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Imane Altares - publié le Mercredi 23 Février à 04:47

Mon pays... Ma maison!




Le 20 février, date qui ne me semblait point aussi dangereuse qu’elle ne s’est avérée l’être finalement. C’était à mes yeux une date où il fallait faire un choix : sortir pour témoigner de son mécontentement et de sa volonté de constater une large réforme politique au pays, ou rester chez soi et ce sera le signe du confort, de la satisfaction et de l’adhésion au système.



Mon pays... Ma maison!
A cette heure, 1h du matin du 21 février, je me rends compte que le 20 février est une date dont les facettes ne répondaient pas à l’équation binaire que l’on nous faisait croire sur les forums, sites et réseaux sociaux. Le 20 février, à cette heure ci, je me rends compte que c’est la date de décès d’un parent ou d’un frère, la perte d’un emploi pour un père de famille, la blessure d’un fonctionnaire d’Etat à l’uniforme jadis protecteur, aujourd’hui à la quête de mains de sauveteurs aux urgences de l’hôpital Ibn Tofail !

Et puis d’abord, revenons à la fameuse équation binaire : Qui a décidé que c le 20 qu’il faut réclamer le changement, et pas un autre jour ? Qui a décidé que rester chez soi le 20 février serait un acte d’adhésion avec un gouvernement dit injuste ? J’ai décidé de rester chez moi, qui a le droit d’interpréter ma décision en tant qu’indifférence, adhésion ou encore encouragement ?

En ce 20 février, je me rends compte à quel point Nietzsche avait raison quand il a parlé du danger du troupeau, à quel point Rousseau a eu raison de définir les clauses du contrat social et pourquoi Ibn Machich et Ibn Arabi soulignaient l’importance de la correction de soi.

Le 20 février, s’il a représenté la date d’une marche pacifique de gens qui réclamaient au Royaume une remise en question de plusieurs de ses points faibles, elle a été la date d’une cruelle anarchie où vols, incendies, destructions, bombardements et crimes s’avéraient tout à coup justifiés.

Au Guéliz, zone de la place du 16 novembre, franchises et restaurants ont vu leurs façades se faire détruire. Pourquoi ? Selon quelques « militants » (que ce mot me permette de l’utiliser pour les désigner) sur des forums, ce sont des marques étrangères qui servent les intérêts d’Israel. Oui mais si c’est bien le cas, pourquoi se permet-on de dévaliser les étagères de ces franchises ? Ne représentent-elles pas des lieux de gagne-pain de plus d’une centaine de personnes ?

Non loin du Plaza, offices, supermarchés et autres établissements ont eu leurs lots de l’énergie débordante des manifestants. Encore une fois, vitres cassées, personnel agressé, marchandises volées etc.

Au quartier Sidi Youssef Ben Ali de Marrakech, des criminels se permettaient de verser le sang d’innocentes personnes avec des sabres. De quelle démocratie parle-t-on, quand on se permet pareilles boucheries auprès de ses confrères et concitoyens ? Dans le même quartier, un arrondissement de police se fait exploser par des bouteilles de gaz, sans parler d’établissements (RADEMAA notamment). Même le centre de santé n’a pas échappé à la barbarie des manifestants, où les médicaments et le matériel de soin ont fini en centres plutôt que d’être utilisés par des malades dans le besoin.

Et je me garde de me prononcer sur les autres quartiers (si je me contente de parler de ma ville) au niveau desquels je n’ai pas eu de témoignages directs.
On réclame une réforme pour un pays de droits et d’égalité, et on oublie qu’on est les premiers à manquer de respect à ce Royaume, avant d’en accuser les décideurs.

Je me rappelle encore les périodes des élections, où il était fréquent d’entendre en pleine conversation des suggestions de votes pour tel ou tel candidat sous prétexte qu’il est le cousin, le neveu ou le je ne sais qui dans une généalogie hors paire. A l’heure où j’écris cet article je repense encore à un voisin qui ne m’adresse plus la parole depuis les dernières élections parce que je n’ai pas voté pour lui.

Prétendre aimer son pays tout en semant l’anarchie dans ses recoins, condamner sa réputation dans le monde entier alors que c’est du tourisme dont se nourrit une grande masse de la population, agresser des innocents, des femmes et des vieux par sadisme, etc. Voila ce que nos chers compatriotes se sont permis de faire le 20 février 2011.

Je reconnais que certains manifestants ont témoigné d’une grande responsabilité, en participant à des marches pacifiques où le dialogue, le respect, la conviction et le partage étaient les mots maîtres. Cependant, quand je repense à ce qu’on a fait aux innocents je me pose la question, si urgente que la réclamation de cette réforme puisse être, pourra-t-elle justifier tout ce sang et tous ces honneurs?

Un jour je me suis permis de témoigner de ma fierté de mon pays, et une amie (si je peux l’appeler comme telle) m’a précisé que je faisais partie d’une bourgeoisie, qui a eu facilement accès à l’enseignement et à l’emploi et chez qui les moyens de subsistance ne posaient jamais problème. Elle avait peut-être raison, ça se trouve que j’ai toujours bien vécu dans un minuscule cocon où la vie était décente et les soucis étaient moins pesants qu’ailleurs. Cependant, je précise que personne n’est à l’abri du besoin. Il nous est déjà arrivé, ma famille et moi, de vivre des temps durs, de ne pas trouver de quoi payer un soin à l’hôpital, de réaliser que le frigo était vide et qu’il fallait rassurer la maman, de s’écrouler sous des dettes accablantes etc. Ceci dit, je reconnais avoir toujours été protégée par un flic quelque part, que j’ai pu grandir, étudier, manger et dormir dans un univers où la stabilité a toujours témoigné présence.

Je ne dis pas que notre système est parfait ou satisfaisant à 100%. Il a des points faibles, comme partout ailleurs. Ca m’a toujours enragé de constater qu’un Filali ou un Benjelloune a le droit de passer le concours d’une école en premier, ou qu’ils puissent être affectés dans un poste sans passer le moindre entretien d’embauche. Ca m’enrage de devoir donner des pourboires à l’arrondissement quand je réclame un papier qu’on est supposé là pour me donner.

Favoritisme, corruption, racisme, disparités sociales, problèmes de gouvernance, pouvoirs législatif et exécutif à revoir, partis politiques insoucieux et ministres déconnectés… Tout ça enrage, mais je donnerai ma vie pour savoir comment on croit surmonter tous ces problèmes si l’on tue son voisin, l’on casse les vitres des magasins et l’on brûle des offices ? Pensent-ils que ça secouerait le gouvernement, que cette violence qui interpelle les renforts interpellerait les esprits ? Si oui à quel prix ?

J’aime mon pays, j’aime mon Roi, et j’aime y vivre en paix. Je l’habite et il m’habite. De son terroir je me suis nourrie, dans ses rues j’ai paisiblement marché, dans ses écoles j’ai étudié et dans ses hôpitaux je me suis soignée.

On veut vivre dans une belle maison, mais au lieu d’améliorer celle qu’on habite déjà en prenant soin de chacun de ses recoins, on y allume du feu sous prétexte qu’on veut construire une nouvelle. On oublie, que la construction prend du temps, et qu’en attendant de voir le toit prendre forme, on vivra à la belle étoile, sans toit.



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