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Mohammed MRAIZIKA - publié le Mardi 6 Octobre à 16:29

Marianne et Morano : Leçon de fraternité et de xénophobie






Mohammed MRAIZIKA
Mohammed MRAIZIKA
Marianne et Morano, c’est le choc des valeurs. C’est le choc des contraires. Si la première symbolise ce que la République française a de grand et d’honorable, ce que sa devise et ses institutions veulent signifier, à elle-même et au monde, la deuxième est la négation de tout ce qui a fait la France. Ses inepties et ses délires sont une honte pour l’histoire du pays d’Albert Camus (1913-1960) et d’Émile Zola (1840-1902) et son article « J’accuse » (publié en Janvier 1898) ; c’est une insulte pour tous ceux qui ont fait sa gloire, sa langue et sa culture.

Mettre une figure allégorique (Marianne), qui incarne des valeurs politiques et universelles (démocratie, égalité, fraternité, justice…) face à un cas pathologique (Morano), incarnation d’une posture islamophobe arrivée à son paroxysme, c’est certainement un peu osé. Mais, quoi de plus illustratif que d’opposer des contraires pour mieux montrer la distance qui sépare deux pensées et deux mondes : le monde de la Fraternité et de l’Égalité, et celui où la bêtise humaine et la haine, dans ce qu’elle a de maladif et de dangereux, sont légion.

Avec son bonnet phrygien, Marianne s’est imposée, dès la période révolutionnaire au XVIII siècle, comme symbole de la « mère patrie, de la mère nourricière qui protège les enfants de la République». Elle orne aujourd’hui des timbres et des pièces de monnaies et trône au sein des institutions de la République française pour signifier et rappeler ce qui fait sa devise et son ambition : « Liberté, Égalité et Fraternité ». Alors que l’autre, Morano, s’est faite une place et un nom uniquement comme polémiste gaffeuse et porte flingue d’un homme politique, devenu président en 2007, qui la renie aujourd’hui et se dit même "consterné par l'énorme maladresse » qui la place de nouveau au-devant de la scène médiatique.
Maladresse, pense-t-il ? Baliverne.

N’a-t-on pas atteint dans ce cas précis le summum de la bêtise humaine ?

En crachant tout azimut (sur les plateaux de TV et en meetings) un venin au couleur de l’anti-immigré, l’anti-islam, ne remet-elle pas en cause le Pacte républicain ?
Sa dernière déclaration ne menace-t-elle pas le « Vivre Ensemble » à un moment où la société est en tension ?
Passons. Ce n’est pas le caractère divers de la République qui menace aujourd’hui le « Vivre Ensemble » ou le Pacte Républicain. « Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur bêtise, pas leur différence » (Cf. Anna Gavada, Ensemble c’est tout, édité en 2004).

Les psychologues, mais aussi les criminologues ont montré, dès le XIXe siècle, ce que cachent et veulent dire les lapsus. Ce sont des révélateurs de « pensée dissimulée ». A lire, ou à écouter, la déclaration incriminée de Morano, on s’aperçoit qu’elle n’est plus dans la phase de dissimulation d’une pensée islamophobe inavouée, mais dans une phase supérieure de la maladie, connue chez les psychologues sous le nom de délire.

En effet, le délire, « est une perte du sens de la réalité, se manifestant par des convictions fausses, auxquelles le sujet adhère totalement. Les délires apparaissent dans les psychoses… » (Cf. dictionnaire de Santé). Et c’est réellement ce type de délire qui ressort de la déclaration faite sur un plateau de télévision (France2) le 26 septembre : "Nous sommes un pays judéo-chrétien. Le général de Gaulle le disait, de race blanche, qui accueille des personnes étrangères » et Morano se plait d’ajouter : "J'ai envie que la France reste la France et je n'ai pas envie que la France devienne musulmane ».

Cette haine de « l’Autre », parce qu’il est différent, parce qu’il est « de confession musulmane », Morano en a fait une stratégie pour exister en politique. Mais mal lui en a pris. Le champ est déjà occupé et depuis longtemps. Il est labouré par plus dangereux qu’elle. Aujourd’hui, ses maîtres à penser sont aux aguets prêts à lui jeter des bouées de sauvetage ( au cas où), voire même récolter ce qu’elle a semé (comme haine et bêtises), tel un de Villiers, président du parti souverainiste MPF (Mouvement pour la France), qui dénonce (sur BMFTV) la « préférence islamique », un « Kosovo islamique » et parle d’une France « Multiethnique » mais « uni-culturelle ».

Marianne est perçue et voulue comme une « mère nourricière qui protège les enfants de la République », alors que Morano, qui pense Jeanne d’Arc et Charles Martel et prend comme référence Charles de Gaulle, est fabriquée de toutes pièces à des fins de « porte flingue » et de lanceuse de ballons d’essais à l’adresse des voix de l’extrême droite (Front National).
Mettre Morano face à Marianne, c’est, indéniablement, un contresens, c’est lui donner un intérêt qu’elle ne mérite pas. La mettre au côté d’une Marine (Le Pen) serait plus juste. Là est sa vraie place, là est sa raison d’être, car, dit un adage, « qui se ressemble s’assemble ».

Les propos xénophobes et islamophobes de Morano sont jugés exécrables (pour Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l’Essonne), pire, ils «étaient tenus par des néo-nazis" (selon Éric Coquerel, coordinateur politique du Parti de gauche). C’est l’écœurement qui fait consens. Le président (N. Sarkozy) du parti « Les Républicains », son ancien mentor, la rejette et une sanction politique lui est promise. Même le Front National ne veut pas d’elle dans ses rangs.

Une pensée à Aimé Césaire (1913-2008), et sa poésie d’inspiration afro-caribéenne et à Sédar Senghor (1906-2001), l’enfant de Dakar et son rêve d’une «Civilisation de l'Universel ». Ils font honneur à la langue, à la culture française et à ce que représentent Marianne et son bonnet phrygien.
Une pensée aux tirailleurs africains venus de loin, du Maghreb et d’Afrique, des colonies, pour libérer la France du nazisme. Ils sont venus, et nombreux d’entre eux sont restés sur les champs de bataille, pour sauver l’honneur de la France et relever plus haut son drapeau. Héros des deux guerres, ils ont contribué, au prix de leur sang et leur vie, à la victoire des Alliés (en 1945), ceux-là même qui dressent aujourd’hui des barbelés et des lois discriminatoires face à leurs descendants, chassés de leur terre africaine par la misère et la dictature. Mais hier comme aujourd’hui, ces enfants, citoyens français, n’en déplaise à Morano, croient dur comme fer à l’idée d’une France « mère nourricière qui protège les enfants de la République ». Idée que Marianne symbolise et que Morano tente de saborder.

Mohammed MRAIZIKA
(docteur en Sciences Sociales, Consultant en Ingénierie culturelle)

 



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