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AA - publié le Mardi 12 Janvier à 08:58

Nord Mali, l'improbable retraite des réfugiés Syriens



Ils sont plus de 2.000 à vivre dans des conditions précaires dans ce pays dans l'espoir de rejoindre l'Europe



AA/ Bamako/ Kidal (Mali)/ Mohamed Ag Ahmedou/ Moussa Bolly
AA/ Bamako/ Kidal (Mali)/ Mohamed Ag Ahmedou/ Moussa Bolly
Un vieux Pick-up parcourt une route sinueuse quelque part dans la région septentrionale de Kidal. Sitôt le nuage de poussière dissipé, les visages de jeunes "Blancs", visiblement exténués, se révèlent. Dans cette région du Nord-Mali où sévissaient il y a quelque temps seulement, des tensions entre groupes armés, on laisse passer ces étrangers sans problèmes. On dit d'eux qu'ils sont des "revenants".

"Même si l'Azawad [Nord du Mali] reste une région fortement marginalisée depuis des décennies, ce que nous vivons reste sans commune mesure avec leur enfer en Syrie", dit Moussa, un combattant de la Coordination des Mouvements de l'Azawad (CMA) qui contrôle cette zone.

"Nous avons donné des instructions claires aux combattants des différentes unités et brigades de les sécuriser au maximum, de ne pas les arrêter, de ne pas les déranger", a confirmé pour sa part à Anadolu, Almou Ag Mohamed, un des leaders de la Coordination.

En tout, ils seraient près de 2.000 réfugiés syriens (sources locales) à avoir "choisi" d'atterrir au Nord Mali, depuis plusieurs semaines, dans l'espoir d'atteindre des cieux plus cléments, en Europe. Leur pays, la Syrie, demeure toujours en proie à l'insécurité depuis 2011, avec des centaines de milliers de victimes enregistrées, entre morts, blessés et réfugiés.

Dans la localité d'In-Khalil, dans le cercle de Tessalit (Kidal), ils sont plusieurs dizaines de familles à s'être établies précairement depuis le mois de novembre dernier.

"D’autres sont actuellement à Ber dans la région de Tombouctou. Ce sont des familles qui ont fui la guerre et qui continuent de chercher un lieu paisible où elles pourront se sentir en sécurité", a récemment déclaré sur les ondes d'une radio malienne, Attaye Ag Mohamed, chargé des questions des Droits de l’Homme de la CMA, la plateforme des groupes autonomistes du Nord Mali.

"Ces familles ne semblent pas pressées parce qu’elles sont conscientes de l’insécurité qui existe. Donc, elles écoutent, elles attendent et progressent en fonction de ce qui se passe», a-t-il ajouté.

Arrivés du Moyen-Orient à Nouakchott, où aucun visa ne leur est demandé, les réfugiés syriens empruntent un long périple en direction de l'Algérie, d'où ils espèrent rejoindre l'Europe, avait récemment expliqué Olivier Beer représentant adjoint de l'Agence des Nations-Unies pour les Réfugiés au Mali, à la presse locale.

"Ils empruntent d'abord un bus de Nouakchott à Nema [Sud-Est de la Mauritanie]. De là, quelques Toyota Hilux les prennent, moyennant des tarifs par tête, jusqu'à Bassikounou [une localité mauritanienne frontalière du Mali]" a renseigné Anadolu, Aziz, un chauffeur mauritanien accoutumé de ces trajets. Ainsi, pour le trajet Nouakchott -Nema 11.000 Ouguiyas mauritanien (36 USD) sont exigés par tête, alors que près de la moitié pour le tronçon Nema -Bassikounou.

Arrivés dans cette localité, des "passeurs" maliens approchent ces familles, pour les prendre jusqu'à Ber (à 50 kilomètres de Tombouctou) à bord de Pick-up sur des pistes non goudronnées. Le prix par tête, là également, se situe aux alentours de 15.000 FCFA (25 USD). Pour ceux qui choisissent In Khalil, il restera à monter dans de grands camions de marchandises.

"Les enfants ont trop souffert sur la route. Il n'y avait pas d'eau, pas de nourriture. La route du désert était rude et il faisait très chaud" s'exclamait un des réfugiés fraîchement arrivés à In Khalil, interrogé par le site indépendant "Mondafrique".

Reconnaissant qu'ils vivent dans des conditions très difficiles, le HCR a fait part de sa grande "inquiétude" et de sa volonté d'apporter l'assistance nécessaire à ces réfugiés, d'autant plus qu'ils "pourraient être la proie de passeurs sans scrupules et de groupes extrémistes", selon le responsable du HCR, Olivier Beer.

Entre temps, une campagne de recensement de ces réfugiés a déjà commencé, sous l'égide de la CMA.

«Nous avons des ingénieurs, des informaticiens, des gens qui ont un très bon niveau d’études», a déclaré à Anadolu Mohamed Assan, un responsable local.

De fait, Wael, la quarantaine, est ingénieur en informatique. Il a été accueilli, avec sa petite famille, par des habitants. "Je ne peux que les remercier pour leur générosité, mais il me faut trouver du travail. C'est un peu difficile de trouver quelque chose en rapport avec ma spécialité. Donc je suis disposé à tout faire en attendant de repartir", a-t-il déclaré à Anadolu.

Wael sait toutefois que la situation risque de s'enliser. Les nouvelles venant de proches qui sont repartis en direction de l'Algérie ne rassurent pas.

"Ils ont du mal à accéder à l'Algérie, le passage Mali-Algérie est plus difficile que celui Mauritanie-Mali. Ceux qui sont arrivés à entrer y sont toujours", a-t-il reconnu en concluant que "l'Europe ce n'est pas pour bientôt".

Ceux qui sont présents depuis près deux ans à Bamako semblent également dans cette résignation. Ils sont estimés à un millier, selon des sources humanitaires, mais seuls 87 personnes se trouvent actuellement sous mandat du HCR dans la capitale malienne, selon cet organisme.

Pour sa part, le gouvernement malien ne s’est pas encore prononcé sur cette présence, qu'elle soit à Bamako ou dans le Nord du pays.

Approché par Anadolu, des responsables du ministère malien de la Solidarité, de l'Action Humanitaire et la Reconstruction du Nord n’ont ainsi pas souhaité s'exprimer sur la question même s’ils assurent être "informés de cette présence".

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