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Jawad Kerdoudi - publié le Mardi 10 Décembre à 16:03

Nelson Mandela : Le Héros absolu






Jawad Kerdoudi
Jawad Kerdoudi
Nelson Mandela est mort le 5 Décembre 2013 à l’âge de 95 ans. Madiba comme aiment à l’appeler ses compatriotes est né le 18 Juillet 1918 à Mveso, un village du Transkei en Afrique du Sud. Ce pays, ancienne colonie britannique, a été peuplé par des protestants hollandais appelés Boers qui parlent l’afrikaans. A partir du XVIIème siècle, des Huguenots fuyant les persécutions en Europe arrivèrent en Afrique du Sud et s’installèrent au CAP.

Des heurts ont eu lieu entre Boers et Huguenots, ainsi que des combats sanglants contre les Zoulous, une des tribus sud-africaines. A la fin du XIXème siècles, les Boers se soulevèrent contre la domination britannique, entraînant une guerre terrible où 30.000 femmes et enfants Boers périrent dans des camps de concentration. Les pasteurs Boers proclamèrent par la suite des lois ségrégationnistes qui leur donnaient le droit de dominer les Noirs. En 1948, cette ségrégation devenait systématique avec la mise en place de l’apartheid qui signifie en afrikaans « mise à part ».

Les Afrikaners qui ont institué le développement séparé des races ont créé les Bantoustans, régions autonomes réservées aux Noirs qui étaient privés des droits les plus élémentaires, torturés et emprisonnés dès qu’ils se rebellaient contre cet ordre unique.

Le jeune Nelson Mandela qui a lutté toute sa vie contre l’apartheid a reçu une éducation classique notamment à l’Université Fort Hare, la seule qui acceptait les Noirs, dont il fût renvoyé après avoirs acquis une bonne connaissance du droit. Il réussit à faire partie de cinq Cabinets d’avocats appartenant à des Blancs avant de s’installer lui-même. En 1943, il s’implique dans l’ANC (Congrès National Africain) qui avait été créé en 1912 pour s’opposer à la suprématie des Blancs. A partir de 1957, les deux nationalismes africain et noir entrèrent en collision, les Boers étant décidés à conserver leur contrôle du pays et à écraser l’opposition noire. Au sein de la communauté noire, Mandela se range du côté de ceux qui étaient favorables à une société démocratique et multiraciale.

Le 8 Avril 1960, après des massacres de la police sud-africaine contre des manifestants noirs à Sharpville, les partis nationalistes noirs fûrent interdits. Par réaction, Mandela fit adopter par l’ANC le principe d’une organisation militaire appelée « La lance de la nation » qui vise au renversement du pouvoir blanc par la force.
Pour financer l’organisation militaire, Mandela se rend dans plusieurs pays africains dont le Maroc où en 1961 à Rabat il organisa les premiers convois d’armes et de munitions pour l’ANC. Il devait revenir à Oujda en 1962 où il rencontra les leaders algériens Ahmed Ben Beela et Houari Boumediene réfugiés au Maroc. Il fût arrêté à son retour en Afrique du Sud, et condamné à cinq ans de prison. En 1963, il repasse en jugement pour possession de documents compromettants. La même année 1963 le Dr Abdelkrim El Khatib est intervenu auprès le Feu le Roi Hassan II pour le soutien du Maroc à la rébellion armée sud-africaine.

Le 20 Avril 1964, il se défend brillamment en déclarant « J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique, dans laquelle tous les hommes vivraient en harmonie et avec des chances égales ». Le 18 Juin 1964, Mandela est condamné à la prison à vie. Il purge sa peine dans des conditions inhumaines à l’île de Robben Island, puis en 1982 il est isolé six années durant à la prison de haute sécurité de Pollsmoor. En février 1985, le président Pik Botha lui offre la libération en échange de son retrait politique et d’un appel public à la cessation de la violence. Mandela refuse, comme il refuse encore en Novembre 1985 alors qu’il entre dans se vingt-troisième année de détention en répondant « Seuls les hommes libres peuvent négocier ».

Enfin en 1988, atteint de tuberculose il est transféré à le prison de Victor Verster dans des conditions beaucoup plus confortables. A partir de cette dernière date, l’Afrique du Sud est de plus en plus isolée sur le plan international et subit les effets catastrophiques des embargos. Le 1er Février 1990, le libéral Fréderic de Klerk qui a succédé à Pik Botha annonce au Parlement qu’il a décidé de libérer Mandela sans conditions. Le Prix Nobel de la paix sera attribué en 1993 à Nelson Mandela et Fréderic de Klerk, et en 1994 Nelson Mandela rendit visite à Feu le Roi Hassan II pour le remercier de son soutien. Pendant toute la présidence de Nelson Mandela de 1994 à 1999 et jusqu’en 2004, l’Afrique du Sud n’a reconnu ni le Polisario ni la RASD.

On peut attribuer sans discussion la qualification de « Héros absolu » à Nelson Mandela. Tout d’abord alors que jeune avocat, il aurait pû mener une vie confortable auprès d’une société où même les Blancs l’avaient admis, il a préféré la résistance à l’oppression que subissait sa communauté.  Il a défié l’Etat sud-africain bien plus fort que son parti l’ANC, en tentant de créer une organisation militaire. Il était prêt à sacrifier sa vie pour son idéal en déclarant en 1964 « C’est un idéal que j’espère défendre ma vie durant, pour lequel je suis prêt à mourir ». Il a subi vingt sept ans d’emprisonnement dans des conditions inhumaines sans jamais faiblir, notamment lorsque le président Pik Botha lui a offert la libération sous conditions. Il n’a exercé qu’un seul mandat de président de l’Afrique du Sud, alors que d’autres leaders politiques s’accrochent au pouvoir même lorsqu’ils sont très malades. Enfin sa grande œuvre a été la réconciliation raciale en préférant le pardon à la vengeance, ce qui a évité à l’Afrique du Sud une guerre civile.

Tout le monde s’accorde à dire qu’il a été un Chef charismatique, un humaniste hors pair, un homme de paix avec son regard doux et impérieux. Nelson Mandela restera pour l’Afrique et le monde entier un exemple à suivre, et un héros à l’instar du Mahatma. Ghandi, de Martin Luther King, du Dalai Lama, de Mohamed V et de Yasser Arafat.
 
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)


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