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Jaafar Hanafi - publié le Mercredi 8 Juillet à 14:46

"Mecanico Sargento Moro"






Il est des problèmes qui peuvent arriver à tout le monde. Ceux qui ont une voiture doivent sûrement avoir de petites histoires de moteur, avec de petits mécaniciens de fortune. Cela existe dans tous les métiers, y compris chez les architectes, les médecins, politiques ou autres… Ces derniers peuvent eux aussi être de fortune, même si des fois ils font beaucoup de fortune ! Ils auront sûrement droit à un petit article. En attendant, appréciez l’itinéraire qui vous conduira chez un mécanicien hors pair.

Vous aurez l’occasion de circuler sur des voies, goudronnées plusieurs fois parce que détériorées juste après. Il semble que la science en est arrivée là et personne n’y peut rien.

Vous empruntez par la suite une piste, une suite logique d’une voie mal goudronnée, dont toutes les maisons qui la longent sont parfaitement alignées (chacune pour soi). Cela donne une piste sinueuse, rocailleuse et poussiéreuse. La poussière a au moins résolu cette question qui a fasciné les plus grands savants de l’histoire de l’humanité : la matière est-elle continue ou discontinue ? La matière est continue et le vide absolu n’existe pas parce qu’il est pris d’assaut par la poussière. Au bout de la piste, vous trouverez un mur très aveugle couleur brique et sur lequel sont éparpillées quelques lettres, chacune s’évertuant d’affirmer sa propre personnalité. Si vous lisez «Mecanico Sargento Moro », vous êtes à la bonne direction. Sitôt le capot ouvert, «Sargento Moro » ordonnera à des petits, mi-Ali mi-Zaoua de démonter tout ce qui est démontable jusqu’à trouver l’erreur. Pendant ce temps, il vous sera conté l’un des épisodes les plus mouvementés de l’histoire contemporaine.

En 1924, 34 ou 44, «Sargento » ne se rappelle plus de la date exacte, «Los Republicanos » étaient sur le point de chasser «Los Rojos » et en finir ainsi avec cet épisode. Toutefois, l’histoire a cette fâcheuse manie que de trébucher de temps à autre avant de reprendre son cours normal. Le char derrière lequel claudiquait «Sargento Moro » tomba en panne. Ce fut aux alentours du «Réal de Madrid » où sur les massifs surplombant le «F.C. Barcelone ». Là aussi il ne se rappelle plus du lieu exact de l’incident. Sans réfléchir comme à l’accoutumée et ne pouvant supporter le report de toute une guerre pour une date ultérieure, il mit ses cordes vocales au service des alliés : «Ecoutes moi bien, mets la vitesse en deuxième, on va te pousser ». José le conducteur rétorqua «Cabron ! Ça c’est un char et non une voiture ». A l’époque, il était «Cabran » et ne faisait pas la différence avec «Cabron ». Sinon, il aurait saboté toute cette maudite guerre et l’histoire contemporaine avec. Mais cela ne l’empêcha pas de mijoter quelques insultes dans son cerveau n’épargnant ni «Los Rojos », ni «Los Republicanos » et encore moins leurs familles. Il sauta à l’intérieur du moteur pour n’en sortir que 5, 10 ou 50 minutes plus tard. Encore un trou de mémoire. « C’était le gicleur, essayez maintenant ». Une première tentative, et le char démarra. La clameur retentit dans les contrées les plus lointaines et même au-delà de plusieurs mètres, l’histoire reprit son cours normal et c’est là où il fut promu «Sargento ».

Sitôt cet épisode raconté, « Sargento » enchaine sur des ambitions qui le taquinent depuis quelque temps, celles que d’être un élu et pourquoi pas président : « notre commune ne peut plus continuer dans cet état, il faut la redémarrer ». Il fait part de cette grande nouvelle à sa femme. Celle qui n’arrête jamais de vanter les mérites de son mari mécanicien, et qui se voit déjà femme du président. Les élections sont encore loin et le secret doit être de mise. Alors sa femme chuchote dans les oreilles de sa meilleure amie : « mon mari sera le prochain président, ne le dis à personne ». Sa meilleure amie, chuchote dans les oreilles de sa meilleure amie : Le Mari à Fadma sera le prochain président, ne le dit à personne »…, l’information arrive ainsi dans les coins les plus reculés de la commune, dans le secret total.

« Sargento » garde lui aussi le secret, ne partageant cette information qu’avec son meilleur ami et ainsi de suite. Quelques jours plus tard, Sargento » sent les regards scruter ses pas, les oreilles intercepter ses dires et un grand intérêt porté sur lui. Désormais, il doit changer son look, ses habitudes et s’accommoder avec cette nouvelle donne, celle que d’être dans la peau d’un futur président. Il rentre dans un costume et jure de n’en sortir qu’après les résultats. Il commence par former son équipe de compagne. Tous recrus au sein de sa clientèle du garage. L’équipe est soudée et se déplace en groupe pour impressionner.

Le premier exercice est de choisir le parti politique. Le chameau est déjà pris. Le lion aussi. Le lapin lui cherche preneur. Il n’a jamais présenté de candidats dans cette commune. L’accord est signé et la liste est dressée, avec « Sargento » bien sûr en tête.

Ils doivent désormais sillonner toute la commune, n’épargnant aucune occasion : cérémonies de mariages, baptêmes, circoncisions… Dans les mosquées ils sont derrière l’Imam, dans les funérailles en première loge, dans les conflits avec les plus forts…

Sargento devra confectionner un programme. Son parti n’en a pas. Il élabore alors un programme et son contraire pour toucher l’ensemble de la population.

Les adversaires ne présentent aucun danger, sauf un groupe de barbus qui n’arrêtent pas de pérorer ce qu’ils ont appris la veille sur des chaines satellitaires. Un seul point faible. Leur chef a déjà des antécédents dont le plus voyant est cette petite aventure avec une femme mariée qui lui colle farouchement là ou il va.

Pour financer la campagne les victimes ne manquent pas. Il y a d’abord ceux qui se sont fait refuser une autorisation par le président actuel. Puis ceux dont l’unique préoccupation est de faire tomber des têtes. Puis ceux et ceux…

Sa femme use à fond des réseaux sociaux pour faire parvenir le message. Des réseaux traditionnels qui n’ont rien à envier à ceux qui meublent nos petits écrans : Les foyers féminins, le Hammam, les cérémonies…

La campagne officielle commence et «Sargento» a une grande longueur d’avance sur ses adversaires. La stratégie est si bien ficelée que même Obama adversaire ne verrai que du vent.
Le Souk est le lieu privilégié pour marquer la différence. Avec son costume flambant vieux et une cravate s’efforçant de trouver un équilibre, « Sargento» sillonne le Souk avec derrière, ses collaborateurs, les curieux, une horde d’enfants qui avec une brouette, qui avec des sacs en plastic, scandant son nom et brandissant le petit lapin. Il passe devant des camions exhibant majestueusement leur derrière vantant les délices d’une pomme de terre dorée. Il leur garanti un parking avec du goudron dernier cri. Il passe devant des étals de poissons. Il leur garantit de l’eau douce et de l’eau de mer. Il passe devant des femmes qui exhibent des touffes de persil, de menthe d’absinthe, de et de… il leur lance un sourire, un regard du coin de l’œil tout en brandissant le petit lapin, cela suffit largement. L’approche genre a toujours été son genre. Sa femme le sait. Il passe devant et devant… et le tour est bouclé…

Le jour du scrutin, les voitures sillonnent les pistes de bout en bout, laissant derrière une poussière rendant la visibilité nulle. A la fin de la journée, le petit lapin émerge de cette poussière en vainqueur et la bataille est gagnée. L’heure est à la fête et tout y passe. Sur une table réunissant ses plus proches, un méchoui qui comme cette histoire, n’a ni tête ni queue, ferme le cortège. Il faudra passer au plus sérieux.

Il compose un bureau d’union communale avec des barbus, des mi-barbus, des moustachus, des rasés et une femme. Il leur délègue tous les pouvoirs et s’occupe d’une autre bataille qui le mènera droit au parlement et éventuellement à être premier secrétaire du parti.


Tagué : Jaafar Hanafi

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