avons pas peur parce que nous sommes dans notre bon droit", dit Ziauddin Yousufzai, l’instituteur. “Les gens qui empêchent nos femmes et nos filles de s’instruire, ce sont eux qui doivent avoir peur. L’islam nous enseigne que s’instruire est le devoir de tous. Tel est l’enseignement du prophète Mahomet. L’islam m’appartient autant qu’il appartient aux Taliban. Pourquoi les Taliban me dicteraient-ils ce que je dois faire ? Bien au contraire, l’islam me pousse à donner une éducation à mes enfants, car le savoir est lumière, l’ignorance les ténèbres.”

Oui, les ténèbres semblent avoir englouti Swat. Cela n’empêche pas les personnes déplacées d’appeler la poésie à leur secours, Mannu récite ce petit poème écrit de sa main :

“Swat la douce est en feu, ça brûle de toutes parts. L’incendie a tout englouti, nos gens, nos coutumes, nos écoles, nos marchés. Swat, ma belle, avec tes vallées, tes sommets et tes fleurs parfumées, tes couleurs sont fanées. Où que les yeux se tournent, c’est la guerre. Les gens qui riaient, qui chantaient, sont aujourd’hui silencieux. Le Swat, notre beau fleuve, naguère majestueux et paisible, s’est asséché. Je t’en prie, ô mon Dieu, rends-nous notre paradis, notre Swat des jours heureux.”

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* Mustafa Qadri (mustafaqadri.net) est correspondant pour le Moyen-Orient et l’Asie du Sud du périodique The Diplomat et de newmatilda.com. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 17 juillet 2009, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=259...


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