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Bertrand Fanche - publié le Vendredi 13 Septembre à 16:10

Massacre d'Achraf : pas vu pas pris ?




C'est un peu toujours la même histoire. Pendant que le monde, par l'intermédiaire des médias, a les yeux rivés sur la Syrie, il en oublie qu'ailleurs aussi on mutile l'humanité de façon industrielle. La faute aux médias, victimes de ce que Pierre Bourdieu appelait la "circulation circulaire de l'information", phénomène né de la course à l'audimat aboutissant paradoxalement "à "l'uniformisation et à la banalisation" du contenu ? Peut-être.



Massacre d'Achraf : pas vu pas pris ?
Toujours est-il que cette donnée semble désormais intégrée par les régimes autoritaires de tout poil, qui profitent du contre-jour dans lequel la mise sous projecteur d'un pays confine le reste du monde pour perpétrer, dans l'ombre, exactions et atrocités en tous genres.

Achraf, Irak. Depuis 1986, une poignée de moudjahidines du peuple, principale force d'opposition au régime de la République islamique d'Iran, a trouvé refuge dans ce petit coin de désert situé à 100 km au Nord de Bagdad et à quelques dizaines d'encablures de la frontière iranienne.

Jusqu'en 2003, ces membres militants de la diaspora iranienne ont le soutien du régime irakien. Puis Saddam Hussein dévisse, les forces américaines font pleuvoir les bombes sur le camp, tuant 61 résidents. On ne sait pas trop pourquoi. Manière de s'assurer a priori que leurs exigences futures seront respectées ? Peut-être. Le 22 avril 2003, l'Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI) signe avec l'armée américaine un accord de désarmement. Plus de 2000 chars, blindés ou pièces d'artillerie leur sont confisquées. Quelques mois plus tard, le Pentagone place les 3200 membres de l'OMPI résidants à Achraf sous le statut de "personnes protégées". C'est le début d'une période d'accalmie. Elle durera 6 ans.

1er janvier 2009. Le Pentagone transfère le contrôle du camp d'Achraf au gouvernement irakien. Manière à peine voilée de se défausser ? Pas vraiment, les Américains s'assurant de loin du respect de l'accord de protection, mais quand même, il y a un peu de cela. A Achraf, on redoute le pire. On n'a plus rien pour se défendre, et puis il faut dire qu'on n'a pas vraiment les faveurs du nouveau régime irakien. La suite le montrera assez.

Dès le mois de juillet 2009, le camp est victime d'une première attaque. Elle fait écho aux manifestations ayant lieu à Téhéran contre la réélection d'Ahmadinejad, manifestations que ce dernier accuse l'OMPI d'avoir téléguidées. Un nouvel escadron de la mort irakien se rend à Achraf deux ans plus tard, en avril 2011, et s'acquitte de sa sordide mission. Cette seconde attaque a lieu quelques semaines après une nouvelle série de manifestations s'inscrivant dans le prolongement des premières. En tout, 47 personnes sont assassinées. Pas besoin de dévoiler des trésors de perspicacité pour deviner que les irakiens agissent ici sous l'impulsion d'un premier ministre, Nouri al-Maliki, en cheville avec Téhéran.

Et puis il a eu dimanche 1er septembre 2013. A l'aube, une poignée de militaires irakiens fait irruption dans le camp passablement déserté. Des 3200 membres de l'OMPI, il n'en reste qu'une centaine, le gros des troupes ayant été transféré au camp de Liberty. Sur ces 100, 52 perdront la vie, le corps criblé de balles de mitraillettes, quand ils ne sont pas exécutés de façon sommaire, à genoux, mains attachées dans le dos, d'une balle entre les deux yeux. L'un après l'autre. A bout portant. Froidement.

Cette tuerie était prévisible. Alors que tous les objectifs des journalistes sont braqués sur le chaos syrien, créant une bulle d'envergure privant le reste de cette région du monde de couverture médiatique, le moment semblait en effet tout indiqué pour commettre un petit massacre à huis-clos. Plusieurs demandes de renforcement de la sécurité du camp émanant de ses occupants avaient d'ailleurs été formulées dernièrement, en vain. Silence assourdissant de la communauté internationale. Silence de Catherine Ashton, haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l'UE. Silence de Martin Kobler, représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU en Irak.

Au lendemain de l'attaque, les médias n'ont fait que peu de cas de ce qui ressemble pourtant à s'y méprendre à un crime contre l'humanité, donnant raison aux prédictions du régime iranien. Une cinquantaine de cadavres dans le désert irakien, oui, bon, rien que de très banal. Presque dérisoire, au regard de ce qui se passe en Syrie. Le gouvernement irakien a promis une "commission d'enquête". Le quai d'Orsay a condamné la tuerie. Voilà, voilà. Conditionnée par les inflexions de la machine médiatique, véritable quatrième pouvoir, la communauté internationale ne semble pas vouloir prendre le cas des Iraniens réfugiés en Irak à bras le corps.

Pourtant, faut-il rappeler ici qu'avant d'ajouter leurs noms à une liste macabre, les tués d'Achraf étaient des hommes et des femmes combattant et dénonçant l'intolérable simulacre de démocratie ayant cours en Iran ? Faut-il attendre que la situation s'envenime en Iran dans les mêmes proportions qu'en Syrie pour qu'il y ait réaction ? C'est à craindre. Ca ne manquera pas.


Tagué : Bertrand Fanche

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