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Mohamed Takadoum (bouliq) - publié le Lundi 24 Juin à 19:40

Maroc télécom : une réussite marocaine ou pas tout à fait ?




En voyant les images à la télévision de l’inauguration de la tour de Maroc Télécom au quartier Hay Ryad à Rabat par Sa Majesté le Roi Mohammed VI , un sentiment de « bittersweet » m’a envahi mêlant en temps de la fierté avec un pincement au cœur



Maroc télécom : une réussite marocaine ou pas tout à fait ?
La fierté d’abord car, en plus de la joie de voir Sa Majesté en plein forme suite aux calomnies sur son état de santé pendant son séjour en France (voir à cet effet mon précédent article sur ce site), l’inauguration de cette tour illustre le développement fulgurant des télécommunications dans notre pays car le nombre d’abonnés dépasse actuellement le nombre de la population du pays.

Il faut rappeler que dans ce domaine, le Maroc revient de loin. A l’indépendance en 1956, le pays comptait 105 000 lignes téléphoniques de toutes natures. Plus de vingt ans après en 1977, ce nombre a doublé certes mais restait dérisoire avec 210 000 de lignes téléphoniques. Dans les années 70, le Maroc n’a cessé d’accumuler des retards dans ce domaine et les télécommunications commençaient à constituer un sérieux handicap pour le développement économique et social du pays. Tant les investisseurs que les touristes réclamaient un service notamment téléphonique de qualité, ce qui n’était nullement le cas. Ne parlant pas des particuliers pour lesquels avoir un abonnement téléphonique était perçu comme un privilège.

D’où l’idée de réfléchir au début des années 80 à un nouveau mode de gestion des télécommunications. C’est ainsi que les études réalisés ont conduit à la création de I’ONPT (l’Office National des Postes et Télécommunications) en 1984. La création de ce cet office va constituer un tournant essentiel dans la mise à niveau et le développement de ce secteur grâce aux investissements massifs qui y ont été injecté et qui ont conduit au début des années 90 à une numérisation presque totale du réseau. C’est cette numérisation qui a permis toutes les avancées technologiques que connaitra ensuite le pays avec Maroc Télécom créé par la loi de 1998.

De ce fait, les télécommunications ont joué et continuent à jouer un rôle moteur dans le développement économique et social du pays et c’est une évidence tant dans l’industrie que dans les services dont le commerce et le tourisme. Le versement d’une contribution conséquente au trésor public au titre de royalties ou à l’impôt sur les sociétés en fait une manne essentielle pour les finances publiques.

Mais cette réussite des télécommunications en général et de Maroc Télécom en particulier ne peut occulter une autre réalité objet de mon pincement au cœur.
Le pincement au cœur et qui a suscité chez moi une certaine amertume a pour origine l’image de M.Fourtou (président du conseil de surveillance de Vivendi) qui accompagnait le souverain lors de cette visite à coté de M.Ahizoune président de Maroc Télécom. Je n’ai rien contre l’homme ( M.Fourtou co-président du groupe d’impulsion franco marocain) qui a fait et continue de faire énormément de choses pour la promotion de l’investissement au Maroc , mais c’est plus dans la symbolique et en rapport avec la société Vivendi que l’image m’a interpellé.

En effet, cette image rappelle que Maroc Telecom est certes une société marocaine mais à capitaux étrangers et fait partie de ce fait des actifs de Vivendi à hauteur de 53% car l’état marocain n’en détient plus que 30 %. Qui plus est, Maroc Télécom dont la rentabilité n’est plus à démonter est une entreprise à vendre non pas parce qu’elle est en difficulté mais à cause des difficultés financières de la maison mère qui préfère sacrifier cette « pépite » plutôt que de se pencher sur les questions ayant entrainé son endettement excessif.

Ce n’est nullement du nationalisme borné ou une appréciation idéologique à l’aune de la mondialisation et de l’ouverture des marchés. La cession de Maroc Telecom se traduit chaque année par une sortie de devises au titre de versements de dividendes à l’étranger qui dépassent plus d’un demi-milliard de dollars annuels et ce depuis plusieurs années déjà ce qui signifie que la société Vivendi a déjà récupéré sa mise pour l’achat de Maroc Télécom. Cette sortie de devises est préjudiciable à l’économie nationale alors les réserves en devises du pays s’amenuisent se situant à quatre mois d’importation actuellement et trois mois une année auparavant. Dans ces conditions, la détention de Maroc Telecom par des capitaux étrangers interpelle. Aurait-on pu faire autrement ? Autrement dit, l’état devait-il garder le contrôle de Maroc Telecom en restant majoritaire dans cette société éventuellement avec des capitaux marocains ?

L’idée qui a prévalue au moment de la session de Maroc Télécom est qu’il fallait s’adosser à un opérateur de référence en plus d’un besoin pressant du trésor en liquidités. Or il était possible de s’adosser à un partenaire de référence avec une participation minimale permettant à l’état de garder la main (éventuellement avec des privés marocains) sur un secteur stratégique, de réaliser une bonne opération financière et surtout d’éviter le versement de dividendes substantielles à l’étranger alors que le pays à un déficit structurel de la balance des paiements. De plus, l’émergence de géants mondiaux des Télécoms dans certains pays montre que ceux-ci n’avaient pas éprouvé le besoin de s’adosser à des acteurs dits de référence pour se développer et atteindre une dimension mondiale.

De plus, les télécom dans le monde ont atteint actuellement une vitesse de croisière avec une modélisation et une normalisation à la portée de tous les pays qui peuvent s’acheter la technologie. Les chinois notamment sont entrain de tout banaliser et de mettre les technologies, les plus performantes dans ce domaines à la portée de tous les opérateurs télécom dans le monder. L’histoire du partenaire stratégique ou de référence n’a plus aucun sens.

On ne peut malheureusement jamais refaire l’histoire mais on doit s’en inspirer pour corriger les erreurs du présent. Cela ne semble pourtant pas être le cas dans ce secteur notamment avec Méditel et la montée en charge dans le capital de cette société de France Télecom.



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