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John L. Esposito et Dalia Mogahed - CGNEWS - publié le Mardi 19 Février à 08:19

Où est la voix de l’islam?




John L. Esposito et Dalia Mogahed: Les extrémistes et le terrorisme ont trop souvent monopolisé la couverture médiatique et, par conséquent, le message que nous envoie le monde musulman. Mais que croit, que pense, que ressent vraiment la vaste majorité des musulmans ordinaires? Quels sont leurs espoirs, leurs craintes et leurs ressentiments? Pourquoi donc cet anti-américanisme exacerbé qui semble envahir le monde musulman? Est-ce le signe d’un conflit des cultures – est-ce nous qu’ils détestent? Est-ce que ce sont nos actes?Plutôt que d’écouter les extrémistes, plutôt que de faire confiance à tel ou tel grand manitou, pourquoi ne pas donner la parole à la majorité réduite au silence?



Nous avons demandé aux musulmans du monde entier ce qu'ils pensent vraiment et nous avons découvert que lorsqu'on laisse les faits parler, l'argumentation change complètement. Le résultat important de notre recherche peut se résumer ainsi: les conflits entre communautés musulmanes et occidentales sont loin d'être inévitables. Il s'agit en fait plus de politique que de principes. Pourtant, jusqu'à ce que les responsables des décisions écoutent directement les gens et parviennent à comprendre la nature exacte du conflit, les extrémistes de tous bords continueront de gagner du terrain.

Who Speaks for Islam?What a Billion Muslims Really Think est le fruit de six années de recherche et de plus de 50,000 entretiens représentant 1,3 milliard de musulmans vivant dans plus de 35 pays dont la population est majoritairement ou en partie musulmane. Représentant plus de 90% de la communauté musulmane mondiale, cette enquête est la plus importante et la plus représentative du genre. Les résultats défient la sagesse conventionnelle et ses prédictions de conflit mondial – alors même que les guerres d'Irak et d'Afghanistan continuent.

L'étude a abouti à des constatations surprenantes. Elles démontrent que musulmans et Américains rejettent à égalité les agressions contre les civils comme étant moralement injustifiables. Ceux qui optent cependant pour la violence et l'extrémisme ne sont animés ni par la pauvreté, ni par la piété, mais bel et bien par des motifs politiques. En fait, sur les I7 % de répondants qui estiment effectivement que les attentats du 11 septembre 2001 étaient justifiés, aucun ne haïssait notre liberté; ils la veulent, notre liberté. Ils sont toutefois convaincus que les Etats-Unis, et l'Occident en général, ne jugent pas les musulmans avec équité et les empêchent de décider de leur propre avenir.

Nous sommes sans cesse bombardés d'images de jeunes musulmans participant à des manifestations violentes ou suivant un entraînement dans les camps d'Al-Qaeda. Or cette enquête montre qu'une vaste majorité de jeunes musulmans ne rêvent pas de partir en guerre; ils rêvent de trouver un travail. De même, interrogés sur leurs espoirs pour l'avenir, les musulmans de tous âges disent qu'ils désirent de meilleurs emplois et la sécurité, au plus loin de tout conflit et de toute violence. Ces résultats montrent aussi que les musulmans du monde entier ne désirent ni la laïcité, ni la théocratie. Ils veulent la liberté, le respect de leurs droits et la démocratisation. Dans le même temps, ils affirment que la société doit être construite sur des valeurs religieuses islamiques et que la charia doit être une source du droit. En termes simples, la majorité des musulmans et des musulmanes veulent avoir leurs droits et leur religion. Pour eux, ces deux éléments ne s'excluent pas mutuellement.

L'Occident sera heureux d'apprendre que neuf musulmans sur dix sont des modérés. Voilà une bonne nouvelle. Pour les musulmans, la chose la plus importante que puisse faire l'Occident pour améliorer les relations avec les sociétés musulmanes consiste à évacuer leur opinion négative sur les musulmans, à respecter l'islam et à réévaluer leurs politiques étrangères.

Voici maintenant la mauvaise nouvelle : un grand nombre de jeunes musulmans radicalisés (les 7 % mentionnés précédemment, soit environ 91 millions de personnes) pourraient être poussés à soutenir ou à perpétrer des violences contre des civils. Le défi ainsi lancé à l'Occident ne fera que croître tant que ces musulmans continueront de se sentir politiquement dominés et marginalisés.

• John L. Esposito est professeur à l'Université de Georgetown et directeur du Centre Prince Alwaleed Bin Talal pour la compréhension islamo-chrétienne. Dalia Mogahed est analyste principale du Groupe Gallup et directeur exécutif du Center for Muslim Studies.


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