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syfia - publié le Vendredi 29 Mai à 12:44

Maroc-Algérie: une frontière ouverte aux seuls contrebandiers




Azzeddine Bensouiah (syfia) - La fermeture des frontières entre l’Algérie et le Maroc, voici quinze ans, n’a jamais empêché la contrebande entre les deux pays. Les trafiquants jouent au chat et à la souris avec les autorités.



Maroc-Algérie: une frontière ouverte aux seuls contrebandiers
Maghnia est à dix heures de route à l’ouest d’Alger. Ce jeudi soir, premier jour de week-end en Algérie, le marché "clandestin", en face du marché couvert, connaît une grande affluence. Les produits vendus sont importés du Maroc, en fraude. La drogue, l’alcool frelaté et les munitions de guerre, eux, ne sont pas exposés, pour ne pas attirer l’attention. Un petit tour dans les ruelles de la ville, transformées en hangars pour toutes sortes de marchandises de contrebande, permet de mesurer l’ampleur du trafic transfrontalier.

La frontière est à 20 km. Pour y aller, il nous faut faire le plein. Mais toutes les pompes à essence de Maghnia et de ses alentours sont vides, siphonnées par les hallabas (litt. ceux qui traient les pompes), qui se jettent sur le carburant algérien, moins cher, pour aller le vendre au Maroc. C’est la gendarmerie qui nous dépannera avec de l’essence saisie chez ces trafiquants. Le hangar de la brigade abrite un impressionnant lot de jerricans, mais aussi des vêtements, des voitures, des pièces de rechange…

de quoi faire vivre une ville comme Maghnia pendant un mois. Trois moteurs, cinq boîtes de vitesse, des milliers de litres de carburant : c’est un bilan partiel d’une seule nuit de travail des gendarmes. Mais le produit le plus recherché par les gendarmes et les gardes-frontières (GGF) reste la drogue. Durant le premier trimestre 2009, plus de 16 tonnes de résine de cannabis ont été saisies, selon l'Office national algérien de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Le Maroc, grand cultivateur, utilise le sol algérien pour acheminer sa production vers le marché européen. Mais à la longue, ce pays de transit est devenu une terre de consommation.

Des maisons sur la frontière

La nuit tombée, Maghnia devient le royaume des trafiquants. Dans les bars mal famés, dans les cafés, dans les hôtels, le négoce bat son plein. Tout se vend, tout s’achète. Il suffit de payer. Pendant ce temps, les "chauves-souris ", comme on désigne les contrebandiers, sortent de leurs grottes pour prendre d’assaut la bande frontalière. Tout le parcours est jonché de voitures stationnées. "Ce sont les heddayas (les guetteurs), munis de puces téléphoniques marocaines, qui avertissent leurs complices de l’autre côté des moindres mouvements des brigades mobiles de gardes-frontières, de douaniers ou de gendarmes", explique notre guide.

Lorsque les forces de l’ordre paraissent, les contrebandiers abandonnent souvent leur marchandise et disparaissent dans la nature. Mais ce n’est pas le cas pour les trafiquants de drogue, qui jouent gros et qui prennent des risques, en vont jusqu’à utiliser des mouquatilate, des voitures béliers qui foncent vers les barrages des brigades mobiles et ne craignent pas les tirs de ces dernières. Beaucoup de trafiquants de drogue ont des armes et en font parfois usage pour échapper aux barrages. Tous les moyens sont bons pour faire entrer la drogue sur le sol algérien, y compris en larguant d’importantes quantités en mer, où elles sont récupérées par des petites embarcations de pêcheurs algériens.

Les GGF doivent continuellement réapprendre le terrain, où les contrebandiers passent leur temps d’inactivité à créer de nouvelles pistes pour échapper à la traque, qui parfois s’enchevêtrent comme une toile d’araignée. Les points de passage sont presque tous sous surveillance, mais la difficulté demeure dans la proximité des habitations et dans le relief accidenté surtout en remontant de Maghnia vers le nord. Les constructions sont sommaires, mais s’avèrent très utiles. Ce sont des propriétés privées : il faut donc un mandat de perquisition pour les fouiller.

Chacune a sa pompe à eau, pour simuler un habitat. La frontière avec le Maroc n’est qu’un ruisseau. À côté de chaque construction, on trouve des traces de fuel. Ce sont les lieux de déchargement et de remplissage des jerricans. Ici, pas besoin de grands moyens de transport. Un simple transbordement. Sur la rivière, on a construit un pont de fortune, en pierres. Ici, il n’y a pas d’État. Aucune régulation, aucun contrôle, aucun permis de construction. Tout le long du tracé, c’est propriété privée.

Payer le passage

A Boukanoun aussi, à une quinzaine de kilomètres de la côte, tout le long de la rivière est occupé. Les constructions avancées vers l’oued sont clôturées et cachées des regards derrière des hauts murs ou des roseaux. La barrière de l’une d’elles est ouverte sur une somptueuse voiture. La piste continue de descendre jusqu’à la rivière, passe sur un pont puis remonte de l’autre côté, au Maroc. Des madriers sont cachés pour faire passer des véhicules en cas de crue. Les propriétaires des pistes prélèvent un droit de passage aux contrebandiers.

Par endroits, un hameau enjambe la frontière, divisé par une piste qui détermine les nationalités. Mais ici, les liens tribaux sont plus forts que les frontières héritées de la colonisation française. Les mariages, les liens familiaux et les relations d’affaires n’ont jamais été affectés par la fermeture des frontières (voir encadré). Les habitants ont seulement dû s’adapter à cette nouvelle donne.

Trente-quatre ans de tensions

(Syfia Algérie) La fermeture de la frontière algéro-marocaine remonte à la rupture des relations bilatérales, depuis le début du conflit au Sahara occidental, en 1975, qui reste la cause de bien des malentendus et d’accusations mutuelles. En 1988, les deux chefs d’État, le roi Hassan II et le président Chadli Bendjedid ont tenté d’y remédier, mais en 1994, le souverain marocain décida de chasser tous les Algériens se trouvant sur le sol marocain et d’imposer un visa d’entrée aux ressortissants de ce pays, au lendemain de l’attentat terroriste de Marrakech. Le Maroc avait, alors, accusé les services de sécurité algériens d’en être les instigateurs. Réaction immédiate d’Alger, qui ferme ses frontières terrestres.

Plus tard, Mohamed VI reconnaîtra que son pays avait accusé à tort l’Algérie dans l’attentat de Marrakech et décidera, de façon unilatérale, de lever l’obligation de visas pour les Algériens. Mais Alger est restée insensible aux multiples appels de Rabat en vue de la réouverture des frontières terrestres. Le gouvernement algérien a en effet toujours estimé que l’ouverture des frontières profitait exclusivement à l’économie marocaine. Il exige comme préalable à la réouverture des frontières terrestres, une prise en charge globale des différends bilatéraux : le trafic de drogue et le terrorisme, le règlement des cas des personnes dépossédées de leurs biens aussi bien en Algérie qu’au Maroc…

Des commissions mixtes spécialisées ont été mises en place pour plancher sur tous ces dossiers. Mais rien n’a encore été décidé. En attendant, la contrebande continue à faire vivre cette bande frontalière. Mais les hommes d’affaires des deux pays, réunis au début du mois de mai à Alger, estiment que le chiffre d’affaires de la contrebande dépasse deux milliards de dollars par an.



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