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Abderrahman Benhamza - publié le Mercredi 20 Août à 01:55

Mahi Binebine : Une certaine peinture de l’angoisse




Abderrahman Benhamza : Mahi Binebine est d’abord un écrivain, et un excellent écrivain. Ses romans : Le sommeil de l’esclave, Les funérailles du lait, Pollens, L’ombre du Poète etc. sont des contes ; ses nouvelles : des romans en miniature, et l’esprit de ses investigations romanesques (toute docte classification mise à part) relève généralement du poétique.



Peintre, il s'adonne depuis les années 80 avec la même passion à la création plastique, une création où s'exprime en profondeur un autre volet de sa sensibilité d'homme de culture. Peintre, il l'est ainsi jusqu'à l'angoisse, entité psychique inhérente à sa vision des choses et qu'on ne retrouve pas dans sa littérature. Le créneau qu'il s'est choisi et le matériau qu'il utilise à cet effet en sont la preuve par neuf, et son procédé technique tout en ombres, contrastes et silhouettes, pour déterminer valeurs et dessins, est construit à base de nerfs et de bile, langage souterrain de blessures indicibles.

Procédé d'angoissé, voire d'écorché vif. Procédé imposé à lui par la force de circonstances intempestives intériorisées en vrac et qui forment un sédiment inconscient de legs sociaux lourds à porter. Ses toiles s'en trouvent tout imprégnées : personnages aux tons délavés, quasiment incolores, vitreux, enlacés et entrelacés, entortillés, parfois soudés les uns aux autres, dans un spectacle fictionnel de brassage ou dédoublement critiques ; trames de ficelles à l'image d'une nasse cauchemardesque inextricable ; brûlures de corps dispatchés comme autant de stigmates ; espace de la toile rappelant la béance inquiétante d'un cosmos/prison, lequel est bâti sur d'autres néants.

Binebine cultiverait une véritable crise existentielle dont l'entendement le dépasserait, une crise muée en quête hagarde d'appuis concrets pour se reconnaître et s'affirmer au regard de soi et des autres, une crise visible dans ses figures sans nom, vouées à une chute libre dans une insondable introspection, dans un monde pavé en long et en large de toutes sortes de doutes et d'anathèmes. Binebine serait tous ses personnages à la fois, différents dans leurs approches mais toujours les mêmes, que semblent ronger jusqu'à la moelle d'épineuses interrogations sans issues. Malheureux personnages/figures d'un moi aux souffrances quasi orphiques, descendant les interminables marches d'un l'enfer à la Dante.

L'angoisse qui se dégage des œuvres de l'artiste fait que son esthétique des couleurs s'en trouve réduite à des tonalités pas gaies du tout, d'un expressionnisme morose. Elle émane d'un subconscient qui ne ment pas et qui exulte d'étrange façon. Métaphore de ce qui serait devenu chez lui : une métaphysique de la tristesse dont la sincérité étonne, nous y décelons aussi l'âme d'un artiste comme un miroir où se reflèterait la subjectivité chiffonnée de toute une génération. Pour dire à quel point la grisaille aujourd'hui, la mélancolie, voire la neurasthénie, sont devenues le lot quotidien de nombre de Marocains, inconnus, marginalisés, laissés pour compte, parce que victimes de folles espérances et de nobles causes perdues à jamais.

L'œuvre picturale de Binbebine est de ce point de vue une œuvre tout à la fois de sympathie, de combat et d'engagement, à titre personnel et de manière rétrospective. Tendue vers l'avenir certes, elle s'adresse à la mémoire et dit surtout ce que nous ne devons pas oublier. Et ce, en dépit de tout l'humour du monde !




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