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Abdelhak RIKI - publié le Mardi 24 Avril à 15:11

Maroc : La crise au cœur de l’élite « bourgeoise » francophone




Aujourd’hui, au Maroc, une approche est en cours de diffusion dans les médias, les cercles économiques et sociaux et parmi l’élite. On tente de véhiculer des idées, d’affiner des arguments et d’organiser des ripostes à une soi-disant tentative d’ « islamisation » de la société marocaine et en particulier des médias officiels, en l’occurrence les radios et télévisions publiques.



Maroc : La crise au cœur de l’élite « bourgeoise » francophone
Cette opposition frontale serait l’apanage d’un courant, « moderniste », « libérale » et « progressiste », incarné par une partie de l’élite «  bourgeoise » francophone vis-à-vis, semble-t-il, d’un modèle passéiste et arriéré, incarné par le gouvernement actuel, dirigé par le Parti Justice et Développement – PJD, parti islamiste -.

En apparence, de beaux mots, de belles formules, la défense des libertés, du modernisme et des idéaux de progrès. Notons au passage que les mots ou concepts utilisés forment partie d’un paradigme représentatif d’une réalité historique, mieux, d’une tranche de l’histoire de l’humanité et aussi de la France, qui a vu les peuples s’élever contre toutes les formes de tyrannie et de despotisme et aspirant à la libération de l’Homme et de son émancipation pour être un acteur actif dans les sociétés modernes actuelles.

Malheureusement, ici, chez nous, au Maroc, les mots comme les réalités sont appropriés, utilisés et canalisés vers d’autres fins et d’autres objectifs.

Je m’explique. Je suis Marocain. Fière de l’être à l’instar des millions de compatriotes. Je suis arabophone car je manie la langue du Coran. Je suis francophone, car je manie la langue de Voltaire. Mais francophone, grâce à l’école publique et à l’instruction d’antan. Je suis hispanophone car je manie la langue de Miguel de Cervantes. Hispanophone par mes origines rifaines. Là c’est le choix du hasard et de la géographie.

Je ne suis pas bourgeois, plutôt petit-bourgeois, plus précisément de la frange inférieure de la petite bourgeoisie rognée par la crise et en cours de prolétarisation, si le gouvernement en place ne s’y prend pas à temps. Je suis Berbère et fière de l’être. Musulman, aujourd’hui, pratiquant. Défenseur d’un islam lucide et tolérant.

Quant aux idéaux de progrès et de société moderne, c’est plutôt du coté de mon positionnement politique, démocrate de gauche. La bourgeoisie européenne était porteuse de ces idéaux durant sa phase d’ascension. Aujourd’hui ce sont d’autres couches sociales qui s’en réclament.

Donc, je suis, un Marocain épousant les idéaux de modernisme, de libéralisme et de progrès. Et pourtant, je ne m’identifie nullement avec ceux qui de nos jours s’expriment avec fracas au nom du « courant francophone, libérale, moderniste et progressiste » et qui prétendent batailler dur contre toutes les dérives du gouvernement présidé par le secrétaire général du PJD.

Mais, je dois avouer, aussi, que ce qui me distingue de ce courant, c’est la politique. Ou plutôt le positionnement politique.

Recentrons le débat sur les faits, positions et déclarations de cette élite « bourgeoise » francophone.

Pour évacuer tout préjugé, le mot « bourgeois » n’est nullement utilisé dans son sens péjoratif. Loin de là. Il n’est pas utilisé dans le sens marxiste du terme. Je me considère comme démocrate convaincu. J’adhère aux institutions de mon pays et je prône le changement citoyen à travers cette belle arme qu’est le bulletin de vote et qui permet comme aurait dit le philosophe, le même droit à l’imbécile qu’au prix Nobel. Le mot « Bourgois » est utilisé dans un sens d’affinement de l’analyse.

Quant à l’utilisation du mot « francophone », c’est dû au fait que cette élite a eu dans son immense majorité, une éducation dans les meilleures écoles, lycées, universités, écoles supérieures, Françaises, tant au Maroc qu’en France. Même si certains ont eu la possibilité d’accéder à d’éminentes universités anglaises et américaines, ils se considèrent viscéralement francophones. C’est une culture, un état d’âme. Est-il utile de préciser qu’on considère l’élite « bourgeoise » arabophone et berbérophone comme étant acquise ou potentiellement acquise aux thèses des islamistes.

En parlant d’élite enfin, dans le sens qu’ils sont instruits, disposant de postes de travail ou de fonctions bien vus dans la société.

Ils étaient parmi nous, sans faire de bruit, vaquant à leurs nombreuses occupations. Ils sont « apparus », tout d’un coup, dès l’annonce des résultats des dernières élections législatives, du 25 novembre 2011, qui ont consacré le PJD comme première et grande force politique du Maroc.

Le ton a été donné par l’écrivain marocain francophone Tahar Ben Jelloun. Il a signé début décembre 2011, une tribune dans le journal « Le Monde » au titre « surréaliste » ; « Maroc: l’islam doit rester dans les mosquées ». Utiliser des paraboles pour assombrir des situations inexistantes et irréelles. Le titre suggère l’idée d’un Maroc ou l’islam est cantonné dans l’unique sphère de la mosquée et que la venue du gouvernement du PJD viserait à généraliser à toutes les autres sphères de la société à travers le transfert de l’islam des mosquées vers les instances étatiques, institutionnelles, économiques, politiques, éducatives et culturelles. L’islamisation est en marche. Insidieuse idée.

Or la réalité est tout autre. L’islam a de tout temps investi toutes les sphères de la société marocaine. Un islam qui n’a jamais été un frein dans la progression historique du Maroc. Au contraire, il a été un catalyseur formidable des énergies dans les moments les plus pénibles de l’histoire de notre pays. L’époque coloniale récente, à titre d’exemple.

A l’antipode de ce que suggère Tahar Ben Jelloun, ce qui manque, aujourd’hui, à la société marocaine, c’est cette culture, cette ambiance, cette spiritualité qui plane dans les mosquées. Ce qui fait la force de la mosquée et qu’on ne retrouve pas à une grande échelle dans la société, c’est ce respect sans failles de l’autre ; c’est cette acceptation de la promiscuité de l’autre, riche ou pauvre, culte ou analphabète,  actif ou chômeur, jeune et vieux, noir ou blanc, de gauche ou de droite, islamiste ou salafiste ; c’est cette purification du corps et de l’âme ; c’est la spiritualité ; c’est la fraternité ; c’est cette écoute silencieuse, active et attentionnée ; c’est le respect du silence ; c’est cette parole de « Salam - paix » déclinée à droite et à gauche … etc.

Oui, ce qui manque à la société marocaine ce sont toutes ces valeurs et ces vertus qui malheureusement se cantonnent dans l’enceinte des mosquées et n’arrivent pas, ou peut-être certains ne veulent pas qu’ils sortent des murs des mosquées. Le jour où ils le feraient, la révolution culturelle serait en marche et l’impact sur les sphères politiques et économiques n’auraient pas de prix, en termes de PNB et d’indices sociaux.

Ensuite, il y a eu tout le tollé autour des festivals, de la liberté de conscience, de la liberté individuelle, de la liberté de création… Là aussi, un faux débat. Car ce qui est en jeu, aujourd’hui, c’est le combat pour la conquête de ces libertés, une conquête définitive. Ce qui manque, aujourd’hui, c’est les moyens pour permettre à notre formidable jeunesse, filles et garçons, de créer, imaginer et innover. Ce qui manque, aujourd’hui, c’est l’être marocain instruit, cultivé, respecté, homme et femme, pouvant se hisser vers de nouveaux horizons et de nouvelles utopies. Je ne suis pas nihiliste. Je le dis haut et fort. La société marocaine, grâce aux luttes et sacrifices de ces dernières années, dispose d’un espace de liberté, lui permettant d’avancer fermement vers la société de droit, des libertés, du savoir et de l’innovation.

La palme est revenue à l’un des dirigeants d’un parti d’opposition parlementaire qui a déclaré avant même la fin des cent jours du nouveau gouvernement de l’échec imminent de la coalition en cours et de sa disposition à incarner une alternative au PJD. En insistant sur le fait que son parti dispose d’hommes d’Etat soucieux de la stabilité du Maroc !

A ma connaissance, les électeurs marocains ont élu un parlement pour un mandat. Le Roi, conformément à ses prérogatives constitutionnelles a nommé comme Président du gouvernement, le secrétaire général du Parti vainqueur de ce scrutin. Une coalition a été constituée et un gouvernement nommé par le Roi et ayant eu la confiance du Parlement. J’imagine, que jusqu’à la fin du mandat, le gouvernement sera dirigé par le PJD dans le cadre de cette coalition ou d’une autre. En cas d’impossibilité, il serait logique de revenir au peuple pour dégager le nouveau premier parti appelé à assumer la fonction de présider le gouvernement.

C’est ma conception. C’est celle que je défends. D’autres ont un penchant vers un passé récent où toute majorité numérique parlementaire était susceptible de diriger le pays.

Enfin, la sphère médiatique vit aujourd’hui au rythme d’un débat sans précédent sur la soi-disant tentative du jeune ministre PJD de la communication, d’islamiser les radios et télévisions marocaines.

La riposte, à ce niveau-là, est passée à un degré supérieur. Une riposte fortement organisée, bien planifiée et des visages, de fortes têtes et bien pensantes, à découvert.

Mais ce qui a manqué à tout cet orchestre c’est une bonne partition musicale. En somme, de bons arguments. Mais surtout, la crédibilité.

Certains ont joué sur le ton d’un coup d’Etat médiatique. Un retour sur une télévision moderne. Des arguments courts pour le Marocain qui connait bien la réalité de ces radios et de ces télévisions.

D’autres sont allés sur un autre air, celui de l’indépendance et du professionnalisme des médias concernés. Là aussi, le Marocain avertit sait que ces arguments sont mal placés dans ce débat.

En réalité, ce qui se passe, c’est une préparation de combats futurs entre le gouvernement issu des urnes et ceux qui ont peur pour leurs postes et leurs privilèges acquis en d’autres temps avec d’autres moyens.

Ce qui est en jeu, c’est le respect du choix des Marocains, ce qui est en jeu, c’est le respect de la démocratie et le bon fonctionnement des institutions. Ce qui est en jeu, c’est aller de l’avant ou stagner et régresser.

Qu’on soit pour ou contre le gouvernement dirigé par le PJD, tout démocrate doit défendre le droit. Le droit de ce gouvernement a mené sa politique et son droit à appliquer son programme. C’est le bon fonctionnement des institutions qui permet aussi de disposer d’une forte et crédible opposition et le respect du renouvellement du mandat ou de l’avènement de l’alternance à la fin du mandat du pouvoir exécutif. Toute autre politique serait porteuse de dangers imprévisibles.

L’occasion est propice pour l’opposition parlementaire de se positionner et de se démarquer. C’est le moment de vérité.

Quant à ma position personnelle sur ce sujet, qui me concerne à plus d’un égard, étant moi-même directeur de publication d’une revue en langue espagnole « Marruecos Siglo XXI » est la suivante : Je défends le droit du ministre de la communication à mettre en œuvre son projet médiatique. C’est une nouveauté dans notre pays. Je défends le respect des institutions. Je m’arroge le droit de défendre une radio et télévision publiques, pluralistes et crédibles. Je suis favorable au débat contradictoire mais dans le respect des sphères et des prérogatives de tout un chacun.

Et dans l’avenir, je suis favorable comme c’est le cas dans certains pays démocratiques, à ce que la radio et télévision publiques fassent l’objet d’un consensus entre la majorité gouvernementale et l’opposition parlementaire tant au niveau du cahier des charges que de la nomination des principaux dirigeants ou conseils d’administration par un vote des 2/3 du Parlement.

Au vu de ce qui précède, il apparaît que les enjeux réels sont politiques et économiques. Ce n’est ni l’islamisation ni la laïcité, ni le modernisme ni le passéisme qui sont en jeu. Encore moins une question d’indépendance et de professionnalisme des médias.

La question centrale est celle de l’opposition de deux camps, celui d’une transparence dans l’action politique, le respect du droit et des institutions, c’est le camp démocratique qu’il soit présent au sein du gouvernement ou dans l’opposition parlementaire et de l’autre, le camp défendant, des intérêts de « rente » et des positions de « privilèges », incapable de muter et de s’adapter aux temps nouveaux. Il a tort et il est en train de perdre du temps et de l’énergie.

Ce dernier camp s’est accaparé le « modernisme », le «progrès », la « liberté »  et la « francophonie » à des fins propres à sa stratégie. Pour se rapprocher du monde occidental et de la France en particulier et se distinguer du « peuple » prêt à épouser les idées passéistes.

Ce courant est en passe de vivre une crise importante en son sein. Une crise des valeurs. Ce courant « bourgeois » a eu toujours la vie facile. Ses membres se plaisent à se retrouver ensemble dans les salons feutrés d’ici et d’ailleurs. Un camp qui a oublié la vertu du travail et de la souffrance. Un camp qui s’imagine au-dessus de la mêlée et de la société. On a de beaux exemples de certains responsables dans des administrations et organismes publics et privés qui regardent d’en haut « leurs » collaborateurs, « leurs » personnels, « leurs » salariés.

On m’a raconté une fois comment un haut responsable a refusé de s’assoir à la même table de négociations avec un syndicaliste dont le père était « chaouch » au sein de la même entreprise. Et pourtant, le syndicaliste avait une formation solide, était un moderniste éclairé, un francophone mais du côté du quartier latin, mais avait épousé de manière consciente la défense des causes justes.

Oui, la crise traverse le cœur de notre élite « bourgeoise » francophone. Surtout dans une phase de grande crise du modèle français. Une crise de la France. Non seulement une crise économique et financière, mais surtout une crise sociale, morale et éthique.

Un président de la République Française sanctionné par les électeurs lors de ce premier tour de l’élection présidentielle du dimanche 22 avril 2012. Pour sa politique économique et sociale mais surtout pour le Fouquet’s, la tentative vaine de « placer » son fils et ses attitudes « napoléoniennes » pour ne citer que ces exemples. Ceci du côté de la droite.

Pour la gauche, en particulier les socialistes, une affaire DSK qui n’en finit pas de faire la une des journaux Français et partout dans le monde. Il était donné favori pour cette même élection présidentielle.

Et cerise sur le gâteau, une radicalisation de la société autour des thèses du parti de l’extrême droite du Front Populaire propulsé à la troisième place avec 6,4 millions de voix portées en faveur de Marine le Pen à 9% du score de Nicolas Sarkozy. Un véritable séisme en France et en Europe. Aussi du côté de chez nous. J’espère que ça donnera à réfléchir à notre élite « bourgeoise » francophone. 

C’est une crise, celle d’une frange de notre élite nationale, j’espère, salutaire. Car comme bon démocrate, je suis convaincu du rôle et de l’utilité de cette élite. Mais, elle est appelée à créer les conditions d’un printemps arabe dans son univers, à traverser ses propres zones de turbulences et diriger l’avion vers la destination MAROC. C’est une nécessité et une obligation. Elle doit procéder à une mise en branle de ses idées et convictions. Se trouver d’autres repères. Universels certes, mais aussi locaux et du terroir.

Oui, elle doit saisir ce moment pour décider de son avenir et en partie de l’avenir de notre pays. Elle peut faire les frais du débat stérile et de l’affrontement inutile. La raison et l’intelligence ne manquent pas parmi ses membres.

Le Maroc y gagnerait beaucoup. La société serait plus forte, d’en haut et d’en bas.

Abdelhak RIKI
Cadre de Banque


Tagué : Maroc, PJD

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