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Seema Jilani - publié le Vendredi 19 Juin à 21:28

Ni par la petite porte, ni au dernier rang






Houston - A ma mosquée, comme dans presque toutes les mosquées du pays, les femmes prient dans la galerie au premier étage ou au fond de la salle de prière. Quand je vois ces femmes, parfois âgées, parfois enceintes, ou trimballant leur petit sur la hanche, passer comme des voleuses par la porte de derrière et grimper les marches pour aller prier, la jeune musulmane libérée que je suis n’en croit pas ses yeux. Une question s’impose: les femmes peuvent-elles vraiment se réaliser et exercer pleinement leur influence tant qu’on leur dit de se tenir au fond de la mosquée, au sens littéral et figuré de l’expression?

Asra Nomani, auteur américaine bien connue et ancienne correspondante du Wall Street Journal et de Salon.com, s’attaque à la question bille en tête dans The Mosque in Morgantown, documentaire de Brittany Huckabee qui est passé le 15 juin sur PBS. Ce film raconte l’amer combat de Mme Nomani pour faire respecter ce qu’elle considère comme la parité, symbolisée par une mosquée ou les musulmans, hommes et femmes prieraient côte à côte. Elle se bat pour doter les femmes musulmanes d’une identité autonome et intellectuellement indépendante. Au cours de ce long combat, elle est confrontée à l’opposition des hommes musulmans – et aussi des femmes – dans sa communauté de Morgantown, en Virginie Occidentale.

Asra Nomani, nous raconte le film, se remettait à peine de l’assassinat de son ami et collègue Daniel Pearl par des militants islamistes lorsqu’elle est revenue à Morgantown en 2003. A la même époque, ayant été abandonnée par le père de l’enfant qu’elle portait, elle a recherché un soutien dans la foi. A son arrivée à Morgantown, elle a constaté qu’un groupe de fidèles intégristes avaient été élus au conseil de la mosquée, imposant une interprétation et une pratique de l’islam totalement étrangère aux siennes.

Asra Nomani comprit alors, par certains sermons qui justifiaient, selon elle, l’intolérance raciale et la violence domestique, que l’intégrisme s’infiltrait dans la mosquée. Le film décrit ses efforts pour remplacer cette idéologie par une attitude progressiste et la division qui en est résultée entre les fidèles.

On voit Mme Nomani se battre pour les droits de la femme, afin que les femmes aient le droit de prendre des décisions et puissent accéder à des responsabilités au sein des communautés religieuses. Elle puise son inspiration aux sources de l’histoire et de la pratique de l’islam. En 2003, elle a fait le pèlerinage de La Mecque, ce qui l’a profondément transformée. A la Kaaba, le site le plus sacré des musulmans, elle a pu prier à côté des hommes. Mais lorsqu’elle a essayé de faire la même chose dans sa mosquée de Morgantown, elle a déclenché un tollé national. La communauté musulmane en général a critiqué cette démarche d’avant-garde appliquée au problème du féminisme dans la mosquée.

Le film témoigne aussi d’un problème bien plus profond dans certaines mosquées américaines – une apathie certaine et le refus de s’attaquer à des questions difficiles mais importantes. La majorité des musulmans américains embrasse une vision de l’islam qui respecte la dignité de la femme. Pourtant, rares sont ceux qui acceptent de se manifester et de défendre ouvertement les droits de la femme. C’est comme si, dans son histoire, l’islam n’avait jamais rien fait pour encourager la parité: on dirait même que la cause des femmes perd du terrain dans certaines parties du monde musulman.

Il nous reste encore tant à faire pour donner une voix aux femmes dans nos communautés, pour que cette voix se fasse entendre plus fort dans le reste du monde!

The Mosque in Morgantown captive son public. Chacun peut adorer ou détester, selon son point de vue. De toute façon, le film nourrit le débat et fait avancer la réflexion. On accuse Mme Nomani de vouloir bouleverser des pratiques musulmanes traditionnelles et profondément enracinées. La vérité, c’est que ses principes féministes n’appellent pas une transformation révolutionnaire, mais bien le retour aux principes fondamentaux de la religion, qui reconnaît la valeur égale des hommes et des femmes.

L’islam, religion progressiste dans ses origines, reconnaissait la parité spirituelle des deux sexes et consacrait le statut juridique de la femme. Asra Nomani a tout dit lorsque, répondant à un fidèle qui lui disait qu’il n’y a pas de place dans l’islam pour le féminisme, elle osa affirmer: « l’islam est le féminisme. »

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* Seema Jilani, médecin spécialiste internationale de la santé des enfants est aussi journaliste freelance. The Mosque in Morgantown, qui fait partie de la série “America at a Crossroads”, est sorti dans tous les Etats-Unis le 15 juin. Article paru d’abord dans On Faith du Washington Post/Newsweek, écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).


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