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par par Shehla Anjum - publié le Vendredi 8 Mai à 06:00

Oser l'espoir dans la vallée de Swat au Pakistan

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Anchorage (Alaska) – Souvent surnommée la « Suisse du Pakistan », la vallée de Swat, située à 100 milles (environ 160 km) au nord-ouest d'Islamabad, est dotée d'une riche histoire. Elle a été témoin de l'arrivée et du départ de plusieurs cultures, religions et peuples pendant plus de 2000 ans. C'est aussi le siège de plusieurs reliques de Bouddha, y compris ses objets personnels et ses cendres. Et beaucoup pensent qu'Alexandre le Grand a traversé la rivière Swat en 326 av. J.-C. pour assujettir les habitants du sud.

Cependant, la belle et autrefois paisible vallée de Swat du nord du Pakistan, pays où je suis née et où j'ai grandi, se bat aujourd'hui pour préserver ses racines historiques et conserver ses traditions et comportements empreints de tolérance.

Class Dismissed in Swat Valley, une courte et éloquente vidéo qui figure sur le site Web de The New York Times, donne un bref aperçu de la décision prise par les talibans d'interdire l'éducation des jeunes filles dans la vallée de Swat.

La vidéo fait le portrait de Ziauddin Yousafzai, enseignant, et de sa fille de 11 ans, Malala, qui rêve de devenir médecin. Alors qu'elle évoque son rêve, Malala sait qu'elle devra peut-être le remettre à plus tard. Elle cache ses larmes derrière ses mains. Mes propres yeux s'embuent de larmes.

L'école de Malala, qui appartient à son père, doit fermer le lendemain. Les talibans ont déjà brûlé ou bombardé plus de 100 écoles de filles. Ziauddin craint de voir son école détruite s'il transgresse l'interdiction.

Quelques jours après avoir vu la vidéo, alors que je conduisais ma fille, adolescente, au Collège Steller à Anchorage (Alaska), je me suis sentie reconnaissante de vivre dans un pays où les filles n'ont pas à s'inquiéter pour leur éducation ni pour la réalisation de leurs rêves. Des groupes d'enfants qui attendaient le bus scolaire m'ont rappelé la triste fillette de Swat.

Je pense aux enfants de la vallée de Swat qui passent devant des cadavres dans la rue; qui étudient dans le vacarme des hélicoptères de transport et des hélicoptères militaires; qui se couchent avec le bruit de tirs de mortiers qui retentit depuis les collines, qui ont peur d'être tués par les talibans. Aucun enfant ne devrait avoir à supporter cela.

Craignant que ce soit son dernier jour à l'école de Ziauddin, une autre jeune fille, le visage recouvert d'un voile noir pour ne pas être reconnue, exprime la déception de ses camarades. Elle lit une déclaration dans laquelle il est écrit que personne ne pourra ramener la paix dans sa vallée et elle ajoute: « Nos rêves sont brisés. Et permettez-moi de dire que nous sommes anéanties. »

L'Alaska, où je vis depuis 31 ans, ressemble beaucoup à ce que cette lointaine et magnifique vallée était autrefois. Le Swat était un endroit où les gens vivaient sans crainte, menaient leurs affaires en paix et envoyaient leurs enfants (garçons et filles) à l'école et à l'université.

Mais aujourd'hui, les filles de Swat ont peu de choix.

Je n'ai ressenti que de la rage et de l'impuissance après avoir vu le film. Je ne savais pas quoi faire. Je me suis finalement résolue à informer les gens au sujet de la situation dans le Swat. Je pense que le meilleur moyen de se battre contre la terreur est d'avoir recours à l'instruction et non à des drones qui lâchent des missiles et qui, de surcroît, tuent des civils, créent encore plus de militantisme et engendrent de nouvelles recrues chez les talibans. Si je ne suis pas d'accord avec notre politique consistant à intensifier les attaques de drones au Pakistan, je suis d'accord, en revanche, avec l'idée d'accroître l'aide visant à conférer les pleins pouvoirs à la population locale grâce à des programmes de développement et à l'instruction.

Je me suis également décidée à rechercher Ziauddin pour lui apporter mon soutien. Depuis, je lui ai parlé ainsi qu'à Malala. Ils m'ont remercié de mon appel. Je leur ai dit combien leur histoire m'avait touchée et leur ai demandé si je pouvais les aider d'une manière ou d'une autre. Ils m'ont répondu: « Racontez notre histoire aux gens et dites-leur de regarder la vidéo. »

Je vais aller passer le mois de mai au Pakistan. Ziauddin m'a invitée à venir visiter la vallée de Swat, mais je vais sans doute y renoncer. La sécurité y est incertaine et je suis peureuse.

Ziauddin a juré de rester dans le Swat pour aider son peuple. J'ai l'intention d'envoyer des livres à Malala de Karachi et de lui apporter mon soutien.

Depuis la diffusion de la vidéo en février, le gouvernement pakistanais a cédé le Swat aux talibans qui, pour le moment, autorisent les filles à retourner à l'école et à passer leurs examens en mars. Mais ils n'ont pas encore décidé si elles pourraient être scolarisées au-delà du CM1 (~ 10 ans).

Ziauddin a rouvert son école, mais il ignore ce que l'avenir lui réserve.

Malala, qui ose encore espérer, m'a confié: « Je ne laisserai pas les talibans me contrarier. J'étudierai, d'une manière ou d'une autre. Peut-être à Swat, peut-être ailleurs.'»

Je souhaite qu'elle y parvienne.

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* Shehla Anjum, résidente depuis longtemps à Anchorage (Alaska), est née et a grandi à Karachi (Pakistan). Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'autorisation de l'auteur.

Source : Anchorage Daily News, 27 avril 2009, www.adn.com
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=254...


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