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Nilam Suri - publié le Samedi 28 Septembre à 11:47

Miss Monde 2013 en Indonésie : une occasion pour les conservateurs de s’engager






Miss Monde 2013 en Indonésie : une occasion pour les conservateurs de s’engager
Djakarta – « Notre position est claire : nous sommes opposés au déroulement de Miss Monde en Indonésie », affirme Amidahan Sabera, président du Conseil des Oulémas indonésiens (MUI), expliquant qu’« exposer son corps dans un concours de beauté est tout simplement contraire à l’islam ». L’édition 2013 de Miss Monde qui a lieu en Indonésie (du 8 au 28 septembre) suscite en effet une grande polémique dans le pays. D’autres organisations religieuses, comme le Front des Défenseurs de l’Islam (FPI) ou encore le Parti de la Libération, Hizb ut-Tahrir Indonesia (HTI), ont également condamné ce concours. Ils le trouvent irrespectueux des valeurs islamiques et condescendant vis-à-vis des femmes - qu’ils estiment rabaissées dans ce genre de manifestations.

Je suis musulmane et pourtant, je considère les concours de beauté comme une forme de divertissement télévisé parmi d’autres. Pour de nombreux Indonésiens, le fait que notre pays accueille le concours Miss Monde est même plutôt flatteur : c’est un grand coup de projecteur sur l’Indonésie.

Mais évidemment, tout le monde n’est pas du même avis et on ne peut pas imposer son opinion aux autres. Alors, comment trouver un terrain d’entente malgré les divergences ?

Je pense que l’élection de Miss Monde 2013 est justement l’occasion idéale pour ses détracteurs indonésiens - qui considèrent cet événement comme un exemple parfait de l’exploitation des femmes – de proposer l’introduction de valeurs alternatives dans les critères de sélection. Ces propositions qui tiendraient compte de ces valeurs tout en étant plus inclusives du point de vue culturel pourraient même s’appliquer à d’autres concours similaires.

« Partout où nous allons, nous tâchons de toujours respecter les opinions et les sensibilités locales. Nous essayons vraiment de ne pas faire de faux-pas et de n’offenser personne » dit Julia Morley, présidente de Miss Monde.

L’organisatrice de l’événement a d’ailleurs fait quelques concessions pour cette édition 2013, en supprimant le défilé en bikini pour être plus en phase avec la culture indonésienne. Elle a également déplacé l’événement, prévu au départ à Djakarta et à Bogor (sur l’île de Java), à Bali, destination touristique accueillant des vacanciers du monde entier et dont la population est majoritairement hindoue.

De nombreux groupes continuent néanmoins de s’opposer à l’événement même si les concours de beauté sont finalement assez courants chez nous – on peut citer notamment Princesse indonésienne (Putri Indonesia) et Miss Indonésie dont la seule différence avec les concours internationaux est l’absence de défilés en bikini.

Le 18 septembre, la Nigériane Obabiyi Aishah Abibola a remporté la couronne de Miss Monde Muslimah à Djakarta. Eka Shanti, qui a crée ce concours de beauté en 2011, explique que « Miss Monde Muslimah est la version musulmane de Miss Monde ». « Cette année, nous avons fait exprès d’organiser notre concours juste avant la finale de Miss Monde pour montrer qu’il existe des concours alternatives pour les musulmanes » précise-t-elle. Une vingtaine de femmes venant des quatre coins du monde ont participé à cet événement et les gagnantes ont été sélectionnées selon plusieurs critères, tenant compte de leurs connaissances religieuses et de leur capacité à réciter le Coran.

Miss Monde Muslimah est la preuve que les concours de beauté sont universels et qu’ils ne connaissent pas de frontières religieuses ou nationales. Les femmes peuvent y participer indépendamment de leur nationalité, de leur ethnicité et de leur religion. Miss Monde et Miss Monde Muslimah ont chacune leur place dans l’univers des concours de beauté ; libre au public de choisir celle qu’ils préfèrent.

Cependant, organiser un événement pour en contrer un autre ne fait que pousser les différentes parties à camper sur leurs positions.

Miss Monde 2013 représente une occasion exceptionnelle. Il faut en profiter pour travailler avec les organisateurs, ainsi que d’autres organismes, afin de mieux faire connaître les valeurs indonésiennes et les incorporer davantage dans les critères de sélection, tout en réfléchissant à des solutions qui résoudront les points problématiques.

La cérémonie d’ouverture de Miss Monde 2013 comprenait un défilé en costumes traditionnels indonésiens. Cette initiative a apporté une touche culturelle intéressante à l’événement et devrait être imitée dans d’autres concours internationaux. On pourrait aussi s’intéresser davantage à la personnalité des participantes et tenir compte avant tout de leur intelligence et de leur attitude plutôt que de leur corps.

Le concours Miss Monde de cette année fournit le prétexte idéal pour l’Indonésie qui peut montrer qu’elle est une nation honorable, qui respecte ses hôtes malgré leur différence de religion et de culture, tout en contribuant à un événement de renommée internationale.

Les solutions qui arrangent tout le monde existent bel et bien. En 2005, lorsque certains Indonésiens se sont opposés à la participation de la Princesse indonésienne à Miss Univers pour représenter l’Indonésie, les organisateurs de ce concours ont décidé d’en changer les règles et d’opter pour un défilé en costume de bain une pièce au lieu de l’habituel bikini.

Il est toujours possible de trouver des solutions de ce genre quand il s’agit de concours internationaux, ce qui risque d’ailleurs de changer la façon dont les concours de beauté sont organisés dans le monde. L’Indonésie a l’occasion en ce moment de faire en sorte de rendre les concours internationaux pus inclusifs sur le plan culturel.

* Nilam Suri est romancière et rédactrice en chef d’un magazine féminin indonésien en ligne. Article écrit pour (CGNews).


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