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Moha Ennaji - publié le Mardi 10 Décembre à 10:11

Nelson Mandela, un Leader Mondial Hors du Commun






Moha Ennaji
Moha Ennaji
J’avais entendu parler de Nelson Mandela pour la première fois à la radio marocaine puis à la télévision quand j’étais jeune étudiant à l’université Mohamed V de Rabat au début des années soixante dix. La population estudiantine marocaine de l’époque exprimait son soutien inconditionnel à Mandela et ses compagnons de lutte contre le régime raciste et colonial de Pretoria, à travers des manifestations et des protestations.

Son arrestation et son emprisonnement avait soulevé l’indignation et la consternation des étudiants à travers le monde. On était tous convaincu que le régime colonial de l’Afrique du Sud était impitoyable et injuste envers la population noire autochtone qui ne demandait que la liberté, la dignité et la justice sociale.

J’étais au volant sur la route Fès-Meknès vers l’Académie royale militaire pour enseigner  l’anglais à une classe de cadets marocains  et de pays africains amis, quand j’entendis à la radio que Nelson Mandela a été libéré après 27 ans d’emprisonnement à Robben Island en Afrique du Sud. Tous les étudiants  et professeurs en parlaient avec joie. C’était comme si l’Afrique avait retrouvé son fils libéré et comme si toute l’Afrique était enfin libre et indépendante. C’était la fin du système de ségrégation raciale connu sous le nom d'apartheid aboli en 1994. C'était le combat de Mandela et de ses camarades de l’ANC (African National Congress ) contre ce système raciste qui avait conduit à son abolition.

L’année suivante, j’ai appris que Mandela avait été élu président avec majorité écrasante. Il devient le premier président démocratiquement élu de l’Afrique du Sud libre et moderne. Mais je commençais à m’inquiéter et à me poser la question est-ce que Mandela va rester au pouvoir à vie comme la plupart des chefs d’Etat africains et arabes ?

Alors que je lisais le livre de Mandela « Long Walk to Freedom », je me suis demandé comment il avait pu résister et garder une bonne santé et un bon moral après plus d’un quart de siècle en prison dans des conditions inhumaines et comment il avait pu réaliser l'inimaginable, en mettant fin au conflit entre blancs et noir africains et en devenant chef d’état  de la plus grande force économique d'Afrique. Et au moment même où j'ai pensé qu'il avait déjà imposé la réconciliation nationale qui avait inspiré des pays comme le Maroc pour tourner la page vers la démocratie et le développement, il a choqué le monde entier en déclarant qu'il ne voudrait pas être réélu après la fin de son premier mandant en 1999.

J’étais à la fois  stupéfait et impressionné par cette décision historique, car  dans le temps il était peu commun pour un président africain ou arabe sortant de se retirer volontairement du pouvoir. Dans notre région, par exemple, les leaders et chefs d’Etat restent au pouvoir à vie ; ils sont écartés du pouvoir soit par coup d’état soit par mort naturelle soit par la révolution.

Je sens que j'ai eu une chance extrême et j'ai été honoré que le commencement de mes études universitaires ait coïncidé avec l’exacerbation de la lutte armée contre l’apartheid  et que le début de ma carrière en tant qu’enseignant chercheur à l’université a coïncidé avec la libération de Mandela et son retour dans la vie politique africaine.

Sa force, sa persévérance, sa patience, sa sagesse, son amour pour la paix et pour son peuple, son humilité et sa politique d’inclusion et de compromis ont inspiré des millions de jeunes et de moins jeunes de par le monde mieux que n'importe quel cours de citoyenneté ou d'éducation civique.

En 2011, il avait publié un communiqué exhortant les jeunes dans la région du printemps arabe de se munir de sagesse et d’éviter la stratégie de la terre brûlée en laissant la chance au dialogue, à la réconciliation et aux négociations loin de la violence et de la vengeance, car disait-il, si son pays avait suivi la voie de la vengeance l’Afrique du ne s’en aurait jamais sorti de la guerre civile.

Malheureusement pour beaucoup de pays arabes, le pouvoir a fini entre les mains de quelques dictateurs  qui avaient suivi la même méthode coloniale et répressive que les peuples africains et arabes avaient dû combattre avec fermeté pour retrouver leur indépendance. Ils ont amassé des richesses infinies pendant que la faim et le chômage envahissaient leurs sociétés et poussaient toujours plus de jeunes dans les abîmes de la pauvreté ou vers l’émigration clandestine.

En effet plus de 10 ans après que Mandela ait quitté ses fonctions, accomplissant un geste historique envers les pays du tiers monde,  les «chefs d’État à vie » dans les pays arabes continuent à s'accrocher au pouvoir contre la volonté de leurs peuples. Cependant,  je suis optimiste parce que l’exemple de Mandela a donné un coup de fouet aux réformes démocratiques en Afrique, où plusieurs chefs d’État - ont enfin obéi à la constitution de leur pays et se sont retirés sans violence.

Je suis également content que  Mandela ait inspiré des millions de  jeunes du monde  et inspirera les générations futures pour continuer la lutte pour la dignité humaine, la justice sociale, le respect de la diversité et la démocratie.

Jamais aucun président ou leader n’a rassemblé autant de grandes personnalités mondiales à ses obsèques. Plus de 90 chefs d'État et de gouvernement sont venus des quatre coins du monde, dont le président américain Barack Obama et trois de ses prédécesseurs, Georges Bush père, Jimmy Carter et Bill Clinton, le président français François Hollande, le premier ministre britannique David Cameron  et le Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki-moon aux funérailles et à l'enterrement de celui qui fut le symbole de la liberté et de l’égalité, dans son pays et ailleurs. C'est un signe clair du genre d'impact Nelson Mandela a laissé sur le monde.

J'aurais aimé que les leaders arabes suivent son exemple, ne serait-ce qu'un peu, afin que notre printemps soit un printemps de liberté, de démocratie et de réconciliation.

Je me demande  pourquoi le monde arabe en particulier ne tire pas les enseignements du parcours de Mandela fondés sur le dialogue, la tolérance et le respect d’autrui, car c'est la seule façon de sortir de l'impasse où nous nous trouvons.

Moha Ennaji
Chercheur et écrivain marocain


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