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Karim El Maghribi - publié le Mardi 9 Octobre à 13:44

Nord-Mali ou quand l’extrémisme se nourrit du messianisme




Les touaregs qui peuplent le territoire de l’Azawad (riche en pétrole et uranium) ne cessent de réclamer un statut d’autonomie depuis 1958 alors qu’il était encore administré par la France. Après l’indépendance du Mali en 1960, cette noble aspiration des touaregs a muté en « rébellions » ou la tradition des pilleurs des grands chemins le dispute à l’honneur chevaleresque presque messianique qui ne sied à aucune forme de soumission à un pouvoir central.



Nord-Mali ou quand l’extrémisme se nourrit du messianisme
Les touaregs qui peuplent le territoire de l’Azawad (riche en pétrole et uranium) ne cessent de réclamer un statut d’autonomie depuis 1958 alors qu’il était encore administré par la France. Après l’indépendance du Mali en 1960, cette noble aspiration des touaregs a muté en « rébellions » ou la tradition des pilleurs des grands chemins le dispute à l’honneur chevaleresque presque messianique qui ne sied à aucune forme de soumission à un pouvoir central. Son ajoute à ce substrat original qui allie hardiesse, tribalisme, honneur et courage l’extrémisme importé de la secte Boko Haram du Nigeria, on obtient le terreau idéal pour toute organisation terroriste du type Al Qaeda qui cherche un terrain d’accueil. A part quelques différences vestimentaires et paysagiques, le Nord du Mali offre les mêmes caractéristiques physiques et humaines que l’Afghanistan si bien que les observateurs craignent une afghanistanisation du Mali (1).

Mais de toutes ces traditions nord-maliennes, le messianisme semblerait de loin le plus insidieux, donc le plus dangereux à long terme. En effet, les médias comme les observateurs paraissent méconnaître cet aspect messianique des tribus nord-maliennes. Pourtant il suffit d’écouter la tradition orale de certaines tribus amazighs du sud du Maroc ou d’Algérie pour se rendre compte qu’un messie devait venir des fins fonds du Sahara pour rétablir la justice et la morale au Nord décadent.

Déjà au XIe siècle, Ibn Toumert de retour d’un pèlerinage à la Mecque débarque au Maroc d’alors après un détour par Bagdad et Damas où il est s'initié à la doctrine achaarite, orthodoxe. « Il en revient tel un pur bigot, convaincu de la décadence des sultans almoravides. Il traverse plusieurs régions au Maroc et trouve enfin refuge à Aghmat (près de Marrakech). Il se comporte d'abord comme un guide spirituel, convaincu que le tawhidisme (unification de la foi, d’où l'appellation Almohades) doit devenir une morale imposée à tous. Reclus dans la montagne, il invite les gens à lui faire allégeance et ouvre la voie à une dynastie de califes » (2). Selon l’histoire officielle, Ibn Toumert était un imposteur qui cherchait à s’emparer du pouvoir. C’est peut-être juste. Mais le plus important est le fait que ce dernier eut jugé utile de passer par le messie pour mobiliser ses troupes. Idée d’autant plus géniale que du messie attendu on ne sait ni la nationalité ni le lieu. Sauf que le lieu d’où il viendra serait une région désertique à la lisière de deux cultures deux civilisations. Où une grande injustice règne. L’Azawad, territoire quasi aride, situé dans le Nord du Mali, est justement une zone de transition entre l'espace saharien et l'espace sahélien où l'esclavagisme est encore monnaie courante. L’une des conditions de l’apparition du messie semblerait donc remplie. Lequel messie n’est pas présent que dans la tradition chiite duodécimaine. Le sunnisme en parle aussi. « La nature du Mahdi est mentionnée dans les hadiths de la tradition sunnite. Le Mahdi apparaîtra durant les derniers jours de l’existence du monde et serait un signe majeur de la fin des temps. Sa venue précèderait la seconde venue de Jésus sur terre qui est le Messie » (3). Seulement le thème de « la fin des temps » est variable en islam. Il peut s’agir atout aussi bien du dernier jour que d’une époque de grande décadence morale (alamat es-saaa : signes du temps). Donc le risque de d’une poussée de hordes de djihadistes rassasiés de messianisme vers le Nord est réel. Ce risque est d’autant plus grand que ces djihadistes messianiques croiraient partir en campagne pour délivrer leurs « frères de sang » du joug de l’injustice. En effet, nombre de Marocains et d’Algériens ont du sang malien dans les veines et vice versa (4).

Néanmoins si le Nord du Mali semble bien être l’épicentre d’un éventuel séisme djihadiste messianique qui risquerait d’ébranler les voisins du Nord (notamment le Maroc et l'Algérie) ces derniers ont leurs petits messies, des sortes de petits fils d’un Ibn Toumert qui semblent se comporter comme des éclaireurs en attendant l'avènement du grand messie du Sud. Des éclaireurs d'une prochaine guerre salvatrice. En 2006, « des membres présumés d'un réseau terroriste marocain baptisés «Ansar El Mahdi » comptaient capturer deux ministres et un secrétaire d'État socialistes ». Les alliés du Mahdi virent dans ces ministres socialistes le symbole de la dépravation (5). En effet l’un des deux qui occupait le poste du ministre de l’Economie était accusé (à tort en fait) par un hebdomadaire local à scandales d’homosexuel. Une très grave accusation qui équivaut à un appel au meurtre.

De même, la guerre civile qui a sévi en Algerie depuis la fin des années 1980 et qui a mis en confrontation meurtrière l'armée algérienne et des groupes islamiques armés semblait avoir pour l'un des foyers le triangle Mali/Algérie/Polisarioland. Fait qui expliquerait les réticences d'Alger quant à une intervention française au Nord-Mali, à moins que ça soit pour une autre raison, qui serait liée au conflit du Sahara. Certainement, une internalisation du conflit nord-malien pourrait encourager les indépendantistes et surtout perturber la présence de l'armée algerienne dans les camps du polisario ; d'autant que le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA : principal groupe extrémiste du Nord-Mali), constitué principalement de guerriers touarégues (homme libres ou bleus) (6), réclame la création d'un Etat indépandant que le mouvement kabyle a reconnu aussitôt. Alger sait en effet que la communauté internationale risquerait à terme de refroidir les aspirations du MLNA en sacrifiant celle du polisario sur l'autel de la raison.

1) Le Monde.fr avec AFP du 19 septembre 2012
(2) La Gazette du Maroc N°634, du 24 juillet 2006
(3) http://www.israel-flash.com/2012/08/sondage-le-madhi-12eme-iman-le-messie-des-musulmans-arrive/#axzz28l1l56sn
(4)Maroc Hebdo International N°611, du 25 juin au 1er juillet 2004
(5)Dépêche AFP du 30 Août 2006
(6)Le nom des Azerguiyine ( une tribu sahraouie dont des descendants ont essaimé jusqu'aux confins de l'Anti-Atlas marocain notamment dans la région de Ouarzazate-Errachidia) pourrait être dérivé de « hommes bleus ». Azergui ou azerqui signifiant en berbère ce qui est de couleur bleu.Une autre théorie laisserait entendre que les hommes azerguiyine étaient des descendants d'ouvriers affectés aux meules en granite bleu (azerg signifie meule en berbère) qui fournissaient l'essentiel des farines de céréales- surtout l'orge concassé- aux populations.



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