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Natana J. DeLong-Bas - publié le Samedi 27 Juillet à 13:00

Magazine Rolling Stone : outrageux ou novateur ?






Natana J. DeLong-Bas
Natana J. DeLong-Bas
Boston (Massachusetts) – J’ai dû vérifier trois fois la couverture du Rolling Stone pour être sûre qu’il s’agissait bien du portrait de Dzhokhar “Jahar” Tsarnaev. De nombreuses personnalités originales ont fait la une de ce magazine politique et culturel, connu pour aborder les questions brûlantes du moment. Mais je ne m’attendais pas qu’il consacre une couverture à Dzhokhar Tsarnaev.

Les réactions suscitées par cette couverture mettant à l’honneur le jeune terroriste, comme s’il s’agissait d’un enfant modèle, ont été partagées. C’est cependant le sentiment de colère qui domine. En tant qu’être humain et habitante de Boston, je comprends tout à fait la douleur et l’indignation des gens de ma ville face à la décision de ce magazine veut vendre en se servant d’une véritable tragédie humaine.

Mais au fond, la polémique qui découle de cette couverture controversée est peut-être l’occasion de redonner un élan au mouvement de solidarité « Boston Strong » qui s’est mis en marche après l’attentat et de rappeler ce que ce slogan implique.

L’émotion est à son comble à Boston. Si certains habitants de cette ville ont pris la peine de lire l’article de Rolling Stone, qui tente d’expliquer le geste du jeune terroriste, la plupart ont une réaction viscérale face au portrait de Dzhokhar Tsarnaev et refusent de commenter l’article dont il fait l’objet. Certaines personnes disent même que Boston ne « pardonnera jamais » cette publication. D’autres déplorent le choix du magazine estimant qu’il fait « la glorification du mal ». Il y a aussi ceux qui pensent, à tort, que l’humanisation va de pair avec l’absolution, ou encore ceux qui ne peuvent pas croire qu’un jeune homme, à l’air si innocent, puisse être l’auteur de telles atrocités. Ces derniers font partie des gens qui se sont rassemblées devant le tribunal fédéral de Moakly dans le sud de Boston, pour scander : « libérez Jahar ». Ce sont les adeptes des théories de complot et provoquent encore plus l’indignation.

Peut-être devons-nous tous prendre du recul et chercher la bonne attitude à adopter : une attitude qui écarte la colère tout comme la glorification de l’extrémisme.

Après tout, ce n’est ni la colère, ni la haine et encore moins le désir de vengeance, qui font la force de Boston mais le fait d’être restés unis.

Au lendemain de l’attentat, au lieu de permettre aux terroristes de nous diviser sur le plan politique, ethnique ou religieux, nous avons réagi d’une seule et même voix, avec notre argent et notre cœur. Nous avons été solidaires, unis et attentionnés. Ensemble, nous avons relevé ensemble le défi de surmonter cette tragédie. Ensemble, nous avons créé le One Fund Boston pour aider les victimes et leurs familles et nous avons organisé un concert pour rendre hommage à notre ville. Nous avons repris possession de nos rues, à travers des marches et des courses pour collecter des fonds. Nous n’avons pas laissé la haine et la peur nous envahir et nous diviser.

Nous nous sommes mobilisés pour montrer les changements auxquels nous aspirons pour notre monde. Chrétiens, Musulmans, Juifs, Afro-Américains, Hispaniques, Blancs, hommes et femmes se sont rassemblés aux côtés des représentants d’une multitude de communautés religieuses et politiques pour rendre hommage aux victimes et pour montrer, qu’unis nous sommes plus forts et que nous ne laisserons jamais des terroristes détruire l’essence-même de l’identité américaine.

Nous avions tous quelque chose à offrir en mémoire de cette journée tragique et nous le pouvons encore.

Continuons à faire face aux conséquences de cette tragédie en venant en aide aux familles des victimes ou à ceux qui ont subi des amputations, donnons du sang, apprenons à prodiguer les premiers soins et à faire de la réanimation cardio-pulmonaire. Aidons les handicapés et ceux qui se retrouvent en chaise roulante. Proposons notre soutien à ceux qui se retrouvent cloués chez eux en les aidant à accomplir leurs tâches quotidiennes, en les conduisant à leurs rendez-vous de médecin, en faisant leurs courses ou en leur préparant leurs repas. Continuons à aider ceux qui se retrouvent marginalisés et isolés de notre société. Boston Strong, c’est cela.
Tout en cherchant à partager la beauté de la culture et des valeurs américaines, ouvrons-nous à d’autres cultures, d’autres langues et d’autres religions. Exprimons-nous contre l’injustice, la haine et la violence là où nous les rencontrons. Nous serons ainsi la passerelle qui relie notre communauté – notre nation – au monde auquel nous aspirons. Boston Strong, c’est aussi cela.
Contrairement aux terroristes qui font passer leur message en tuant, saisissons cette occasion pour mener une vie pleine et pour renouveler notre identité – celle de Boston Strong.
Le 15 avril dernier, des terroristes ont tenté de semer la division à travers la mort et la destruction. À nous d’avoir le dernier mot et de montrer que nous choisissons la vie et l’union.
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* Rédactrice en chef de l’ Oxford Encyclopedia of Islam and Women, Natana J. DeLong-Bas est l’auteur de Wahhabi Islam: From Revival and Reform to Global Jihad. Titulaire d’un doctorat, elle enseigne également la théologie comparée à Boston College. Article écrit pour (CGNews).

Couverture du Magazine
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