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Abderrahman Benhamza - publié le Dimanche 6 Mars à 22:56

Ministère de la Culture: la culture de l'éclectisme




Emarrakech - Abderrahman Benhamza: Récemment s’est tenue à Téhéran ( Iran ) une exposition à laquelle ont pris part des peintres marocains. Une autre (celle-là toute marocaine) se tient aujourd’hui à Rotterdam ( Hollande ) ; elle se veut, dit-on, un aperçu global de l’art marocain depuis les précurseurs à nos jours, avec un volet design pour diversifier le panorama.



Là comme ailleurs et telle qu’on la conçoit, la représentativité plastique marocaine prétend répondre à une politique d’ouverture et d’échange, enrichissante cela va sans dire.
La question qui se pose ici n’est pas de savoir précisément qui expose, où et à quelle occasion. Ce qu’on ne comprend pas, au sujet de ces manifestations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, entreprises souvent de manière unilatérale, c’est que le ministère de la Culture au Maroc a toujours donné du moins l’impression, sinon la certitude de monopoliser la promotion de l’art et de la culture, opérant un élitisme le moins qu’on puisse dire affligeant parmi la gent plasticienne et intellectuelle.
C’est qu’on a appris, à l’enseigne de l’exposition en Iran, comme de celle de Londres il y a deux ans, comme de la Genap et aujourd’hui celle de Rotterdam, que le vrai décideur en matière d’art au Maroc, c’est tout simplement le chef de cabinet du ministre de la Culture, lequel n’ est autre que le président de l’association artistique AVAA, celle-là née avec la nomination dudit ministre à la tête de son département, il y a à peine six ans. Cela se comprend alors que priorité en soit donnée d’abord aux membres adhérents d’AVAA et à ceux qui en partagent les vues pour représenter le Maroc, surtout que tous les partenariats signés par le ministère au profit de cette association l’ont été sans condition et sans le moindre obstacle.
N’y a t-il pas d’autres associations nationales d’artistes peintres tout aussi remarquables pour goûter au miel des mêmes privilèges ? Faudrait-il qu’il y ait chez nous plusieurs ministères de la Culture avec chacun sa propre AVAA pour entrer dans une loyale et honnête concurrence ? Pourquoi ce ministère s’est-il toujours, depuis qu’il est là, montré plus « avaaïste » qu’ « anapéiste » (par exemple )? Simple ! C’est que l’AVAA a des projets, et des plus consistants, tandis que l’ANAP, elle, n’en a pas, allègue t-on du côté du ministère. Mais c’est ce qu’on veut croire. Or l’ANAP, de projets, elle en a toujours eu pleins les dossiers ; c’est écrit et consigné dans ses correspondances ; c’est le ministère qui n’a jamais voulu leur donner suite, alors que, paradoxalement, nombre d’institutions étrangères contactées à cet effet y ont répondu favorablement.
Sur quels critères se base t-on donc pour toujours avantager les gens d’AVAA ou ceux de l’AMAP, sa sœur de lait, ou de ceux qui leur sont proches ? Parce que, c’est imposer à la barbe de tous, profanes et connaisseurs, une vision des choses réductrice, tendancieuse et arbitraire ; cela fait même douter de la fiabilité de cet art qu’on cherche à montrer, où l on n’y voit plus que l’oeuvre d’un lobby indécrottable.
Est-ce que les Marocains ne sont pas fatigués de toujours afficher la même peinture, une peinture à relents paysagistes, d’avant-guerre, une peinture d’importation, pratiquée déjà au temps du Maroc colonial ? C’est à croire que le Marocain fait perdurer une situation de fait où il se voit transformé en un « néo-colonialiste » qui s’ignore. Et le ministère de cautionner mordicus cet art d’aliéné, de l’ériger en prototype, « faisant comme par hasard le jeu de l’ambassade de France », selon l’anecdote d’un éminent chercheur.
Même chose pour nos « abstraits » : on continue de confisquer les rêves de l’autre à coups d’artifices, de sensibleries, de plagiats inavoués, de puiser dans son imaginaire sous prétexte de patrimoine universel, de se gargariser de ses concepts coruscants mais empoisonnés, car ils nous désolidarisent de l’essence même de notre identité.
Car, à quoi cela va-t-il servir de copier un Soulages, un Hartung, ou un Pollock ? Une imitation ne vaudra jamais l’original. Et l’on ose parler de modernité plastique ! On ose, alors que certains ne savent même pas lire et écrire ! Alors que l’abstraction est affaire de réflexion, de culture, d’intellection. Tous les grands mouvements abstraits qu’a connus l’histoire sont nés d’un cause déterminée, synthèse d’un vécu assumé, aboutissant à des ruptures riches en débats, où se reconnaissent les vrais talents, les vraies intelligences, où l’art est appelé à se renouveler par la force des choses.

Qu’est-ce donc cinquante ans d’art (dans le sens institutionnel du terme) pour un pays comme le Maroc ? Plutôt parler d’art naïf, ou d’artisanat, ce serait plus proche à l’entendement que de peiner à d’amphigouriques abstractionstoutes. A moins qu’on ne veuille comprendre, côté création, qu’aujourd’hui partout dans le monde, il y a un retour significatif à la figuration. Cela s’appelle : la nouvelle figuration. Autrement dit, continuer de maintenir une politique de deux poids deux mesures et de soutenir d’obscurs « extra-culturels », c’est se couvrir tout simplement de ridicule et s’y complaire !


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