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Kareem Elbayar - CGNEWS - publié le Jeudi 27 Décembre à 08:57

Modérés: charité bien ordonné commence par soi-même




Kareem Elbayar - "Ô les croyants ! Observez strictement la justice et soyez des témoins (véridiques) comme Dieu l'ordonne, fût-ce contre vous mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. Qu'il s'agisse d'un riche ou d'un besogneux, Dieu a priorité sur eux deux (et Il est plus connaisseur de leur intérêt que vous). Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice. Si vous portez un faux témoignage ou si vous le refusez, [sachez que] Dieu est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites." (Coran 4.135)



Washington - Dans son édito daté du 7 décembre dans le The New York Times, Ayaan Hirsi Ali posait la question suivante: où sont les musulmans modérés? Elle parvenait à la conclusion que la notion même de "majorité musulmane" relevait de l'utopie. Du côté de la droite américaine, un bon nombre de commentateurs en vue ont repris cette affirmation à leur compte. A en croire les avis exprimés sur le site internet du New York Times, elle serait aussi partagée par l'Américain moyen. Mais l'idée, hélas répandue, selon laquelle le musulman moyen ne fait rien pour condamner les abus commis au nom de notre religion ou, pire encore, les applaudit secrètement, est non seulement réductrice et ignorante – elle est aussi dangereusement fausse.

La vaste majorité des 1,5 milliard de musulmans de la planète sont en fait des gens épris de paix qui rejettent l'extremisme violent et la terreur. On trouve de ces musulmans modérés partout autour de nous, depuis cet avocat, le mari de la femme violée en Arabie Saoudite, qui a exprimé, avec elle, sa honte et sa révulsion devant la décision des tribunaux de son pays; il y a aussi la délégation de musulmans britanniques qui s'est rendue au Soudan pour travailler, avec le député Ghazi Suleiman, à la libération de l'institutrice au "nounours" (et prouver que, bien loin de relever du respect dû à l'islam, toute cette affaire avait été gonflée pour détourner l'attention internationale de la situation au Darfour); ou encore les centaines de milliers de musulmans et d'organisations musulmanes aux Etats-Unis et de par le monde qui ont tenu à condamner sans réserve les faits rapportés par Ayaan Ali.

Avec désinvolture, Ayaan Ali oublie de citer tous ces autres faits dans son article. De même, elle assène un verset du Coran, hors de tout contexte, pour dépeindre un monde en noir et blanc qui ne serait peuplé que de musulmans extrémistes et d'Occidentaux civilisés. Oui c'est vrai, Mme Ali, la sourate 24.2 prescrit un châtiment sévère pour l'adultère – mais le verset 4 exige la présence de quatre témoins oculaires (exigence de preuve pratiquement impossible à réaliser) et, ce qui est encore plus important, le verset 5 précise que le châtiment ne doit pas être infligé à ceux qui se repentent sincèrement. (Autant pour votre affirmation selon laquelle le Coran ordonne aux croyants de ne témoigner d'aucune compassion.)

Mme Ali se hisse à la une des journaux grâce à des écrits polémiques qui font de l'islam une "religion rétrograde", "un nouveau fascisme". Mais les organisations musulmanes comme la mienne, Muslims for Progressive VALUEs, continueront, silencieusement mais efficacement, de tout faire pour contrecarrer les inepties haineuses qu'on enseigne trop souvent, hélas, comme le véritable islam. Ces organisations musulmanes modérées, voire progressistes, on les trouve un peu partout dans le monde. Mais nous, nous sommes trop occupés à travailler au sein de nos communautés, à diffuser un message de réforme et de tolérance, pour avoir le temps de nous "révolter et exprimer notre horreur", comme Mme Ali voudrait que le fassions, chaque fois qu'un désaxé commet un crime au nom de notre foi. Et d'ailleurs, pourquoi le ferions-nous? Serait-ce que Mme Ali voudrait que moi-même et mes coreligionnaires passions notre temps à nous excuser pour les actes des zélotes? Je ne le ferai pas, car je ne porte pas plus qu'elle la responsabilité de ces actes.

Je le disais, des musulmans modérés et progressistes, on en trouve partout. Mais nous sommes ignorés et marginalisés par les médias et par les commentateurs comme Mme Ali. On dirait qu'à notre époque moderne de mégaoctets et de formules lapidaires, la diatribe stridente et ignorante couvrira toujours le débat calme et raisonné. Si Mme Ali est sincèrement en faveur de la tolérance parmi les musulmans, peut-être devrait-elle perdre moins de temps à écrire des tartines au vitriol contre l'islam et en consacrer plus à se rapprocher de groupes comme le Council on American-Islamic Relations, Muslims for Progressive VALUEs, Al-Fatiha, et Sisters in Islam. La seule façon d'empêcher le "conflit de civilisations" de s'autoréaliser est de construire des ponts entre nos communautés.
Diffuser une caricature en blanc et noir de la réalité ne rend service à personne – surtout pas à tous ces musulmans tolérants que Mme Ali semble ne voir nulle part.

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* Kareem Elbayar est le vice-président de Muslims for Progressive VALUEs.


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