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LEMONDE - Mohammed Kenbib - publié le Lundi 21 Novembre à 11:34

Mythes et fantasmes de l'"occidentalisme" arabe




Existe-t-il, en réplique à l'orientalisme, une sorte d'occidentalisme entremêlant, lui aussi, mythes, stéréotypes, fantasmes et réalités ? Que peut-on observer à cet égard en examinant l'exemple du Maroc ? Appelé al Maghrib al-Aqsa au Machrek, ce pays a été pendant des siècles perçu par les Européens comme un avant-poste belliqueux de l'Islam.



Mohammed Kenbib
Mohammed Kenbib
Des Français se désolaient que l'Europe tienne tant à l'honneur de pénétrer jusqu'à Pékin mais se résigne à n'approcher ni de Fez ni de Marrakech. "L'arrogance des Maures" exaspérait au plus haut point les Européens. Seuls des esthètes comme Delacroix appréciaient de se retrouver face à "un peuple tout antique... et des personnages consulaires... auxquels il ne manque même pas l'air dédaigneux que devaient avoir les maîtres du monde".

Que reste-t-il de cet état de fait au vu des réalités que constituent aujourd'hui la quête par le Maroc de 10 millions de touristes, l'importance de la colonie européenne vivant sur son sol, le statut privilégié de la langue française, la présence en Europe de près de 3 millions de Marocains, le rêve d'émigration de nombreux jeunes et le naufrage de harragas au large de l'Espagne, pays symbolisant la porte d'accès à une sorte d'Eldorado alors que, naguère, l'Europe représentait une "terre de mécréance" n'inspirant que rejet et répulsion.

C'est précisément dans la lutte contre la poursuite de la Reconquista au Maroc après 1492 et l'occupation des ports du pays (Sebta et Melilla étant toujours sous domination espagnole) que se cristallisa le sentiment national marocain. La victoire sur le roi du Portugal, Don Sebastien, en juillet 1578 fut d'autant plus éclatante qu'elle vengea les Ottomans vaincus à Lépante par les Espagnols et les Vénitiens.

Traditionnellement, le chrétien, c'était d'abord le Portugais ou l'Espagnol. Le souvenir de l'Andalousie perdue entretenait la flamme anti-espagnole et stimulait les corsaires "salétins". En outre, et jusque vers 1880, des immigrés espagnols indigents donnaient de leurs compatriotes une image négative qui n'a changé qu'avec le décollage de la péninsule et l'inversion du courant d'émigration. Ce n'est qu'au XIXe siècle que s'est amorcée la distinction entre les nationalités européennes. S'imposa ainsi la France, présente dans l'Algérie voisine. L'Angleterre accueillait quant à elle des émigrés marocains et fournissait divers produits, dont le thé, devenu "boisson nationale". L'Entente cordiale et la politique britannique en Palestine n'en suscitèrent pas moins un fort sentiment d'anglophobie.

Arrogance des Occidentaux

Les Européens en imposaient au sultan et à la classe marchande. Bien que consommant des produits importés, en dépit de fatwas stigmatisant même le thé, les masses, pour leur part, stimulées par les victoires du mahdi au Soudan, ne se laissaient guère impressionner.

Les puissances avaient pourtant asséné au pays de violents coups de boutoir. Outre les pressions militaires, l'extension des privilèges capitulaires à des autochtones fut l'un des facteurs de désagrégation de ses structures traditionnelles. Les fatwas menaçant "des flammes de la géhenne quiconque prenait des Infidèles pour protecteurs et amis" ne ralentirent en rien la course aux patentes de protection consulaire et aux passeports européens.

La France se heurta de fait à une dure résistance entre 1912 et 1934. En rendant hommage à l'acharnement des tribus à défendre leur liberté et en faisant du respect de l'Islam l'un des fondements de sa politique indigène, le maréchal Lyautey a pesé dans la complexification de l'image des Français. Celle-ci variait évidemment selon qu'il s'agissait de "féodaux", de fellahs prolétarisés, d'anciens combattants, de juifs, ou de jeunes musulmans scolarisés dans les collèges créés par la "résidence".

Initiés aux philosophies des Lumières et aux idéaux de liberté et d'égalité, les nationalistes n'ont pas tardé à retourner contre le régime colonial ce qu'ils avaient appris en classe. Les clercs du XIXe siècle, eux, ne voyaient dans la "liberté" prônée par les Européens que libertinage et atteinte à l'ordre voulu par Dieu. Dans le contexte actuel, l'Europe reste un modèle pour bon nombre de Marocains. Mais cette même Europe est-elle consciente des implications de "l'arrogance de l'Occident", de sa métamorphose en forteresse entourée d'invisibles frontières et de l'ambiguïté de ses positions dans la défense des valeurs universelles ?


Tagué : Islam, Maroc

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