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Mohamed Takadoum - publié le Jeudi 28 Novembre à 15:48

Maroc : Pour une remise en cause du système moyenâgeux de la "kafala" dont souffrent nos compatriotes dans les pays du Golfe




Les marocains travaillant dans les pays du Golfe y compris des cadres supérieurs et des sportifs de haut niveau sont confronté au système de la « kafala » qui les place automatiquement sous la tutelle d’un « kafile » local. Cette situation conduit à des aberrations frôlant parfois « l’esclavage » puisque les passeports des intéressés sont retenus par le « kafile » qui peut leur interdire de quitter le pays ou de changer de travail.



A l’origine, le terme kafala s’apparente à une tutelle ou à une délégation d’autorité parentale qui s’applique à des enfants mineurs abandonnés. Cette tutelle disparait avec la majorité de l’enfant. Dans les pays du golfe, cette notion s’applique aux émigrés dans ces pays.

Des milliers de travailleurs migrants essentiellement originaires du sous-continent indien partent pour les pays du Golfe, avec un permis de travail, obtenu dans leur pays d’origine à travers des agences d’embauche. Mais en vertu de la Kafala , les travailleurs doivent être parrainés par un employeur pour pouvoir entrer dans les pays du Conseil de Coopération du Golfe. Cette procédure qui vise à priori à prévenir l’entrée sur leur territoire de migrants sans papiers à la recherche d’un emploi finit, en réalité, par se retourner contre un grand nombre de travailleurs étrangers une fois en place.

En effet, l’immigré se trouve sous la coupe du « kafile ». Ce tuteur lui retire son passeport et lui fournit une carte de travail qui fait fonction de pièce d’identité. Il n’a droit à aucune activité à caractère syndical ou autre visant à défendre ses droits. Le kafile a tous les pouvoirs sur son salarié et les deux parties ne bénéficient pas du même traitement devant la loi du pays d’accueil.

Pour la Confédération Syndicale Mondiale et dans un article du 29 février 2012 ; il est temps de venir à bout du système de parrainage des pays du golfe. Ainsi, parlant des émigrés dans les pays du golfe cet article rapporte que :
« Beaucoup d’entre eux ignorent que le simple fait de quitter un emploi pour en chercher un autre peut entraîner de profondes frustrations, des abus de pouvoir de la part des patrons, voire, dans certains cas, des peines de prison.

La situation est encore pire pour les travailleurs et travailleuses domestiques, qui se voient confinés entre les quatre murs du domicile où ils travaillent, sans pouvoir disposer de leur passeport, qui a généralement été confisqué par l’employeur. De tels cas d’abus et de manipulation par les employeurs sont rarement rapportés par des femmes, vu qu’il leur est impossible de s’échapper. Celles qui réussissent à s’enfuir et n’ont nulle part où se réfugier se retrouvent dépouillées de tout statut légal et seraient exploitées en tant que prostituées ou vendues à d’autres employeurs par des intermédiaires.

D’après des représentants syndicaux des pays du Golfe, les demandes des travailleurs seraient rejetées ou simplement ignorées. Et comme il a été mentionné auparavant, les employés qui soumettent des demandes finissent dans certains cas derrière les barreaux suite à de fausses accusations déposées par l’employeur en guise de représailles. À moins de d’abord faire appel à l’intervention des autorités, les travailleurs et travailleuses migrants n’ont aucune chance de débouter l’appareil judiciaire, étant dépourvus des droits de citoyens.

Le système de parrainage est assorti d’une difficulté supplémentaire résultant de la tendance généralisée chez les employeurs à confisquer les passeports de leurs employés – malgré les lois en vigueur qui condamnent cette pratique - spoliant, par-là même, ces derniers de leur liberté de mouvement et de leur pouvoir de négociation. Même en ayant rempli les formalités exigées, il est impossible pour les travailleurs et travailleuses domestiques de quitter leur employeur, au risque de se convertir en sans-papiers et d’être passible de détention et finalement de déportation. »
Etant dans une position de soumission juridique à son « Kafile » ou tuteur, l’émigré perd toute marge de liberté et donc sa dignité. Les contrats de travail deviennent de simples contrats de « soumission » objets d’abus comme celui du cas des travailleuses indiennes prisonnières.

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter au système de gouvernance notamment aux Emirats Arabe Unis et au Qatar. Selon un article publié en 2009 par la revue Hérodote de géographie et de géopolitique.
« Au sommet de la pyramide, un émir et sa famille ont tous les pouvoirs ; la limite entre leurs biens personnels et les biens de l’État est très floue. Le statut de la propriété de la terre à Dubaï ou à Doha est incertain. Aucune règle claire, seul un usage est reconnu : en dehors des zones urbanisées, la terre appartient clairement à l’émir ; en ville, la terre a pu être achetée ou offerte. L’émir organise donc son territoire comme il l’entend, ce qui explique des réalisations urbaines planifiées à l’instar d’un chef d’entreprise et dont les projets parfois pharaoniques traduisent la toute-puissance. La population de souche est la seule à disposer d’une citoyenneté accompagnée de ses droits et devoirs.

Elle bénéficie alors des largesses de l’émir et de sa famille qui se traduisent par de multiples avantages économiques et sociaux, notamment de celui hérité des règles islamiques d’adoption d’enfants, à savoir la « kafala » Tout travailleur étranger, mais aussi toute entreprise étrangère, est ainsi sous tutelle, comme un enfant. La « kafala » permet aux citoyens nationaux de jouir des gains d’une entreprise implantée sur son sol (en possédant la majorité des parts capital) ou d’exercer un pouvoir sur les travailleurs immigrés. »

Ce système de gouvernance moyenâgeux porte donc en lui toutes sortes de dérives y compris une sorte d’esclavage des temps modernes pour les travailleurs étrangers vivant dans ces pays. Que ce système puisse exister est une aberration en soi, mais que la « muerta » qui l’entoure, notamment par les organismes concernés comme la commission des droits de l’homme de l’ONU est scandale.

Il est temps pour nos pouvoirs publics dans le cadre des commissions mixtes nous liant à ces états de revoir cette question pour nos compatriotes qui se trouvent dans ces pays notamment en les dotant de contrats de travail en bonne et due forme et en leur permettant de circuler librement.



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