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El Kadri Zineb - publié le Lundi 27 Janvier à 11:28

Mahi Binebine et l’ivresse baudelairienne



Ce qui est très frappant et attirant c’est l’évocation des paradis artificiels dans Pollens de Mahi binebine et l’œuvre de Baudelaire intitulée Les Paradis artificiels.



Les paradis artificiels dans l’œuvre de Binebine et de baudelaire :

Les Paradis artificiels est un essai de Charles Baudelaire paru en 1860, où le poète traite de la relation entre les drogues et la création poétique. Baudelaire met cependant en question l'intimité du lien qui pourrait exister entre les drogues et le poète, le poète véritable n'ayant pas besoin de drogues pour trouver l'inspiration.

Pollens d’une région rebelle et très spécial du nord marocain qui n’est que Kétama.

D’ailleurs, le titre Pollens n’est pas choisi au hasard ;en effet on le ressent à travers les maillons de l’ensemble de l’intrigue.
Le héros fume le hachich depuis l’incipit jusqu’à l’exipit, l’influence des pollens de cette plante maudite et enivrante à la fois sont de véritables déclencheurs, voire catalyseurs précipitant les ébats amoureux et rend l’instinct animal qui prime au-delà de toute civilité ou stéréotype : les ébats amoureux avec Sonia puis avec une prostituée.

Le haschich comme fil directeur du roman :
« La tournée (…) comprend le thé, un morceau de haschich, du papier à rouler et du tabac. »p.22
Plus de thé, plus de haschich, plus la moindre avance. »p.25
Il est vrai que le héros n’éprouve que de l’amitié et de la compassion pour cette prostituée mais c’était la cause de la séparation entre lui et Sonia l’amour de sa vie.
Les paradis artificiels sont de vrais rénovateurs duplicateurs d’énergie, une sorte d’opium qui créent une symbiose dans cette nature vierge de Kétama.

Amour ou itinéraire de folie :
Binebine débute son roman Pollens par : «Non, je ne suis pas fou ; simplement amoureux. Des fleurs et du vent, du ciel, des oiseaux et des lumières de Kétama. »p.5

Une folie confirmée plus tard qui est peut être due à la respiration des graines du printemps qui se sont incrustées et germées à jamais dans la cervelle de pierrot.

Ou est due à cet amour fou envers Sonia car il est devenu borgne à cause d’elle mais tout ce qu’il vaut c’est seulement la revoir encore une fois : « Même derrière un moucharabieh touffu, je reconnaitrais sa silhouette, je sentirais sa présence ; s’il m’était donné d’entendre sa voix, je la distinguerais entre mille autres parce qu’elle est gravée au plus profond de mes entrailles. »p.7

C’est un amour qui oscille entre le spirituel au début et à la fin du roman mais dans les autres sections c’est le charnel qui prime. « On s’arrêtait ça et là, sur un banc tranquille ou dans la pénombre d’une impasse, comme dans les romances, (…)les mots restés en suspens, ceux qu’on avait oublié de se dire ou qu’on avait avalés dans l’ardeur ou la dévotion de nos silences. »p.15

Le vin et Sonia :
« Sonia et moi étions enfin seuls, grisés par le vin et nos retrouvailles. »p.15
Par ailleurs,l'ouvrage de Baudelaire est structuré en deux parties. La première partie, intitulée Le poème du haschisch, est un essai sur le haschich. Le poète y mêle des observations sur la prise de la drogue par ses amis ainsi que par lui même avec des passages à vocation pharmacologique, psychologique ou métaphysique. Digressant sur l'opium, il évoque également trois nouvelles d'Edgar Allan Poe, dont il fut le principal traducteur en langue française : Ligeia, Bérénice et Souvenirs de M. Auguste Bedloe.

La seconde partie est un commentaire du livre Confessions d'un mangeur d'opium anglais de Thomas de Quincey paru en 1821. Pour l'écriture de cette partie, Baudelaire oscille entre passages traduits, commentaires littéraires, philosophiques et biographiques. À la suite de Quincey, il décrit plusieurs visions provoquées par l'opium, dont une qui met en scène le spectre de Brocken.

L'expression ayant fait florès, les mots « paradis artificiels » désignent aujourd'hui toute drogue (en particulier les hallucinogènes comme la mescaline ou le LSD) consommée dans le but de stimuler la créativité poétique et l'invention d'images inédites. Cette expérience des drogues (qui peut aller jusqu'à la dépendance ou l'intoxication, comme pour Thomas de Quincey) et, d'une manière plus générale, une vie comportant des prises de risques importantes pour la stabilité mentale, s'intègre à la conception « décadente » des « poètes maudits ».

La verve littéraire binebinienne retrouve la conception baudelairienne du haschisch et bien d’autres termes, Pollens, tels les drames antiques où les chances éphémères de liberté sont minimes et les chances d’euphorie aussi.Leur fatalité est certaine. C’est une œuvre où se réunissent l’ombre et la lumière, l’onirisme et la réalité, le bien et le mal, la beauté et la laideur, le bonheur et la médiocrité existentielle.

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