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Mokhtar Chaoui - publié le Samedi 27 Septembre à 11:08

NON ET NON ! JE NE M’EXCUSERAI PAS






Mokhtar Chaoui
Mokhtar Chaoui
Quand je vivais en France, je faisais partie de la communauté pointée du doigt, celle qu’on regarde de travers, dont on se méfie, qu’on fuit. Les préjugés ont la peau dure et les clichés sur les « bougnouls » bâtaient et bâtent toujours leur plein.

Qu’on le voulait ou non, il fallait composer avec le regard négatif, suspect et accusateur des autres. Nous n’avions d’autres solutions, nous les étudiants, que de nous montrer irréprochables. Irréprochables dans notre tenue ; irréprochables dans notre comportement ; irréprochables dans notre langage ; irréprochables dans nos relations ; plus irréprochables que l’eau de roche. Il fallait toujours être plus courtois que les autres, plus travailleur que les autres, plus sérieux que les autres, plus honnête que les autres, plus fidèle que les autres, plus viril que les autres, etc….

Bref, il fallait être impeccable dans tous les domaines. Et pourtant, il y avait toujours quelques uns pour nous faire comprendre, par la parole, le geste ou l’attitude que nous sommes les malvenus dans leur pays, que nous ne serions jamais acceptés, qu’il valait mieux que nous retournions à nos bleds. L’image de l’arabe, du musulman était ternie à tout jamais et il était impossible de renverser la tendance. Si un Mostapha commettait un hold-up, il fallait que nous nous excusions. Si un Bachir tuait quelqu’un, il fallait que nous nous excusions. Si un Ali tabassait son épouse, il fallait que nous nous excusions. Si un illuminé oblige sa fille à porter le hijab, il fallait que nous nous excusions. Si un marchand décide de vendre halal, il fallait que nous nous excusions. Les écarts de conduite de nos frères de sang nous atteignaient au plus profond de notre orgueil et il fallait toujours s’en excuser, pour eux, parce que nous avions les tares de porter des noms semblables, d’afficher une couleur de peau identique, de partager des références culturelles similaires. Il fallait toujours se désolidariser, expliquer, se justicier, montrer et démontrer. Pour quel résultat ? ZERO. Plus nous nous justifions, plus nous étions coupables. Plus nous expliquions, plus nous devenions suspects. A quoi bon continuer alors ?

De nos jours, on nous somme de nous désolidariser des monstruosités commises par l’Etat Islamique. Nous devons démontrer aux maîtres de ce monde que l’Islam est une religion de paix. Nous devons démontrer aux maîtres de ce monde que nous condamnons l’E.I. Nous devons démontrer aux maîtres de ce monde que nous sommes les premiers ennemis du terrorisme. Nous devons poster des selfys avec des phrases du genre : « Pas en mon nom », « Machi bismiyti », « Not in my name. », etc. Nous devons, pour la énième fois, nous désolidariser, expliquer, démontrer, crier « haro au amalgame ».

NON MESSIEURS, JE N’AI PAS A M’EXCUSER.
JE N’AI PAS A M’EXCUSER pour des fanatiques qui ne me représentent point, ni de près ni de loin.
JE N’AI PAS A M’EXCUSER pour des actes barbares commis au nom d’Allah.
JE N’AI PAS A M’EXCUSER pour que vous sachiez que je suis le premier à dénoncer toutes les ignominies, d’où qu’elles viennent.
JE N’AI PAS A M’EXCUSER pour que vous daigniez croire que le Marocain, l’arabe, le musulman que je suis n’est pas un terroriste-né.
JE N’AI PAS A M’EXCUSER pour que vous me bénissiez.
JE N’AI PAS A M’EXCUSER pour que vous m’acceptiez tel que je suis.
JE N’AI PAS A M’EXCUSER parce que je ne demande pardon que pour des erreurs que j’ai, moi-même, commises.
JE REFUSE de porter la Croix pour les crimes des autres.
JE REFUSE de torturer ma conscience pour des actes qui me sont étrangers.
JE REFUSE de me soumettre au dictat de ceux qui ont créé l’Etat Islamique, comme ils avaient créé Al Qaïda.
JE REFUSE d’être un pion sur l’échiquier des tortionnaires de l’histoire contemporaine.
JE REFUSE de me sentir coupable d’être ce que je suis.
JE REFUSE de continuer à me justifier, à chercher le pardon, à vouloir être accepté.

NON, NON ET NON. JE NE M’EXCUSERAI PAS.

Mokhtar Chaoui
écrivain



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