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Omar El Bacha - publié le Mardi 11 Octobre à 10:17

Maroc: L’abstentionniste, fauteur de troubles






Maroc: L’abstentionniste, fauteur de troubles
Au Maroc, comme partout ailleurs en démocratie, le vote est un droit mais pas une obligation juridique pour l’électeur. C’est, tout au plus, un devoir civique ou moral n’entrainant aucune sanction pénale ou financière, en cas d’abstention. Par théorie ou par pratique, le citoyen marocain a fini par intérioriser ce fait et, se sachant assuré d’une impunité totale, il a fait de l’abstentionnisme son moyen d’expression par excellence et un élément perturbateur favori qu’il utilise à outrance, durant toute échéance électorale.

A chaque fois qu’il en a l’occasion, l’abstentionniste  oppose une voix aphone au tintamarre politique que mènent, tambours battants, les différents acteurs du suffrage universel marocain. Que ce soit dans le cadre de la bipolarité entre un conservatisme fossilisé et un libéralisme asocial ou dans celui, plus flou et plus poreux, des alliances de circonstance et des politiques d’entente, le schéma comportemental de l’abstentionniste marocain ne change pas d’un iota. Il reste en dehors du système politique, fidele à lui-même et aux principes qui sont les siens: ne pas participer au scrutin afin de ne pas en cautionner les résultats. 

D’autres abstentionnistes nationaux suivent à peu-près le même cheminement mais pas pour les mêmes raisons. Ils agissent par manque d’éducation civique, par phobie de la chose publique ou tout simplement par désintérêt. Si les motivations diffèrent, elles aboutissent finalement toutes au même résultat: la non participation au vote.    

Un taux d’abstention anormalement élevé 
Le taux d’abstention des législatives, du 7 octobre 2016, est de 57 % selon le ministère de l’intérieur, d’autres inversent l’ordre des chiffres et avancent le pourcentage de 75 %. Il y a certainement erreur sur la méthode de calcul puisque ne sont considérées comme s’étant officiellement abstenues que les personnes, inscrites sur les listes électorales, qui ne se sont pas déplacées pour s’exprimer et non les électeurs potentiels, à savoir la population marocaine de plus de 18 ans. Le chiffre de 57 %, manifestement annoncé par les autorités marocaines, semble, à cet effet, plus proche de la réalité.

Indépendamment de la faible participation qui est de 43 % et abstraction faite du degré de crédibilité que ce taux confère au scrutin, le pourcentage de l’abstention fait figure de véritable camouflet pour toute la classe politique marocaine, si l’on se fie aux commentaires railleurs des analystes et aux conclusions acerbes des observateurs. Il dépasse les prédictions les plus pessimistes des partis et crache à la face de tous les acteurs politiques l’insignifiance que leur voue un corps électoral, exaspéré et dégoûté par les discours décousus des uns et les chamailleries, au caractère profondément personnalisé, des autres. 

Beaucoup de politiciens semblaient tellement obnubilés par les obligations de résultats qu’ils ont oublié les réalités du peuple qu’ils sont censés représenter. Ils n’ont décidément réussi qu’à mettre encore plus de distance entre eux et un corps électoral que, par essence autant que par intérêt, ils sont supposés séduire et intéresser à la politique.

Les raisons d’un abstentionnisme annoncé
Il est plus que nécessaire de se pencher sur les raisons profondes derrière l’émergence de l’abstentionnisme au Maroc. De l’avis de ses adeptes, ce phénomène n’est pas nouveau et a toujours constitué une voie véritablement dérangeante, empruntée par les sans-voix pour faire entendre leur voix à des politiciens souvent sourds aux doléances de leurs électeurs. Les faits leur ont donné raison puisque, grâce au taux majoritaire de 57 % qu’ils ont pu s’octroyer sur l’échiquier politique national, les abstentionnistes se sont érigés en véritables vedettes des élections. Et s’ils n’ont pas directement participé au scrutin, ils s’en sont tout de même imposés et sortis fortifiés par le véritable poids que leur concède leur taux d’absentéisme.

D’après les échos et les impressions recueillis avant, durant et après les législatives, il apparait que le corps électoral national a perdu toute foi dans la représentation politique à résoudre les problèmes auxquels sont quotidiennement confrontés les Marocains. L’alternance ne représente plus, au sens du citoyen, qu’une autre opportunité pour une autre catégorie de politiciens de s’accaparer les richesses du pays. Les privilèges disproportionnés indûment accordés à certains pour prétendus services rendus à l’Etat; les passations abusives de terrains et autres biens publics à des élus ou à leurs proches; les atteintes aux mœurs par les donneurs de leçons d’hier; le nombre croissant de scandales et de malversations financières sont autant de motifs ayant contribué à soutirer le peu de crédibilité qui restait à une classe politique narcissiste, querelleuse et calculatrice. 

L’alternance, qui ne peut apporter remède aux problèmes majeurs d’une population exsangue, ne mérite donc pas le déplacement de l’électeur, semble penser notre abstentionniste national. De ce point de vue et compte tenu des exactions et dysfonctionnements dûment enregistrés, le taux anormalement élevé de l’abstentionnisme était plus que prévisible. Il est tout à fait symptomatique du trouble de comportement dont souffrent incontestablement la société marocaine et ses représentants.   

Des gagnants, malgré tout
Dans sa quête au pouvoir, le parti de la justice et du développement a bien essayé de tourner le devoir de vote en obligation religieuse afin de culpabiliser et d’inciter l’électeur indécis à voter en sa faveur; mais même ce mensonge ne lui a pas permis de ratisser large. Il n’a pas pu transformer la voix populaire en voix de Dieu tel le fameux ‘Vox populi, vox Dei’ pratiqué par certaines institutions religieuses en occident. Le spectre électoral du parti n’a donc pas beaucoup varié par rapport à celui de 2011, ce qui ne l’a pas empêché de glaner le plus grand nombre de sièges et de caracoler ainsi en tête du suffrage exprimé. 

Le refus, net et catégorique, des abstentionnistes de voter, conformément à la pratique démocratique en vigueur dans les pays développés, n’a fait que servir les intérêts de ce parti rétrograde. Il a permis à ses parlementaires enturbannés de rafler la mise électorale. Ils s’en sont donnés à cœur joie dans un échiquier politique déserté par la majorité de ses occupants. L’abstention massive du corpus électoral national a livré au parti de la lampe un mandat qui, d’ors et déjà, s’annonce sombre pour le pays. En agissant de la sorte, les abstentionnistes ont condamné tout le monde à subir les flatulences politiques, économiques et sociales des barbus, tout au long des cinq années à venir. Tout le monde risque d’y laisser des plumes, vu leur palmarès durant la législature passée.

En attente de la composition et de la validation de leur prochain gouvernement de coalition, les élus du parti de la justice et du développement n’arrêtent pas de se pavaner dans le champ politique national et font la roue à chaque coin de circonscription électorale. Ce n’est certainement pas la longueur ni la couleur de leur barbe qui les en empêcheront! Ce qui est réconfortant, par contre, c’est que toutes les composantes sociales du pays, y compris nos abstentionnistes nationaux, partageront les fâcheuses conséquences engendrées par l’absentéisme d’une grande frange de l’électorat marocain. Tous, sans exception, seront dans l’obligation de faire le dos rond durant toute la période de la législation en devenir. Feront-ils le roseau face à la furie islamiste? Ce qui est sûr c’est qu’avec le gouvernement prochain, nul ne peut se hasarder à prédire ce que l’avenir réservera au Maroc.    

Beaucoup de travail, en perspective
La fédération de la gauche démocratique sur laquelle devaient se déverser les votes des abstentionnistes s’ils avaient pu changer d’avis n’a, quant à elle, pas pu rallier à son projet politique cette puissante armée électorale communément appelée ‘majorité silencieuse’. La base électorale marocaine est tellement traumatisée, par le comportement des acteurs politiques traditionnels, qu’elle a développé une méfiance et une défiance presque animales envers tout parti politique, quelque soit sa nature, sa propreté ou sa crédibilité. La fédération de la gauche démocratique ou la 3ième voie, nouveau venu dans l’arène politique nationale, en a fait les frais. Les deux sièges engrangés par ses députés, bien que bons à prendre, ne répondent pas aux attentes des adhérents et sympathisants, et encore moins aux ambitions avouées des dirigeants du parti.

Afin de remédier à cette situation et dans la perspective de sereinement préparer l’avenir politique de la fédération, élites et adhérents doivent, dès à présent, procéder à un véritable travail de thérapie sur de larges couches de la société marocaine. Ils doivent leur faire reprendre goût à la participation politique, en leur apportant notamment le capital-confiance nécessaire à cette démarche. 

Cadres et bases du parti ont cinq longues années devant eux pour réussir cette prouesse civique. Ils ont toute une période législative pour faire de leurs politiques, de proximité et d’exemplarité, un remède thérapeutique psychosocial, à destination des abstentionnistes. En effet, les efforts doivent prioritairement cibler les abstentionnistes qui, du haut de leur piédestal et au firmament de leur pouvoir, n’arrivent pas encore à réaliser que, de par leur désengagement politique, ils ne causent que tort et préjudice au pays qu’ils pensent défendre. Ils doivent se rendre à l’évidence, ils sont perturbateurs et certainement pas réformateurs pour un sou. A bon entendeur, salut! 

Omar El Bacha.
Amsterdam. Pays-Bas



Source : http://www.blog.ma/Maroc-L-abstentionniste-fauteur...



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