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Karim El Maghribi - publié le Samedi 8 Septembre à 11:19

Maroc : Comment l’économie informelle arrange en fait les affaires de l’Etat




Je n’évoquerai pas l’exemple bateau des « moul el carossa», ces marchands ambulants qui font (depuis toujours) partie intégrante du décor urbain, suburbain et rural. Assez tapé donc sur ces pauvres bougres ! Par contre pour montrer l’hypocrisie des l’Etat et des médias sans perdre de vue certains chefs d’entreprises dites modernes ou organisées, je m’en tiendrai à deux exemples précis. Pas un de plus ! et que voici, sans jeu de mots, dans le désordre : Le transport clandestin et la contrebande.



Maroc : Comment l’économie informelle arrange en fait les affaires de l’Etat
Sans aller plus loin que chez moi, il suffirait de faire un tour, à n’importe quel jour vers 20h00 GMT, à la place dite d’El Aouina (Fontainette en bon français). Pour les mordus des mystères toponymiques j’apprends que ce lieu qui se situe au niveau de la trémie du boulevard Brahim Roudani, environ au commencement du boulevard Yacoub El Mansour à Casablanca, doit son nom à un ancien petit filon d’eau qu’on a enterré plus tard sous les déblais. Depuis l’indépendance, cet espace  – servait et sert encore – de terminus et de point de départ aux taxis collectifs à destination de la ville d’El Jadida (ex-Mazagan). Je ferme la parenthèse. Je disais donc que dès la tombée de la nuit dont le noir s’impose brutalement comme un rideau de fer à cause de l’éclairage public qui est plus que défaillant, toute une faune de transporteurs clandestins débarque à la que leu-leu et en file indienne pour chercher le chaland en mal de bus et de taxis. Il faut dire que les files d’attente des grands taxis (les pionniers du low cost terrestre) sont plus interminables, aux heures de rush, que les fameuses queues devant les boulangeries à Moscou au temps de Brejnev.  Equipé de son triporteur made in China ou d’un multispace voire parfois d’une petite voiture citadine, le « transporteur souterrain » est vite entouré par une foule de gens qui se battent pour s’engouffrer dans le véhicule qui peut selon son format peut prendre jusqu’à sept passagers sans le chauffeur : quatre derrière, deux dans le coffre et un à l’avant, car il ne faut pas trop narguer les flics dont les rondes sont assez fréquentes dans le coin. Le transporteur à l’insu du plein gré de qui de droit peut ainsi empocher jusqu’à 100 dirhams (9 euros) par voyage, dont la distance varie entre 5 et 15 km. Une jolie somme tout bénef surtout quand ledit transporteur informel est un chauffeur d’une société qui fait des heures supplémentaires à l’insu ou au su de son employeur. Pour quoi au su ?  Parce que ce dernier payé au Smig  (environ 160 euros par mois) pour 10 à 12 heures de travail, son boss ne pourra que fermer les yeux sur la débrouillardise forcée de son employé, même si ces heures de boulot extra sont de nature à nuire à la santé et à la vigilance de ce dernier. Mais, vous l’aurez compris, ce travail au noir arrange aussi les affaires de l’Etat. Sécurité et transport urbain étant intimement liés – je vous épargne une thèse sur le thème – l’Etat est heureux de voir les files d’attentes diminuer grâce aux taximen à la sauvette.
 
Au rayon contrebande, c’est le même refrain.  Je ne vous apprendrai rien si je vous disais que mes deux exemples ne sont pas totalement disjoints et peuvent  donc se trouver entremêlés : les fameux grands taxis anti-diluviens, de marque Mercedes 240 ou 230, qui font la joie des touristes allemands ne roulent plus que grâce aux pièces de rechange d’occasion et aux pneus de contrebande ou rechapés, lesquels caoutchoucs sont autant moins chers que performants quand ils sont de contrebande. Parole de vieux routier.  Notamment celle d’un patron d’une grande entreprise tout ce qu’il y a de régulier et qui reconnaît que sans la contrebande, beaucoup d’entreprises auraient mis la clef sous la natte depuis fort longtemps. Car, explique ce connaisseur du monde des affaires marocain, même si une usine décide de zapper la filière contrebandière pour acquérir une pièce de rechange par voie légale elle devrait parfois en plus d’une facture des plus salées poireauter de longues semaines avant que la pièce commandée soit disponible. Délai d’attente létal pour toute fabrique qui a bâti sa crédibilité sur le respect des deadlines.



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