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par Rachid Jankari - CGNEWS - publié le Samedi 4 Septembre à 17:29

Nouveaux médias : l’éducation plutôt que la réglementation




Casablanca – Un certain nombre de personnalités publiques et de gouvernements du monde arabe prônent la mise ne place d’une législation spécifique pour réglementer le contenu et l’utilisation des médias digitaux. Plus précisément, ils veulent implanter une législation conformément auquel il faudra « déclarer » auparavant la création d’un blog ou d’un site internet ; il s’agira d’une législation pénale spécifique aux infractions commises dans le monde virtuel.



Nouveaux médias : l’éducation plutôt que la réglementation
Sous le couvert de ces mesures, ils veulent en fait restreindre ce que l’on appelle « les libertés numériques », d’autant plus que les activistes misent sur les caractéristiques du cyberactivisme pour défendre leur cause, qui promeut la contestation politique et le changement.

Le phénomène des blogs a certainement suscité l’apparition du journalisme citoyen au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ce qui a permis de contourner avec succès les contraintes sociales et les restrictions que les gouvernements des pays de cette région imposent aux médias traditionnels. Avec les années, les médias sociaux ont contribué à élargir l'espace de l'expression citoyenne et offrir une alternative d'informations aux médias dits “traditionnels”.

L’adoption progressive des nouvelles technologies de l’information au niveau de la société civile se consolide au fil des années grâce à une croissance soutenue de l’accès à internet et l’amélioration de l’infrastructure informatique. De plus, au-delà des blogs, l’expression libre et plurielle s’étend désormais aux réseaux sociaux comme Facebook et aux plateformes de microblogging comme Twitter.

Cela n’a aucun sens de mettre en place une réglementation propre aux médias digitaux, car l’expression sur internet n’est pas différente des autres modes d’expression traditionnels. La plublication sur internet n’a pas besoin d’un nouveau dispositif juridique spécifique définissant les limites de l’expression écrite ou multimédia. Il suffit de respecter les règles de déontologie valables pour la presse écrite et les médias audio-visuels, comme par exemple proscrire la calomnie et la diffamation.

Toute tentative de réglementation de ce domaine sera forcément considérée comme une atteinte aux libertés, surtout à la liberté d’expression, dans le monde numérique. D’ailleurs, un certain nombre de gouvernements – comme ceux d’Arabie saoudite, d’Egypte et du Maroc - portent atteinte à ces libertés en fermant des sites internet ou en les censurant.

Pour que les technologies de l’information se développent et que l’espace numérique puissent innover, il faudrait que les internautes de la région disposent d’abord et avant tout d’un cyberespace libre et sans entraves. Les gouvernements des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord devraient donc plutôt encourager une plus grande utilisation des technologies de l’information et le développement de leur contenu par un plus grand nombre d’internautes.

D’ ailleurs, l’avenir des blogs et des réseaux sociaux dépend fortement de la qualité de leur contenu. Malheureusement le Maghreb et le Moyen-Orient souffrent d’un déficit en la matière ; sur le net, on ne trouve que très peu de matériel provenant de ces régions.

Pour combler ce manque, on devrait encourager les artistes, les écrivains et les scientifiques à publier leur travail sur différentes plateformes numériques, tels que les blogs, les microblogs et les réseaux sociaux. L’activisme numérique ne devrait pas être un privilège réservé aux responsables politiques et aux militants de la société civile. Des efforts sont à fournir pour permettre aux acteurs de la société civile d’aller sur internet en grand nombre. Permettre à un plus grand nombre d’utilisateurs d’avoir accès à l’espace des médias numériques pour leur donner la possibilité de s’exprimer et de publier leur travail aura pour effet de promouvoir la publication et la dissémination de matériel scientifique, littéraire et artistique provenant de cette région du monde.

Le système éducatif pourrait jouer un rôle essentiel dans la dynamique de la promotion de la société de l’information dans ces pays. Plutôt qu’une réglementations, c’est une pédagogie « d’expression numérique » destinée aux jeunes afin de les sensibiliser aux bonnes pratiques de publication, y compris en ligne, qu'il faudrait promouvoir.

Parallèlement, le système éducatif peut explorer les atouts des blogs et des réseaux sociaux pour encourager les jeunes à profiter des différents systèmes de publication en ligne et de leurs fonctionnalités d'interactivité virale. Le défi d'appropriation par une large frange des internautes est beaucoup plus prioritaire que de s'aventurer à mettre en place un cadre juridique qui risque de devenir obsolète sous l'effet de l'innovation technologique et la naissance de nouveaux médias de communication (Twitter, iPhone, iPad, Kindle...).

La blogosphère arabe n'a pas besoin d'une nouvelle réglementation mais plutôt et surtout, de plus de liberté et d'élargissement de son appropriation par d'autres internautes que les activistes et les militants associatifs et politique. Elle doit s'ouvrir au plus grand nombre et non pas se refermer sur elle-même.

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* En tant que journaliste, Rachid Jankari est spécialiste des technologies de l’information et de la communication (TIC) et consultant en journalisme en ligne et nouveaux médias. Il est également le président de MIT Media (www.mit-media.com) et possède un blog : www.jankari.org.  



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